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apic/Canonisation de Jan Sarkander/Remous en Tchéquie

Tchéquie: La canonisation par le pape du contre-réformateur (060195)

Jan Sarkander jette une ombre sur les relations oecuméniques

«Prototype de la recatholicisation forcée de la Bohême»

Prague, 6janvier(APIC) La canonisation du contre-réformateur catholique

tchèque Jan Sarkander (1576-1620) en mai prochain continue de troubler les

relations oecuméniques en Bohême-Moravie. Le «Senior» de l’Eglise évangélique de Tchéquie, Pavel Smetana, s’est exprimé de façon critique sur la cérémonie de béatification que le pape Jean Paul II lui-même devrait présider

le 21 mai prochain à Olomouc. On craint un boycott des protestants lors de

la prochaine visite du pape dans le pays.

Dans une interview accordée au journal praguois «Telegraf», Pavel Smetana exprime sa crainte que la direction des Eglises évangéliques subissent

des pressions pour mettre un frein au développement réjouissant de l’oecuménisme en Tchéquie. Au nom du Conseil oecuménique tchèque, P. Smetana

avait en effet invité le pape à une célébration oecuménique dans l’Eglise

du Sauveur à Prague, mais si Jan Sarkander est effectivement canonisé à

Olomouc, il ne sera pas possible de réaliser cette cérémonie commune à Prague, a souligné le responsable protestant.

Pavel Smetana regrette que le diocèse d’Olomouc se soient engagé de façon si véhémente pour la canonisation de Jan Sarkander, soulignant que «nos

connaissances historiques nous apprennent que Jan Sarkander est le prototype d’une recatholicisation forcée parmi les fidèles évangéliques des pays

de la Bohême», et qu’il s’est comporté très durement contre des chrétiens

d’autres confessions. P. Smetana a déjà fait part par lettre de ses réserves au pape Jean Paul II et à l’évêque d’Olomouc aujourd’hui décédé, Mgr

Frantisek Vanak.

De son côté, le cardinal de Prague Miloslav Vlk a relevé qu’il n’y avait

pas de preuves et de témoignages historiquement sûrs permettant de critiquer les activités du nouveau saint dans le cadre de la Contre-Réforme. Par

cette canonisation, l’Eglise catholique affirme ne vouloir en aucun cas réveiller les conflits et les querelles de la Contre-Réforme, Jan Sarkander

ne devant pas devenir une figure symbolique qui viendrait ternir des rapports oecuméniques désormais bien développés en Tchéquie.

Il semble d’ailleurs établi que Jan Sarkander n’a jamais participé luimême à des actes de violence. La cérémonie de canonisation fera toutefois

mémoire des victimes de la Contre-Réforme qui en Bohême ont été nettement

plus nombreuses du côté réformé que du côté catholique. L’intolérance religieuse de l’époque doit aujourd’hui faire place à l’esprit oecuménique,

note-t-on du côté catholique. (apic/kpr/be)

6 janvier 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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