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apic/Chine/réconciliation entre catholiques/tendances sectaires

APIC – Dossier

Eglise en Chine: Qui veut la réconciliation entre catholiques?(060895)

Spécialiste de l’Eglise de Chine, le Père J.

Heyndrickx s’inquiète de tendances sectaires

Bruxelles, 6août(APIC/CIP) L’ajournement forcé de la visite que le cardinal Godfried Danneels devait effectuer en Chine du 26 juillet au 6 août est

«un incident de parcours». Cette affaire ne remet pas en cause le travail

qu’effectuent ceux qui travaillent à la réconciliation des chrétiens chinois, estime le Père Jérôme Heyndrickx, spécialiste reconnu de l’Eglise catholique de Chine.

Directeur à l’Université catholique de Louvain (K.U. Leuven) de la «Fondation Verbiest», une Fondation qui porte le nom du célèbre missionnaire et

astronome jésuite à la cour impériale de Pékin au XVIIe siècle, le P. Heyndrickx était l’organisateur de cette visite à l’invitation du Bureau des

Affaires religieuses du gouvernement chinois. Des problèmes de visa pour le

P. Heyndrickx – refus chinois à la veille du départ de la délégation! ont conduit à l’annulation par le cardinal Danneels de cette visite, remise

«à une occasion plus opportune».

Grand connaisseur de la réalité religieuse chinoise, J. Heyndrickx a

multiplié ces dernières années ses contacts avec l’Eglise catholique de

Chine. Dans une interview à l’agence catholique belge CIP, il en situe les

véritables enjeux.

L’Eglise officielle chinoise n’est pas schismatique

Quand on parle de l’Eglise officielle ou de l’Eglise clandestine en Chine, il faut être prudent, assure le Père Heyndrickx: «Il n’y a qu’une seule

Eglise en Chine. Ce fut durant de longues années une Eglise persécutée et

souffrante, surtout dans les années de la Révolution Culturelle (19661976), ce qui explique des accents différents et l’émergence de ce que je

préfère appeler la ’branche clandestine de l’Eglise’. Cela ne veut pas dire

que l’Eglise officielle est une Eglise schismatique. Sur tous les points

essentiels, il y a une réelle unanimité. L’Eglise officielle est elle aussi

restée fidèle à Rome et elle est dirigée par des évêques qui, dans bien des

cas, sont tacitement reconnus par Rome. C’est pour ne pas leur créer des

ennuis que Rome ne peut pas le dire clairement, certaines instances ne

pourraient l’accepter».

Les choses bougent

Pour le directeur de la Fondation Verbiest, l’annulation d’un voyage en

Chine de Mgr Danneels est «un incident de parcours» qu’il ne faudrait pas

juger avec notre mentalité «cartésienne»: «Pour les Chinois, une chose

n’exclut pas l’autre, c’est rarement blanc ou noir, tout finit toujours par

s’arranger. Ce qui importe surtout, c’est qu’un tel incident ne remette pas

en cause une amélioration constante dans les relations entre l’Eglise et

l’Etat en Chine, entre l’Eglise officielle et la ’branche clandestine de

l’Eglise’, entre l’Eglise chinoise et l’Eglise universelle, et que les choses puissent continuer à évoluer.»

En Chine, on prie publiquement pour le pape

J. Heyndrickx pense aux quinze grands séminaires qui ont ouvert leurs

portes en Chine ces quinze dernières années, où déjà 700 prêtres ont reçu

leur formation, ainsi qu’aux vingt, voire trente noviciats de religieuses.

Il évoque de même les nombreux jeunes séminaristes et prêtres de l’Eglise

officielle qui ont pu se rendre à l’étranger pour recevoir ou parfaire leur

formation – 46 aux Etats-Unis, 4 en Allemagne, 4 en France et, récemment, 4

à Louvain, en Belgique (et d’autres suivront) -, et aux 15 prêtres chinois

qui ont pu effectuer un voyage en Belgique l’an dernier pour y suivre un

cours de spiritualité, à une époque où J. Heyndrickx lui-même n’était pas

encore autorisé à se rendre en Chine.

Le directeur de la Fondation Verbiest rappelle encore qu’il n’y a pas si

longtemps il était hors de question en Chine de parler du pape, alors

qu’aujourd’hui ont prie publiquement pour lui. «Un cercle carré, cela ne

pose aucun problème à un Chinois, dit-il. Ce n’est pas parce qu’une porte

se ferme quelque part que des ouvertures ne peuvent se faire ailleurs.»

L’autonomie: un acquis définitif

Cela vaut aussi, observe J. Heyndrickx, pour la pomme de discorde que

constitue l’»autonomie» de l’Eglise chinoise, à laquelle on oppose la «fidélité à Rome». «Pour les Chinois, il est hors de question de renoncer à

cette autonomie», ajoute-t-il, rappelant la longue tradition d’indépendance

des Chinois vis-à-vis de l’étranger et leur extrême sensibilité à ce sujet.

«Mais pour eux, ajoute le Père Heyndrickx, cette autonomie est parfaitement conciliable avec l’appartenance à l’Eglise universelle et avec le leadership spirituel du pape. L’un n’exclut pas l’autre. Les Chinois ne renonceront pas de sitôt au terme «autonomie», mais cela ne signifie aucunement

qu’ils restent hermétiques à toute influence extérieure. Il s’agira donc de

trouver une voie moyenne qui rende compatibles ces deux aspects. Pour la

Chine elle-même, cela ne me paraît guère faire de difficulté. Nous avons

aussi une vieille tradition, dans l’Eglise, pour contourner cette tension

entre sa dimension universelle et sa dimension locale et la ramener à ses

justes proportions.»

