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apic/Conférence COE / Salvador de Bahia
Brésil: XIe Conférence «Mission et Evangélisation» (041296)
L’évêque jurassien, Mgr Roger Aubry était l’un des observateurs catholiques
Theo Buss, envoyé spécial pour l’agence APIC
Salvador de Bahia, 4décembre (APIC) «Nous vivons à un moment de l’histoire
où les cultures longtemps opprimées retrouvent le sens de leur identité et
veulent l’affirmer avec force. Les indigènes ne se considèrent plus comme
’les plus pauvres des pauvres’», estime Mgr Roger Aubry. L’ évêque suisse
d’origine jurassienne, responsable du vicariat apostolique de Reyes, en Bolivie, était l’un des dix observateurs catholiques à la XIe Conférence mondiale «Mission et Evangélisation».
Cette rencontre mise sur pied par le Conseil oecuménique des Eglises
(COE) a rassemblé plus de 600 participants de 60 pays du 24 novembre au 3
décembre à Salvador de Bahia, au Brésil.
Les participants ont essentiellement débattu de la question de
l’inculturation autour du thème «Appelé à une même espérance: l’Evangile
dans les différentes cultures». Le consensus s’est fait sur la nécessité de
formuler toujours à nouveau le message de l’Evangile, en prenant au sérieux
les cultures où il est appelé à s’insérer. Liturgies multiculturelles, étude commune de la Bible – dirigée par le pasteur luthérien Milton Schwantes
assesseur des Communautés de base au Brésil – et réflexion en groupe sur le
sens de la mission ont permis la mise en pratique de l’inculturation.
«Le thème missionnaire est dans l’air, le problème des cultures est à la
mode», relève pour l’APIC Mgr Aubry, rédemptoriste qui vit depuis 28 ans en
Bolivie. «Nous vivons à un moment de l’histoire où les cultures longtemps
opprimées retrouvent le sens de leur identité et veulent l’affirmer avec
force. Les indigènes ne se considèrent plus comme ’les plus pauvres des
pauvres’ mais sont conscients de représenter des cultures riches en valeurs
humaines et chrétiennes, qu’ils désirent avec impatience partager avec
leurs contemporains.»
Le vicariat apostolique de Reyes, que dirige Mgr Aubry, se trouve dans
la plaine amazoniennne de la Bolivie et compte plusieurs groupes aborigènes. Pour l’évêque, «la conscience de son identité est une espérance très
grande pour l’évangélisation». «Nous vivons une heure propice et favorable,
un temps qui rend possible l’évangélisation et qui en manifeste l’urgence.»
Mgr Aubry participait pour la première fois à une conférence organisée
par le COE. Il se dit très frappé de la variété des cultures, des coutumes
et même des costumes. Mais il note cependant les préoccupations et le langage communs. Devant une telle richesse, conclut Mgr Aubry, on ne peut que
souffrir de certaines divisions et avoir le désir de s’engager plus avant
dans l’oecuménisme. (apic/theo buss/mp)
Encadré
Pour une rapport plus sain avec le corps et la sexualité
Au Brésil et en Amérique latine, le christianisme est arrivé dans la sillage du colonialisme et a servi la plupart du temps à justifier cette entreprise accompagnée de génocides, d’esclavage, d’exploitation. Un christianisme trop souvent inféodé aux oligarchies et aux dictatures, jusqu’à
l’époque contemporaine.
Malgré cela le message évangélique, bien que présenté de manière déformée a pu se muer en espérance de libération. Le mouvement oecuménique et la
théologie de la libération ont thématisé cette problématique. Ils ont amené
un changement radical dans certains secteurs de la population en ce qui
touche à la solidarité et à la justice découlant de l’Evangile, relève Robinson Cavalcanti, prêtre anglican brésilien.
Mais en même temps, la dimension culturelle et mystique a été sous-estimée à cause d’une vision européocentrique basée sur les principes du ’Siècle des lumières’.
Ainsi le protestantisme au Brésil n’a jamais réussi à se dépêtrer de ses
origines anglo-saxonnes ascétiques et volontiers puritaines, face à une
culture où le jeu et l’érotisme occupent une place importantes. Paradoxalement, alors que le thème de la conférence était «Evangile et culture», la
question de la sexualité n’était pas à l’ordre du jour.
«Est-il possible pour les évangliques de reconnaître que la vie
sensuelle des latins, des Africains et des Amérindiens peut être compatible
avec la foi chrétienne? Afin de vivre un christianisme plus joyeux, plus
sain, moins morbide et névrosé parce qu’il écouterait ce que nos corps nous
disent.»
La culture occidentale a été marquée par une dualité entre un corps mauvais et une âme bonne, alors que les Amérindiens et les Africains ont une
relation plus saine avec leur corps et avec leur nudité, rapelle R. Cavalcanti. (apic/theo buss/mp)



