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Rome: Hans Küng juge la Conférence du Caire (210994)
Le «Waterloo du pape Wojtyla»
Rome, 21septembre(APIC) Pour le théologien critique suisse Hans Küng, la
Conférence du Caire signifie le «Waterloo du pape Wojtyla». Dans un article
publié dans le quotidien italien «La Repubblica», le théologien – à qui le
Vatican a retiré la permission d’enseigner en 1979 – critique «le rigorisme
et l’autoritarisme» du pape, qui ont conduit à «une défaite» du Saint-Siège
lors de la Conférence du Caire. Une «défaite dissimulée par une approbation
formelle du document final par le Vatican».
La conférence du Caire, organisée sous l’égide des Nations-Unies, avait
pour objet de décider des moyens à adopter pour contenir l’augmentation de
la population mondiale d’ici à l’an 2015. Dès le mois de mars 1994, le pape
s’est ingénié à s’opposer, notamment par voie diplomatique, à ce qu’il considérait comme une tentative de légaliser l’avortement à l’échelle mondiale, sous couvert de réguler la population mondiale.
Selon Küng, cinq facteurs expliquent l’isolement de l’Eglise catholique
qu’il perçoit à l’issue de cette conférence. Le premier est le refus des
Nations Unies et des Etats-Unis «céder au chantage». Le second vient de la
«nécessaire précision» apportée par l’Union Européenne: «l’avortement n’est
pas une méthode de planification nationale». L’attitude des Etats islamiques constitue le troisième facteur: «l’alliance hypocrite entre le Vatican
et les Etats islamiques ne s’est pratiquement pas réalisée, car les grandes
nations musulmanes comme l’Indonésie, le Pakistan, l’Iran et l’Egypte n’ont
pas suivi le Vatican».
Quatrième élément, les femmes catholiques, réunies en différentes délégations ne se sont pas prononcées en faveur des positions du Pape. Küng
avance un dernier facteur: le pape, «plus rigoureux que les fondamentalistes islamiques en matière de contraception», a déjà perdu depuis longtemps
la bataille de la morale sexuelle à l’intérieur même de l’Eglise.
Le théologien récuse ensuite deux raisons données, sur ce même dossier,
par le «Times» de Londres et le «Washington Post» pour expliquer le fait
que le Vatican «soit resté seul contre tous». Respectivement, les deux
quotidiens pensent que «le Vatican s’est toujours opposé aux Etats
nationaux depuis le traité de Westphalie» et «qu’il s’agit du drame
personnel d’un polonais de soixante treize ans qui a triomphé du communisme
soviétique mais qui ne s’est pas résigné devant le monde moderne».
Pour Küng, «la question est plus complexe: la cause du conflit tire ses
racines d’un système catholique médiéval et absolutiste qui confère un monopole de pouvoir et de vérité à un seul homme à l’intérieur de l’Eglise».
Ainsi, poursuit le théologien, l’Eglise «représente aujourd’hui l’unique
système dictatorial du monde occidental après l’écroulement du communisme
soviétique». Il énonce une série d’exemples pour étayer sa thèse: l’imposition d’évêques non désirés par la communauté ecclésiale, la discrimination des femmes pour le sacerdoce, le refus du mariage des prêtres, etc.
Pour lui, c’est le système plus que l’homme qui est en cause : «le système, malgré la bonne volonté d’un pape, représente un héritage insoutenable pour l’Eglise catholique et un poids pour l’oecumène (…)». Pour le
théologien, les conséquences de cet état de fait sont multiples: «le rigorisme et l’autoritarisme ont miné la crédibilité morale du pape, notamment
chez les jeunes générations». Le document du Caire est une pierre posée par
la communauté internationale sur l’encyclique ’Humanae Vitae’ relative à la
pilule anticonceptionnelle. La situation juridique internationale particulière de l’Etat du Vatican à la conférence des Nations Unies est maintenant
mise en cause par beaucoup. En conclusion Hans Küng estime que «le Caire a
posé une exigence fondamentale : le renforcement de la position de la femme
dans l’Eglise et dans la société». (apic/cip/mp)



