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Genève:Rencontre européenne des Communautés chrétiennes de base (031295)
Vivre la communauté dans un monde de plus en plus individualiste
Genève, 3décembre(APIC) Quelque 130 délégués de Communautés chrétiennes
de base (CCB) de 18 pays d’Europe, rassemblés pour chercher de nouveaux repères de foi et d’action dans la société et dans les Eglises, ont achevé
dimanche leurs travaux par une célébration au Conseil oecuménique des Eglises. Comme communautés dans un monde de plus en plus individualiste, ils
souhaitent vivre en petit ce qui devrait être vécu dans l’Eglise et dans la
société.
Un des points forts de ce Séminaire Européen de trois jours, qui se
tient tous les deux ans, a été justement la recherche de structures économiques qui n’aient pas que le profit comme but suprême. Réunis sur le thème
«Quels chemins pour les CCB dans l’Europe aujourd’hui?», les 30 délégations ont refusé de se laisser freiner par les lourdeurs et les lenteurs de
l’Eglise. Il s’agissait pour eux, avant tout, de réfléchir sur l’option
préférentielle pour les pauvres contenue dans l’Evangile, sur les droits de
l’homme dans l’Eglise et la société, sur les pratiques théologiques dans un
monde sécularisé…
Lors de la présentation introductive, jeudi, les délégués ont exprimé
leurs préoccupations face à la montée de l’intolérance, la croissance des
inégalités sociales et les nombreuses situations politiques problématiques.
L’unique représentant de l’Irlande, avec un humour caustique (allusion à la
votation sur le divorce?), a déclaré que les CCB en Irlande «sont plutôt
désunies, j’en ai peur!»
En Tchéquie, l’Eglise trop repliée sur elle-même
Les témoignages les plus poignants ont été ceux en provenance de la
Tchéquie et de la Hongrie, qui ont connu sous le régime communiste tout
l’arsenal des mesures coercitives, de l’interdiction de réunions aux persécutions. Elles s’éveillent aujourd’hui lentement à la liberté, grâce à
l’élan démocratique. Ancien dissident hongrois, le Père Gyorgy Bulanyi a
affirmé que le mouvement de base «Bokor» qu’il a fondé – et qui prônait
notamment l’objection de conscience – est aujourd’hui encore en butte à
l’hostilité de l’Eglise, qui avait dû le condamner sous la pression des autorités communistes, alors que le gouvernement lui a depuis demandé pardon.
Les délégués de Tchéquie ont déploré particulièrement l’indifférence de
l’Eglise, trop prise par les démarches destinées à récupérer ses biens et
par le souci de repourvoir les paroisses en prêtres. «La théologie dans la
vie quotidienne est largement négligée», a déploré le délégué tchèque Jan
Kofron.
Pratiques communautaires dans un monde de plus en plus individualiste
L’essentiel du séminaire s’est déroulé autour de trois pôles:Quelles
sont les pratiques communautaires dans un monde de plus en plus individualiste? Quelles sont nos pratiques théologiques dans un monde sécularisé?
Le troisième pôle portait sur la question de l’engagement. L’organisation
et la structure des Eglises à l’épreuve de la vie quotidienne, la
conscience personnelle au défi du message des Eglises, la foi et la
modernité se sont détachées comme les dénominateurs communs de cette
rencontre.
Des questions épineuses, telles que la recherche théologique des femmes,
la démocratie et le pouvoir dans les institutions d’Eglise, la désobéissance civile et la participation politique n’ont pas été esquivées. «Nous sommes l’Eglise», ont clamé les 130 participants au séminaire. Les membres des
CCB – nées à la suite du Concile Vatican II – ont réaffirmé leur volonté
d’action au sein de l’Eglise institutionnelle et de soutien mutuel.
La Suisse, à l’instar de l’Ecosse, connaît des problèmes concernant la
forme d’engagement. La majorité des membres de ces communautés désirent
promouvoir l’engagement communautaire au sein de l’Eglise, déclarant que le
moteur des CCB est la vocation de changement dans les institutions. Autocritiques également sur les dérapages qu’ont connus certaines CCB, tentées
par la constitution de véritables mouvement politiques en faveur de la justice sociale. «Ce problème reste au centre des débats, mais nous ne devons
pas oublier avant tout que nous sommes des chrétiens», explique Luitgard
Schroft, de Genève, organisatrice de cette rencontre européenne.
Se sentant aussi concernés par la transmission de la foi, deux courants
opposent leurs priorités: l’accent sur les lieux de prière ou l’implication
dans les problèmes sociaux. Les participants, poursuivant leur quête de
nouveaux repères de foi et d’action en fidélité avec le message de Jésus et
de compréhension de l’Evangile au quotidien, veulent relancer le dialogue
avec Rome, interrogeant, prenant position, élevant la voix, dans un mouvement revivifiant au sein même de l’Eglise. C’est en tout cas ce qu’ils ont
voulu démontrer durant ces trois jours de rencontre à Genève.
(apic/la/wlu/be)
Encadré
Les communautés chrétiennes de base à Genève
A Genève, les 5 CCB sont marquées par une forte empreinte oecuménique.
Leurs membres, venus d’horizons très divers, sont protestants ou catholiques. Les principes de fonctionnement restent les mêmes que pour les autres
communautés: préparation communautaire de la célébration mensuelle avec
l’aide du curé ou du pasteur, qui a la statut d’un simple membre, soiréesdébats et soutien financier des familles en détresse constituent les fondements de l’activité des CCB genevoises.
Elles se sont engagées également en groupes d’intervention dans l’»affaire Gaillot», l’évêque révoqué d’Evreux, en lui écrivant une lettre de
soutien et une autre de protestation directement au pape Jean Paul II. «A
la différence de certaines communautés de Suisse alémanique, les CCB genevoises ne recouvrent pas des groupes sociaux particuliers, localisés et politisés», explique Yvan Brun, membre d’une CCB. Une CCB, entièrement créée
par des jeunes, la CdB Attitudes (jeu de mot sur béatitudes), se déplace
dans les différents temples et églises. A leur manière, ils portent le témoignage d’une foi correspondant à leurs besoins quotidiens. (apic/la/be)



