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Burundi: Grave mise en garde des évêques à leurs prêtres (010995)

Ils invitent leur clergé parfois méfiant, voire insoumis, à se ressaisir

Bujumbura, 1erseptembre(APIC-CIP) Les évêques du Burundi dans une mise en

garde à leurs prêtres dénoncent vigoureusement les cas de désertion, d’insoumission et de méfiance caractérisée, la tendance à créer ou à entrer

dans des associations politiques, socio-économiques ou culturelles, sans

consulter les évêques.

Il s’agit là, estiment les évêques du Burundi, d’objectifs «incompatibles avec la charge pastorale du prêtre». «Ce n’est pas dans des associations politiques et ethniques que vous pourrez trouver l’épanouissement de

votre être sacerdotal».

De l’avis des évêques, la situation au Burundi est «on ne peut plus dramatique»: «Chaque jour, des innocents sont tués, uniquement en raison de

leur appartenance ethnique. Nul ne sait où l’on va, le pays est entraîné

dans un engrenage de destruction, et les déclarations de volonté de paix ne

semblent pas y changer grand chose. Les morts ne se comptent plus, les criminels restent impunis.»

Cette violence omniprésente n’épargne pas les prêtres: trois d’entre eux

viennent de s’ajouter (ndlr: le message porte la date du 8 août) aux cinq

tués lors de la première vague des massacres. Des tracts dirigés contre des

prêtres circulent, causant beaucoup de torts dans la communauté sacerdotale. Il faut ajouter à cela, écrivent les évêques, les fuites et les projets

de fuite de certains prêtres, et cela à l’insu, le plus souvent, de leurs

évêques, sans parler «des cas, heureusement moins nombreux, d’insoumission

et de méfiance caractérisée de prêtres à l’égard de l’autorité diocésaine,

par exemple dans la désertion du poste de travail. Certains prêtres sont

récupérés et même accaparés par leurs familles ou, pire, par leurs groupes

ethniques».

Un climat malsain de suspicion

Les évêques, qui réitèrent leur condamnation sans appel de toute violence, s’interrogent sur celle qui vise les prêtres, que leurs assassins ont

surpris alors qu’ils vaquaient normalement à leur travail pastoral, sans

faire de tort ni menacer personne. Ils y voient une attaque dirigée, «sinon

contre nos propres personnes, du moins contre l’action de paix et de réconciliation que nous, évêques et prêtres, avec tous les hommes et toutes les

femmes de bonne volonté, essayons de mener partout où nous sommes».

Concernant les tracts, les évêques constatent qu’ils «sèment la division, sapent la confiance et la collaboration». «Ce qui nous cause beaucoup

de peine, ajoutent-ils, c’est que même si des prêtres n’en sont pas les auteurs, ces derniers agissent visiblement sous l’instigation de prêtres, ou

alors ceux-ci se laissent exploiter et manipuler».

Désertions

Les fuites de prêtres sont pour les évêques «une source de très grandes

souffrances». Que l’on soit tenté de s’enfuir quand on se sent continuellement menacé, les évêques peuvent le comprendre. «Mais ce que nous ne comprenons pas, écrivent-ils, c’est qu’un prêtre, chargé d’une communauté

chrétienne ou d’un autre service d’Eglise, s’en aille sans le dire à son

évêque, dont il est le plus proche collaborateur. Quand cela arrive, les

fidèles se sentent abandonnés, et certains n’hésitent pas à parler d’égoïsme et même de lâcheté».

Rappelant aux prêtres la parabole du bon pasteur qui donne sa vie pour

ses brebis, le message les interpelle: «Ne pouvez-vous pas imaginer l’impression démoralisante d’une communauté paroissiale devant la fuite de son

pasteur? N’est-ce pas dans les moments les plus durs qu’elle aurait besoin

de sa présence réconfortante?». Quant à la récupération par la famille ou,

pire, par un groupement politique ou ethnique, les évêques rappellent que

le prêtre est «consacré» au Christ et à l’Eglise, et que, s’il «fait partie

d’une famille naturelle et se reconnaît même dans une ethnie, sa consécration l’engage dans une famille universelle, pour le mettre au service de

toutes les familles, de tous les clans et de toutes les ethnies». Le prêtre

est «un rassembleur», qui n’a «pas le droit de se laisser récupérer, instrumentaliser ou accaparer» par aucun groupe. A son ordination, il a du

reste promis obéissance à son évêque. Or, «les attitudes de manque de disponibilité, de refus de collaboration ou d’insoumission, souvent au nom

d’un esprit démocratique déplacé et mal compris, s’opposent directement à

la communion spirituelle requise, au lien juridique entre un prêtre et son

évêque et à l’esprit de coresponsabilité devant exister entre eux. S’opposer à l’évêque, le bouder, s’éloigner de lui et du presbyterium ne peut

qu’isoler le prêtre et porter préjudice au ministère sacerdotal».

Des théologies de la libération mal comprises

Le message en vient enfin aux remèdes. Le premier est le rejet de «toute

forme de violence, d’où qu’elle vienne. Les évêques attirent ici l’attention sur «certaines idéologies, qui s’appuient souvent sur des théologies

de la libération mal comprises, et qui se montrent complaisantes à l’égard

de la violence». La vraie libération, en effet, «revendique les mêmes

droits pour tous, elle promeut l’égalité et la fraternité entre tous les

hommes, sans distinction d’appartenance politique, sociale, clanique ou

ethnique, et sans exclusion aucune».

«Ceux qui prônent la confrontation entre les blocs politiques ou les

groupes ethniques ne cherchent pas le bien de notre pays, ils concourent

plutôt à sa destruction, écrivent encore les évêques. C’est pourquoi nous

vous mettons en garde contre de telles idéologies, et condamnons avec énergie l’engagement politique ou ethnique des prêtres, la solidarité négative,

l’obéissance aveugle à un groupe politique ou ethnique». L’appartenance à

des associations de civils ne peut donc se faire sans discernement.

Rassembleurs

Aux prêtres attaqués dans des tracts, les évêques recommandent de rester

sereins et de savoir pardonner, et de ne pas nourrir «de soupçons injustes

à l’égard de certains de vos confrères sans preuves certaines de leur complicité».

Les évêques concluent en rappelant les prêtres à leur mission d’être des

témoins et promoteurs d’unité entre leurs concitoyens, des «rassembleurs au

milieu du peuple fidèle que le Christ vous a confié». Ils les invitent à

poser entre eux des actes concrets de communion fraternelle et à porter une

attention particulière à ce qui favorise la vie communautaire, à nouer des

contacts entre eux, dans leur diocèse et même au-delà, à «participer aux

joies et aux peines des uns et des autres, sans aucune discrimination».

«Ces comportements, écrivent les prélats, sont susceptibles d’offrir à

chaque prêtre une aide précieuse dans les difficultés de la vie, surtout

dans la situation actuelle de notre pays. Elles sont aussi capables de contribuer à l’édification de la communauté chrétienne. (apic/cip/ba)

1 septembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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