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Cameroun: le pape célèbre avec un vêtement liturgique (150995)
confectionné avec celui du P. Mveng, récemment assassiné
Yaoundé, 15septembre(APIC/Jean-Marie Guénois) «Acceptez les purifications
nécessaires et apportez le meilleur de la culture africaine pour embellir
encore le visage de l’Eglise !» Durant la seconde journée de sa visite au
Cameroun, vendredi, Jean-Paul II a nettement insisté sur le thème de l’inculturation, d’abord dans l’homélie de la messe qu’il a célébrée le matin à
Yaoundé, puis lors de la session synodale, l’après-midi, dans la cathédrale
de la capitale.
A l’issue de la messe, le pape a remis à l’Eglise du Cameroun et de toute cette région de l’Afrique le texte de l’exhortation apostolique postsynodale «Ecclesia in Africa». Ce document, daté du 14 septembre à Yaoundé,
est la première lettre signée par le pape en dehors de Rome. Par ce texte,
le pape veut laisser à l’Afrique, a-t-il expliqué, des «consignes» pour
qu’elle puisse «remplir avec courage sa mission d’évangélisation», et pour
que «la direction que l’Eglise doit prendre sur votre continent soit bien
tracée pour de longues années».
Un symbole discret, mais ferme
Liturgie «originale», comme l’a constaté le pape, au son des «balafons»sortes de xylophones en bois rouge -, et aux accents d’une chorale de 600
personnes, la messe du matin a rassemblé entre 50.000 et 100.000 personnes,
selon les estimations.
Au-delà des symboles habituels de la liturgie africaine: crémation de
l’encens et prière en cercle mains levées vers le ciel; procession spectaculaire, dansée et colorée, de l’Evangile et des offrandes, le pape avait,
lui aussi, revêtu un symbole discret, mais ferme: pour la circonstance, son
vêtement liturgique avait a été confectionné à partir d’étoffe provenant du
de celui du Père Engelbert Mveng, assassiné au Cameroun en avril dernier,
dernière victime en date d’une série macabre et inquiétante visant le clergé qui ose protester contre la dérive politique et économique du Cameroun.
En introduisant cette messe en plein air, célébrée sur une base aérienne
militaire, Mgr Jean Zoa, archevêque de Yaoundé, a situé la portée «historique» de la remise à l’Afrique par le pape de l’exhortation apostolique
post-synodale. Un texte qui devrait permettre, a-t-il souligné, «une purification de la mémoire de l’histoire» et «débloquer de nouvelles énergies
créatrices» dans le continent.
Le pape, de son côté, a redéfinit dans son homélie ce qu’a été le synode
africain et ce qu’il en attend pour demain «Ce que l’on appelle le synode
africain (…) a été une assemblée d’évêques de tout le continent, réunis
en communion avec le successeur de Pierre pour examiner les problèmes de
l’Eglise et orienter l’évangélisation.»
Soulignant la «maturité» des Eglises africaines, le pape les a invitées
à «approfondir le concept même de l’inculturation»: «Le but, a-t-il dit,
est d’ennoblir constamment et graduellement l’humanité dans tous les
peuples, quelle que soit leur race ou la couleur de leur peau. (…)
L’inculturation est tout ce qui confirme la présence du Christ dans vos
cultures africaines, et donc dans vos langues, dans votre littérature, dans
vos chants et dans vos danses, dans la façon de célébrer l’eucharistie, et
aussi dans la manière de vivre votre vie quotidienne.»
Pour embellir encore le visage de l’Eglise
Dans l’après-midi, une célébration du synode a eu lieu dans la cathédrale de Yaoundé, en présence de 1.600 personnes, venues du Cameroun et de
toute l’Afrique centrale, représentant les acteurs du synode africain, dans
sa phase préparatoire en Afrique, puis dans sa phase de travail à Rome. Le
cardinal Christian Tumi, archevêque de Douala, au Cameroun, a introduit les
travaux, qui comportaient, entre autres interventions, les discours de
trois représentants d’une autre religion chrétienne, de l’islam et de la
religion traditionnelle africaine.
Appelant à «une grande attention» pour l’inculturation de la foi, le pape a demandé à l’Eglise en Afrique, qui «bénéficie des richesses de l’unique fondation apostolique», à «poursuivre la construction du Corps du
Christ»: «Acceptez les purifications nécessaires et apportez le meilleur de
la culture africaine pour embellir encore le visage de l’Eglise.»
Dans cette ligne, le pape a voulu souligner le rôle de la théologie,
dont il attend qu’elle «contribue à l’inculturation» et dont le travail est
«urgent», mais qui ne doit pas «dissocier la réflexion de la foi vécue». Il
a enfin lancé «un appel au dialogue entre chrétiens et entre croyants des
différentes religions», en évoquant «les blessures vives» d’un continent
qui doit «apprendre à pardonner, inlassablement, comme Dieu pardonne inlassablement».
Devant les Pères synodaux de 25 pays d’Afrique réunis devant lui, JeanPaul II a exhorté l’Eglise en Afrique à «remplir avec courage sa mission
d’évangélisation», en lui rappelant qúelle est elle aussi, par son «dynamisme missionnaire», un exemple pour d’autres Eglises dans le monde. Et de
conclure : «Afrique bien aimée malgré la pauvreté et la souffrance qui trop
souvent pèse sur toi, avance sur ta route avec confiance.» (apic/jmg/mp)



