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apic/Cambodge/Prostitution et misère
signes.
Cambodge: A la terreur du régime Pol Pot succède la misère
Prostitutions pour des milliers de jeunes filles
et exode vers la Thaïlande pour plus de 100’000 campagnards
Phnom Penh, 17juillet(APIC) Des conditions de vie misérables
pour la majorité de la population: il n’en faut pas plus au Cambodge d’aujourd’hui pour que prospère la prostitution. Et provoquer l’émigration clandestine de travailleurs cambodgiens vers la
Thaïlande. Avec les drames humains que cela suppose. Aucune amélioration ne semble en vue à moyen terme. «Eglises d’Asie»,
l’Agence d’information des missions étrangères de Paris, a
recueilli sur place des témoignages.
Sokha est l’une des milliers de jeunes filles qui vendent
leurs charmes à Phnom Penh, dans l’une ou l’autres des maisons de
la ville. Sokha a 18 ans. Son histoire est celles de tant d’autres, au Cambodge ou ailleurs en Asie. Elle n’a jamais connu ses
parents. «Orpheline, j’ai été placée dans un orphelinat d’Etat».
Jusqu’au jour où un couple sans enfant est venu la chercher. Mais
le couple en a eu par la suite trois.
«On me faisait faire tous les travaux de la famille, soigner
les enfants, puiser de l’eau…» Un jour, témoigne-t-elle, sa mère adoptive l’a frappée avec une pierre qui sert à concasser le
riz: «J’ai eu une épaule toute meurtrie. Quand je suis devenue
jeunes fille, mon père adoptif m’a emmenée à la rizière pour me
violer. Me menaçant de me frapper si je disais quelque chose».
Après un certain temps, les «parents adoptifs» de Sokha l’ont
vendue à une maquerelle, dont le mari est douanier, pour une somme dont elle ignore le montant. Comme nombre de jeunes filles
dans son cas, Sokha a voulu rembourser l’argent de l’»achat».
Mais la maquerelle na pas jugé utile de lui dévoiler la somme
versée.
Les militaires… ces «protecteurs» armés
Aujourd’hui elle ne peut aller nulle part et continue son
«travail». «Au début, pendant un an, lorsque je sortais de la
maison, la maquerelle me faisait suivre par un homme armé, au cas
où je m’enfuirais. Quand j’ai besoin d’argent, la maquerelle m’en
prête: si j’emprunte 1’000 riels, je dois en rendre 2’000 le mois
suivant. Si je n’ai pas rapporté assez d’argent, le soir, elle et
son mari me prennent par les pieds et les jambes pour me frapper
par terre. Une fille jolie arrive à avoir plus de dix clients par
jours. Plusieurs d’entre-nous ont leur mère qui vient chaque semaine réclamer l’argent, car maintenant, la maquerelle nous laisse la moitié des gains».
Combien de fois a-t-elle voulu s’échapper… Et pour aller où?
«Je n’ai pas de famille, pas de maison, pas de frères ni de soeurs pour ma’ider. La maison de la maquerelle est devenue un peu
ma maison. Avec nos «protecteurs’. Des militaires, tous armés».
Un témoignage parmi d’autres jeunes filles venues d’une campagne pauvre où la majorité de la population ne vit que grâce à
l’opération «Food for Work» (Nourriture contre travail). Une
opération qui permet à beaucoup de survivre. Dans le même temps,
constate Eglises d’Asie, «on apprend par la presse que la femme
d’un haut personnage cambodgien a perdu 300’000 dollars en une
nuit au casino».
L’exode clandestin de milliers de Cambodgiens
L’exode clandestin de travailleurs du nord-ouest du Cambodge
vers la Thaïlande est un autre problème. Avec son lot de drames
humains, d’exploitation inhumaine et de fourberies. Selon les autorités thaïlandaises, environ 100’000 Cambodgiens travailleraient clandestinement en Thaïlande. Quelque 1’000 d’entre-eux
franchiraient chaque mois la frontière, par groupe de 20, 30 et
plus, avec l’aide de passeurs.
Les points de passages illégaux sont les mêmes que ceux empruntés par les réfugiés de 1975 à 1985. Ce sont aussi les mêmes
passeurs. Les candidats au départ vendent tout ce qu’ils ont et
empruntent, pour payer le passeur, près de 160 dollars. Une
fortune contre une illusion.
Les clandestins travaillent principalement dans le bâtiment.
Et combien de gamines rejoignent les maisons closes de Thaïlande?
Le travail terminé, il n’est pas rare que le patron, pour ne pas
bourse délier, avertisse la police qui arrête les clandestins
pour les conduire en prison puis à la frontière. Durant les cinq
premiers mois de cette année, 3’600 Cambodgiens ont été ainsi arrêtés et reconduits à la frontière par les autorités. Plus de
1’000 Cambodgiens sont devenus mendiants professionnels à Bangkok, sous la coupe de chefs de gangs thaïlandais de mauvaise réputation.
Cinq mois sans voir le soleil: la réalité des prisons thaï
Le récit de ce Cambodgien qui avait choisi l’exode pourrait
lui aussi ressembler à des milliers d’autres. Arrivé en Thaïlande
en compagnie de 17 compatriotes après avoir payé un passeur, il a
été arrêté puis jugé en compagnie de ses compagnons. «Je suis arrivé à comprendre que nous avions été condamnés à un mois et demi
de prison. En fait, nous en avons passé 5 sans sortir. Durant
cinq mois je n’ai pas vu le soleil. Dans la cellule, nous
n’avions ni matelas ni moustiquaire, ni aucun médicament quand
nous avions la fièvre. Le régime de Pol Pot était comme une prison, mais nous pouvions sortir pour chercher à manger. A Bangkok
c’était impossible». (apic/pr)




