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apic/cip/rwanda/l’archevêque de Bukavu écrit au cardinal Danneels/

Rwanda: dans une lettre à Mgr Danneels, l’archevêque de Bukavu (180195)

réclame une solution politique «négociée et équilibrée»

Permettre le retour des réfugies du Zaïre

Bruxelles, 18janvier(APIC/CIP) «On aide le pouvoir de Kigali, mais on oublie les Rwandais qui croupissent dans les camps.» Tel est le cri lancé par

Mgr Christophe Munzihirwa, archevêque de Bukavu, dans un appel adressé au

cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, et à Mgr Jacques Delaporte, évêque de Cambrai, président de la Commission française

«Justice et Paix».

L’archevêque de Bukavu interpelle vivement les Eglises de Belgique et de

France: «Laisser dépérir au Zaïre deux millions de Rwandais, c’est un crime

contre l’humanité. Pour lui, il n’est pas acceptable que des pays démocratiques occidentaux apportent un soutien sans condition au régime de Kigali

qui exclut tout droit à la parole et qui décourage le retour au pays de

plus d’un tiers de sa population.

Plus de deux millions de réfugiés rwandais hutus se trouvent au Zaïre

depuis juillet 1994, dont 400.000 dans le diocèse de Bukavu. Ils vivent

tous dans des conditions de détresse de plus en plus grande. Des organisations humanitaires se retirent. Le Rwanda a changé sa monnaie début janvier. Comme il avait fermé sa frontière, les réfugiés n’ont pu en profiter:

ils ont donc perdu le peu d’argent qui leur restait, écrit Mgr Munzihirwa.

Les massacres se poursuivent: 5 à 10’000 morts chaque mois

L’archevêque zaïrois souligne que la grande majorité des réfugiés souhaitent rentrer chez eux, mais ils ne le peuvent pas, les conditions du retour n’étant pas remplies: «Ils ont peur d’être mis en prison sur simple

accusation, sur des faits non prouvés, ou d’être tués en essayant de rentrer dans leur propriété. Selon des témoins objectifs vivant au Rwanda, les

massacres se poursuivent et s’intensifient même. On estime entre cinq et

dix mille le nombre de personnes assassinées par mois au Rwanda. Et des réfugiés continuent encore à arriver ici ces derniers jours», écrit-il dans

son message, dont le texte est publié par le Bulletin d’Information Africaine (ANB/BIA) à Bruxelles.

Mgr Munzihirwa souligne la responsabilité des pays occidentaux. Alors

qu’il n’y a pas d’autre solution à ce drame «que celle d’une rencontre de

tous les Rwandais en vue d’une solution pacifique négociée et équilibrée» beaucoup de travail et de contacts permettaient, en novembre dernier,

d’espérer cette rencontre, relève-t-il – «cet espoir a été anéanti par une

aide financière de certains pays occidentaux au gouvernement de Kigali.»

On aide Kigali. Mais les Rwandais?

L’archevêque s’interroge sur «l’aide apportée à une minorité qui a conquis le pouvoir par les armes». «On aide le Rwanda, mais on oublie les

Rwandais qui croupissent dans les camps, en grande détresse morale et sans

avenir.» Or, les réfugiés sont surtout une population jeune. D’où l’avertissement de Mgr Munzihirwa: «Maintenus dans l’inactivité et poussés par

les pénuries, ces jeunes chercheront une solution par la violence ici au

Kivu et au Rwanda. Et les conséquences pour la population locale sont aussi

dramatiques: les sites occupés par les réfugiés sont des terres de culture

dans cette région qui est surpeuplée.»

En conlusion l’archevêque de Bukavu demande à ses interlocuteurs d’user

de leur autorité morale en tant que primat de Belgique et président de Pax

Christi International, en tant que président de la Commission Justice et

Paix France. L’Eglise de Belgique et l’Eglise de France ne pourraient-elles

pas lancer un appel pressant invitant l’Occident à faire pression sur les

responsables rwandais tant hutus que tutsis afin qu’ils cherchent une solution politique permettant le retour des réfugiés?» (apic/cip/mp)

18 janvier 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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