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apic/Burundi / opposition
Burundi: l’opposition hutue interpelle le Vatican (201196)
sur son «soutien délibéré» au régime Buyoya
Bruxelles, 20novembre (APIC) Les Partis d’opposition hutus au Burundi
(Frodebu, Rassemblement du Peuple Burundais, Parti du Peuple et Parti Libéral), ont vivement critiqué dans une lettre au cardinal Angelo Sodano ce
qu’ils considèrent comme «un soutien délibéré» du Vatican au régime du major tutsi Pierre Buyoya.
La récente présentation des lettres de créance du nouveau nonce à Bujumbura, le Suisse Emil Tscherrig, le 30 octobre, constitue aux yeux de
l’opposition la première reconnaissance officielle du nouveau pouvoir.
Dans leur lettre, les signataires disent leurs «vives préoccupations» au
sujet des rapports entre le Saint-Siège et le régime du Major Buyoya, «candidat battu aux élections démocratiques, les seules qui ont eu lieu dans
notre pays», réinstallé au pouvoir par une armée qui avait assassiné le
président Ndadaye, déclenchant «la plus grande catastrophe humanitaire qui
s’étend aujourd’hui à toute la région des Grands Lacs».
Une armée qui a annulé toutes les résolutions du sommet d’Arusha (25
juin 1996) en invitant le peuple à «faire preuve de bon sens et de
patriotisme». Pour les opposants, le Vatican reconnaît donc «un régime
installé par la force du canon», quand les chefs d’Etat de la région et la
communauté internationale ont refusé cette reconnaissance et lui ont imposé
un embargo économique.
En revanche, ajoute l’opposition, «le Saint-Siège ne reconnaît pas les
souffrances du peuple burundais, à majorité chrétienne, et veut ignorer délibérément les problèmes que connaissent les pays voisins qui sont contraints d’accueillir chaque jour des milliers de réfugiés burundais».
L’opposition s’étonne aussi d’apprendre que le Premier ministre Ndimira
serait reçu au Vatican, alors qu’il a dénoncé publiquement l’engagement de
négocier sans condition en faveur de la paix au Burundi pris par le Major
Buyoya, lequel n’a pas réagi. Le Vatican n’aurait d’ailleurs «jamais caché
ses sympathies» pour ce régime en s’opposant aux sanctions économiques sous
prétexte qu’elles font souffrir la population, alors que celle-ci supporte
depuis longtemps «un embargo plus cruel», «un système d’exclusion et
d’apartheid» imposé par «une armée monoethnique et régionale au service
d’une oligarchie militaro-terroriste aux intérêts égoïstes bien connus».
Outre le fait que parmi les nombreuses victimes de l’armée figurent des
dizaines de prêtres, de religieux et de catéchistes et que des milliers de
civils ont été massacrés dans les églises, l’opposition juge «paradoxal»
que la reconnaissance du Saint-Siège survienne «au moment où le commandement de l’armée commence à reconnaître un de ses forfaits» (112 personnes
tuées à Matana le 13 novembre). Et d’ajouter: «On serait tenté de croire
que le Vatican est tombé dans le piège de la manipulation, si les forfaits
commis par l’armée, son parti UPRONA et leur chef le Major Buyoya n’étaient
pas flagrants. Le geste de soutien est donc délibéré.»
Pour les signataires, «le geste du Saint-Siège à l’égard du régime
Buyoya semble représenter une véritable invitation à ceux qui croyaient encore à la solution pacifique à emboîter le pas à ceux qui ont pris les armes». (apic/cip/mk/mp)



