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apic/Burundi/Mgr Bududira/Extrémistes des deux bords/Prendre le pouvoir

Bruxelles: Mgr Bernard Bududira, évêque de Bururi, commente la(031095)

vague d’assassinats qui décime l’Eglise catholique au Burundi

Pas de volonté politique du pouvoir de mettre l’Eglise sous tutelle

Bruxelles, 3octobre(APIC) Bien qu’elle ait fait de nombreuses victimes

dans les rangs du clergé ces dernières semaines, la vague de violence qui

ensanglante le Burundi ne relève pas de la volonté politique du pouvoir en

place à Bujumbura de mettre l’Eglise sous tutelle, estime Mgr Bernard Bududira, évêque de Bururi et président de la Conférence épiscopale burundaise.

Cette violence est bien plutôt l’oeuvre de groupuscules extrémistes hutus

et tutsis qui cherchent à prendre le pouvoir.

Au cours du seul mois de septembre, quatre prêtres catholiques ont été

tués au Burundi, ce qui porte à neuf le nombre d’ecclésiastiques abattus

par les différences factions armées depuis le début de l’année. Trois religieuses, une missionnaires laïque et de nombreux catéchistes ont péri de la

même façon.

«Hutue ou tutsie, chaque ethnie a ses extrémistes»

De passage à Bruxelles au moment où trois missionnaires italiens – deux

prêtres et une volontaire laïque – trouvaient la mort dans son diocèse, Mgr

Bududira a expliqué à l’agence de presse CIP que les actes de violence émanent plutôt de groupuscules qui veulent décourager l’Eglise qui les dénonce. «Hutue ou tutsie, chaque ethnie a ses extrémistes, qui érigent la violence en système pour chercher à accéder au pouvoir. Les extrémistes font

des victimes dans chaque camp mais aucun n’accepte que ses crimes soient

dénoncés».

La «convivialité» malgré tout

Et pourtant, pour enrayer ce fléau de la violence, l’évêque de Bururi a

invité son diocèse à parier plus que jamais sur la «convivialité». La «convivialité chrétienne» ou «Umumbano rukristu» était déjà le maître-mot des

communautés ecclésiales de base qui se sont multipliées depuis 1973. Chaque

paroisse regroupe en moyenne une centaine de communautés de base. A toutes,

un même programme est désormais proposé pour promouvoir «la vie en vérité,

la convivialité, la réconciliation». Chaque communauté est invitée à relire

régulièrement son expérience à la lumière de l’Evangile et à réfléchir aux

actions concrètes pour favoriser cette même convivialité.

«Dans un village, raconte par exemple Mgr Bududira, des gens, venus

d’ailleurs, avaient mis le feu à deux maisons. Immédiatement, les

villageois, hutus et tutsis, se sont mis ensemble pour tout reconstruire.

Prendre la défense de la vie pour tous, c’est notre leitmotiv et c’est déjà

une réalité sur le terrain.»

Un autre exemple : dans le diocèse de Bururi, le plus grand du pays, il

y a aujourd’hui 3.600 enfants orphelins. Le diocèse peut compter en partie

sur l’aide d’organisations. Mais, précise l’évêque, «l’essentiel de l’aide,

et d’abord pour la nourriture, vient de nos communautés locales. Celles-ci

veillent aussi à défendre les propriétés des orphelins.»

Afrique:»Le Synode de l’espérance»

Le Synode des évêques pour l’Afrique, qui s’est tenu à Rome au printemps

1994 et dont le pape vient de dégager les enseignements essentiels dans

l’exhortation apostolique «Ecclesia in Africa», a été salué par les Pères

synodaux comme «le synode de la résurrection et de l’espérance». «Le Synode, estime Mgr Bududira, est venu légitimer notre expérience ecclésiale

africaine. D’abord, il a valorisé les efforts d’inculturation que nous

avons engagés dans le continent, pour mettre l’Evangile en connivence intime avec nos propres cultures africaines. Ceux qui avaient déjà entrepris

ces efforts sont encouragés à les poursuivre. Ceux qui étaient plus hésitants y trouveront désormais une impulsion autorisée».

L’expérience de l’»Eglise-famille»

Le Synode a aussi valorisé l’expérience de l’Eglise-famille. C’est une

redécouverte de l’Eglise qui est partie du Burundi et du Burkina Faso. Il

ne s’agit pas d’une sacralisation de l’expérience familiale africaine, encore moins des solidarités claniques, ou des liens du sang ou de la culture, «mais du Corps du Christ, d’une famille nouvelle née de la Croix ! Voilà la famille que les communautés ecclésiales du Burundi sont appelées à

former : un tel esprit familial, où nul n’est plus étranger l’un à l’autre,

ne peut que faire éclater les clans !»

Depuis janvier dernier, Mgr Bududira encourage des marches communautaires pour la vie et pour la paix, qui ponctuent, de semaine en semaine, ses

visites pastorales. La dernière marche à laquelle l’évêque participait a

rassemblé des milliers de personnes à Nyanzala, près de la frontière tanzanienne. Les catholiques y ont marché, Hutus et Tutsis réunis, aux côtés des

protestants, des musulmans et d’autres personnes encore. A cette initiative

s’étaient aussi associés des responsables politiques de divers partis.

(apic/cip/be)

3 octobre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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