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Chiapas: Le rôle de Mgr Ruiz Garcia est irremplaçable (070495)

Retour du Mexique d’une délégation oecuménique internationale

Berne, 7avril(APIC) Le rôle de l’évêque des Indiens, Mgr Samuel Ruiz Garcia, comme médiateur dans le conflit du Chiapas entre les paysans indigènes

et le gouvernement mexicain est actuellement irremplaçable. Telle est la

conviction de la délégation oecuménique internationale à son retour d’un

séjour d’une dizaine de jours dans la région. Une solution militaire est à

exclure d’un côté comme de l’autre, ont souligné les participants au voyage

lors d’une conférence de presse vendredi à Berne.

Pour Elisabeth Baümlin, collaboratrice de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS), il est primordial de s’attaquer aux causes

du conflit à savoir l’extrême pauvreté et la marginalisation sociale et politique dans laquelle sont tenus les Indiens du Chiapas et qui les empêchent de faire valoir leur droits. La révolte du Chiapas n’est pas orchestrée de l’extérieur et l’Armée zapatiste de libération nationale qui l’a

déclenchée n’est qu’un des secteurs de la résistance qui s’organise dans

tout le Mexique pour réclamer un changement économique et politique fondamental.

Qualifier les Zapatistes de «terroristes» pour mieux les éliminer n’est

qu’une manoeuvre gouvernementale qui a peu de chance d’aboutir, tant le

soutien de la population aux rebelles est massif, relève la délégation.

S’en tenir uniquement à la médiation de Mgr Ruiz Garcia ou aux efforts de

la théologie de la libération pour sortir de la crise, ne suffit pas non

plus. Il faut un vrai changement de société pour que les Indiens puissent

être acteurs de leur propre histoire, insiste E. Baümlin.

Pas de menace de révocation de Mgr Ruiz Garcia par le Vatican

Le Père Roland-B. Trauffer, secrétaire de la Conférence des évêques

suisses se réjouit de son côté de la prise de conscience des Eglises d’Europe face à la situation au Chiapas. Ce conflit est devenu presque «exemplaire», car il permet de tester la volonté réelle des autorités de s’engager pour plus de justice et faveur du respect des droits de l’homme, remarque-t-il. Mgr Ruiz Garcia, l’évêque des Indiens, mène son combat depuis

plus de 30 ans. Parlant couramment les quatre principales langues indiennes, il a fait de l’Evangile une parole vivante, juge le Père Trauffer.

La crainte d’une révocation par le Vatican ne semble aujourd’hui plus de

mise, tant son rôle comme médiateur est reconnu. Certes, une partie des

évêques mexicains s’oppose à son action. Mais à la Conférence épiscopale,

on répond prudemment que seul Rome est compétente pour décider d’une mise à

l’écart. La délégation a également été reçue par le nonce apostolique au

Mexique, Mgr Girolamo Prigione, qu’on sait plutôt hostile à Mgr Ruiz Garcia

et proche du parti au pouvoir. Mgr Prigione a néanmoins reconnu que la détresse et la marginalisation des Indiens sont les causes du conflit au

Chiapas, note E. Baümlin.

Pour s’adresser à leur évêque, les Indiens du Chiapas utilisent le mot

«tatik», grand-père, relève le Père Walter Ludin, journaliste à Lucerne.

Analysant la situation religieuse, W. Ludin constate combien le diocèse de

Mgr Ruiz a pris au sérieux la notion d’Eglise «peuple de Dieu». La responsabilité de laïcs est mise en valeur non seulement à travers un important

réseau de catéchistes, mais aussi par des rencontres régulières qui permettent de débattre des questions pastorales entre la base et la hiérarchie.

Ainsi, le sacrement de la réconciliation intègre les rites de la tradition

maya. Les religions traditionnelles sont en quelque sorte «l’Ancien Testament» des chrétiens du Chiapas, explique-t-il.

La délégation oecuménique internationale était composée de représentants

du Conseil oecuménique de Eglises (COE), de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS), de la Conférence des évêques suisses, de la

Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles, de

l’Eglise protestante d’Allemagne (EKD) ainsi que du service oecuménique

d’entraide de France (CIMADE). (apic/mp)

7 avril 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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