Qui désire le dialogue ?

Lors de ses nombreux contacts en Chine – il s’y est rendu trois fois

cette année pour préparer le voyage du cardinal Danneels – le P. Heyndrickx

n’a jamais fait de distinction entre Eglise «officielle» et Eglise «clandestine». «Là-bas, j’ai évidemment des contacts surtout avec les évêques et

les prêtres officiels, dit-il, mais avec les autres également, si cela est

possible. Du reste, je ne demande jamais à mes interlocuteurs à quelle

branche de l’Eglise ils appartiennent. C’est en effet bien plus complexe

que nous pouvons l’imaginer. On m’a parlé de cas où l’évêque officiel est

reconnu par Rome, tandis que l’évêque clandestin ne le serait pas, et même

d’endroits où un prêtre de l’Eglise officielle serait en même temps évêque

de l’Eglise clandestine. Ce sont des aspects d’une même situation extrêmement délicate d’une Eglise qui reste étroitement contrôlée, dans laquelle

des options différentes sont possibles».

Plutôt que des «officiels» ou des «clandestins», il y a en Chine, pour

J. Heyndrickx, «ceux qui recherchent la réconciliation, la reconnaissance

mutuelle et le dialogue, et ceux qui y sont fermés, qui traitent les autres

d’hérétiques ou s’adonnent à des manoeuvres schismatiques». «La branche

clandestine, dit-il, c’est pour nous une affaire interne à l’Eglise, dans

laquelle nous n’intervenons pas.» Le directeur de la Fondation Verbiest

n’en constate pas moins que ce sont les clandestins qui ne veulent pas de

la reconnaissance mutuelle et qui se ferment. «D’où, ajoute-t-il, le danger

pour eux de devenir une «secte» réfractaire aux changements et qui, faute

de communication, finisse par se couper aussi de l’Eglise universelle.»

Rome a désormais une approche plus fine de l’Eglise chinoise

Le Père Jérôme Heyndrickx ne doute pas que, du côté de Rome, on recherche la réconciliation. Cela ressort du fait que «à Rome également, on fait

encore à peine la distinction entre Eglise officielle ou clandestine», ainsi que des appels à la réconciliation lancés par Jean-Paul II depuis Manille (en 1981 et en 1995) et depuis Séoul (1989). Dans cette perspective, et

dans la ligne des voyages effectués précédemment par les cardinaux Sin (Manille), Etchegaray (Conseils pontificaux «Cor Unum» et «Justice et Paix»)

et Wu Cheng-chung (Hong Kong), «la visite du cardinal Danneels devait jouer

un rôle décisif pour inaugurer depuis la Belgique une nouvelle phase de

collaboration interecclésiale». «Non plus comme au temps de Verbiest», précise le directeur de la Fondation qui porte le nom du grand missionnaire,

même si son oeuvre comme celle des Scheutistes en Chine méritent un «profond respect», mais désormais «sur un pied d’égalité et dans l’estime mutuelle».

Arrière-garde

Revenant sur la division de l’Eglise chinoise, J. Heyndrickx considère

que «notre plus grand échec, c’est notre division en dehors de Chine», notamment aux Etats-Unis, où un «noyau dur» continue de jouer la carte des

«clandestins» et persiste à condamner tout rapprochement avec les «officiels». «Toujours prêts à tirer, jamais à parler, ils continuent à démolir

ce que nous avons tant de mal à construire», déplore le scheutiste louvaniste, qui souligne que «peu autant que nous, à la Fondation Verbiest, ont

travaillé pour la reconnaissance de l’Eglise officielle de Chine, mais nous

n’avons jamais exclu ni condamné qui que ce soit».

Et d’avertir: «Il existe en dehors de Chine une sorte d’arrière-garde

qui soutient la branche clandestine de l’Eglise en Chine et l’encourage

dans son combat contre l’Eglise officielle. Cette action contraire ruine

bien des pas que d’autres en Chine même tentent de franchir. Cela peut tuer

pour longtemps tout espoir d’unité. Les victimes de ce combat, ce sont en

fin de compte les chrétiens de la branche clandestine de l’Eglise, auxquels

il est pratiquement impossible de se faire une idée juste de ce qu’ils ont

à faire. Notre plus grand échec jusqu’ici, c’est que des chrétiens chinois

et des prêtres hors de Chine ne soient pas parvenus à s’engager ensemble au

service de l’Eglise en Chine et que des gens de l’extérieur empêchent cet

engagement commun et la nécessaire réconciliation.» (apic/cip/be)

Encadré

Visite reportée

Rappelons que le 5 juin dernier, Liu Shuxiang, vice-directeur du Bureau des

Affaires religieuses du gouvernement chinois, était venu personnellement à

Malines pour inviter le cardinal Danneels à visiter la Chine. Il a demandé

à l’archevêque de Malines-Bruxelles de désigner les cinq autres membres de

la délégation. Le cardinal aurait dû normalement se rendre en Chine accompagné de Mgr Luk De Hovre, un de ses deux évêques auxiliaires à Bruxelles,

ainsi que du Père Jacques Thomas, supérieur général des Missionnaires de

Scheut, du chanoine Wilfried Brieven, secrétaire privé du cardinal, du Père

Willy Olevier, provincial des Scheutistes, et du Père Jérôme Heyndrickx.

(apic/cip/be)

6 août 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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