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apic/Colloque/Dveloppement/Migrations
Bruxelles: Responsables catholiques d’Europe et fonctionnaires européens
confrontent leurs vues sur le développement et les migrations dans le monde
Bruxelles, 12décembre(APIC) Des représentants des missionnaires et de la
Commission Catholique Internationale pour les Migrations (CICM) ont rencontré à Bruxelles de hauts fonctionnaires européens, au cours d’un colloque
organisé par Missio-Belgique. Les défis éthiques de la construction européenne, le développement et les problèmes des migrations ont été au centre
des débats.
Un des objectifs de cette rencontre a été de permettre aux responsables
d’Eglise ou d’organisations catholiques et à de hauts fonctionnaires européens de confronter leurs approches et de préciser les rôles respectifs en
vue de collaborations possibles. Les Directions Générales de l’Union Européenne chargées respectivement du Développement (y compris des migrations
extérieures) et des Affaires Sociales (et donc aussi des migrations intérieures) se sont montrées très concernées par la rencontre.
A travers le monde, le nombre de personnes réfugiées à l’étranger ou déplacées dans leur propre pays avoisine les 50 millions! Le réfugiés venant
de l’est du continent vers l’ouest ont alourdi la charge des Européens, qui
sont encore loin de supporter le fardeau africain. Qu’en sera-t-il demain?
s’est interrogé dès le premier jour du colloque André Nguyen Van Chau, secrétaire général à Genève de la Commission Internationale Catholique pour
les Migrations.
A vrai dire, la CICM ne voit «pas de solution à court terme». Seules des
politiques à long terme associant des programmes indispensables d’aide humanitaire à une aide renforcée au développement peuvent apporter des réponses. Mais l’évolution récente n’incite pas la CICM à l’optimisme: face aux
migrations, les Etats membres de l’Union Européenne semblent plutôt réduire
leurs efforts que les augmenter, comme l’Europe l’avait fait lors des crises migratoires de la première moitié du siècle. «Officiellement, on est
pour la circulation des biens et des personnes. Dans la pratique, l’information et les capitaux circulent. Mais les personnes semblent de trop!»
constate ironiquement A. Van Chau.
Perspectives et suggestions
Le secrétaire de la CICM s’étonne: d’une part, l’Europe cherche à élargir son espace; d’autre part, elle «verrouille ses frontières», donc renvoie le problème des réfugiés et des migrants aux pays pauvres dont ils
sont issus! Le budget européen prévu pour les pays d’Afrique, des Caraïbes
et du Pacifique (ACP) ne contredit pas son analyse: en fait, l’enveloppe
budgétaire plus large est proportionnellement moins coûteuse pour chaque
pays européen et l’argent est dévalué à l’arrivée…
Giovanni Livi, chargé de la politique européenne de développement pour
l’Afrique Australe, prédit que «l’aide au développement diminuera, car les
Etats rechigneront de plus en plus à y contribuer». Pour s’étoffer, la coopération au développement devra davantage se décentraliser. Dominique David, qui suit de près les relations entre l’Union Européenne et les pays
ACP met aussi en question certains pays du Tiers-Monde: ne repoussent-ils
pas trop volontiers comme «ingérence inacceptable» les impératifs d’une
saine «gestion» de l’aide au développement?
Des suggestions recueillies auprès des parlementaires européens ont montré que les pistes de solution ne manquent pas pour promouvoir le développement du Tiers-Monde: abolir la dette publique; intensifier la formation;
protéger les ressources naturelles, à commencer par l’eau; bâtir des politiques industrielles solidaires au Sud et au Nord; démocratiser les représentations internationales (pourquoi 44% des voix au sein du Fonds Monétaire International se répartissent-elles seulement à des ressortissants de
cinq nations?); mener une action vigoureuse contre la réduction de l’économie mondiale à la seule logique financière.
Comme l’a révélé à travers de nombreux faits Tara Mukheerje, du Forum
Européen des Migrants, c’est notamment cette logique financière envahissante et réductrice qui expulse de chez eux les migrants et les réfugiés.
La générosité ne suffit pas
A la logique de l’exclusion, le plus bel élan de générosité ne suffit
cependant pas à répondre, constate Emma Bonino, commissaire européen, chargée du programme ECHO (Aide Humanitaire de la Communauté). Sur trois milliards d’écus affectés à l’aide humanitaire de par le monde, deux milliards
viennent de l’Union Européenne et de ses Etats membres. Quelque 60 pays,
entre autres en ex-Yougoslavie et dans la région des Grands Lacs d’Afrique
centrale, ont bénéficié de cette aide. Celle-ci passe notamment par des organisations telles que le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés, la
Croix-Rouge, Caritas…
Les crédits européens pour l’aide humanitaire ont augmenté. Or, ils ne
suffisent pas alors que les «premiers signes de fatigue» apparaissent chez
les donateurs. Que faire? «La solidarité ne peut remplacer la politique ni
la diplomatie», répond Mme Bonino. Et de s’interroger sur la lenteur des
grandes puissances à réagir aux grandes crises de cette dernière décennie,
que ce soit en ex-Yougoslavie, au Rwanda ou au Burundi: certains pays ne
réagiraient-ils que lorsqu’ils pressentent que des équilibres géopolitiques
vont se modifier à leur désavantage? (apic/cip/pr)




