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Le Caire: La Conférence sur la population a-t-elle raté sa chance?

Des professeurs de théologie morale plutôt critiques

Fribourg, 14septembre(APIC) Bien que 5% seulement du document final du

Caire ait fait l’objet de discussion, la Conférence sur la population et le

développement s’est consacrée essentiellement à la question de la régulation des naissances. Les médias se sont surtout occupés des réserves du Vatican et de certains pays islamiques à propos de l’avortement. Les représentants de différentes Eglises ont déploré l’ombre que ces critiques ont

jetée sur la Conférence. Les positions divergentes des délégations participantes se retrouvent d’ailleurs dans les avis exprimés par différents théologiens moraux.

Selon le théologien moraliste Eberhard Schockenhoff, de Fribourg-enBrisgau, la Conférence mondiale sur la population et le développement au

Caire «a laissé passé une chance de progrès». Dans une «alliance néfaste»

avec les couches «occidentalisées» des peuples pauvres, l’Occident a promu

son mode de vie et son image individualiste de l’homme, lance-t-il sur un

ton critique. A son avis, on n’est pas parvenu à une analyse approfondie

des rapports en matière de politique démographique.

E. Schockenhoff est convaincu que le Vatican a obtenu une «victoire à la

Pyrrhus», en donnant à beaucoup l’impression que seul le contrôle des

naissances lui importe. L’Eglise n’a pas saisi sa chance de formuler une

position crédible, pondérée et cohérente à propos de la question

démographique.

Trop tôt pour un «jugement définitif»

Adrian Holderegger, professeur de théologie morale à l’Université de

Fribourg (Suisse), a relevé que l’on n’a discuté au Caire que sur 5% du

document total. D’après ce qu’il a pu apprendre de la délégation suisse, il

s’agit pourtant dans l’ensemble d’un document progressiste. Le chapitre sur

la place de la femme, qui n’a pas été discuté, contient des valeurs assez

progressistes. A. Holderegger met en garde contre un jugement précipité.

«La réforme de la doctrine de l’Eglise est urgente et possible»

La doctrine de l’Eglise catholique a certainement quelque chose d’important à dire en matière de politique démographique, écrit pour sa part le

théologien lucernois Hans Halter. Mais l’Eglise se met elle-même des obstacles sur son chemin «avec son interdiction absolue des méthodes de contraception dites artificielles. Jusqu’à présent, c’est l’attitude défensive

qui prime». En raison de son style d’enseignement, l’important message de

l’Eglise ne passe pas.

L’Eglise catholique, en prônant le planning familial naturel depuis

l’encyclique «Humanae vitae» (1968), est pourtant bien dans le vent: loin

de la chimie, retour à la nature. La réforme de l’enseignement est cependant tout aussi urgemment nécessaire que possible, écrit Hans Halter. On ne

peut pas attendre encore une fois aussi longtemps que pour la réhabilitation de Galilée pour réviser la doctrine catholique à propos de la conception chrétienne de la sexualité, lance encore le théologien lucernois.

(apic/dk/fs/be)

14 septembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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