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apic/Conférence des évêques suisses/Déclaration sur le passé de la Suisse
Suisse:Déclaration de la Conférence des évêques sur le (060397)
rôle de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale
Demande de pardon pour des siècles d’antisémitisme chrétien
Berne, 6mars(APIC) La Conférence des évêques suisses (CES) a demandé pardon jeudi à Berne pour des siècles d’antisémitisme chrétien. Lors d’une
conférence de presse à l’issue de son assemblée de printemps, la CES a présenté une «Déclaration face au débat actuel sur le rôle de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale». Les évêques suisses ont une nouvelle
fois répété qu’ «antisémitisme et foi chrétienne sont incompatibles».
Mgr Henri Salina, président de la CES, s’est réjoui d’emblée du discours
historique du président de la Confédération Arnold Koller prononcé mercredi
devant l’assemblée fédérale. Il a salué la création d’une «Fondation suisse
de la solidarité» d’une hauteur de sept milliards alimentée par l’or de la
Banque nationale. «Le Conseil fédéral témoigne ainsi de sa réelle contribution à considérer notre passé avec sérénité et d’en dégager un défi pour
notre avenir et celui des générations futures».
En se référant aux agissements passés des Eglises, écrivent les évêques
dans leur déclaration datée du 5 mars, «nous nous proclamons coupables,
demandant pardon aux descendants des victimes», tout comme le pape Jean
Paul II l’a fait en vue de l’Année de la Réconciliation dans sa lettre sur
le jubilé de l’an 2’000 «Tertio Millennio Adveniente».
L’actualité était évidemment au rendez-vous de l’assemblée de printemps
des évêques, en pleine polémique sur les fonds juifs en déshérence retrouvés dans les coffres des banques suisses. Les évêques souhaitent que la nécessaire discussion sur le passé de la Suisse se déroule dans un esprit de
justice et d’apaisement, et qu’elle ne provoque pas de conflits de générations, entre la jeunesse et les aînés qui ont vécu l’encerclement du pays
par les dictatures nationale-socialiste et fasciste.
Il y a eu des profiteurs de guerre
«Sans se plier aux demandes totalitaires de ses voisins, la Suisse a
pourtant été forcée de faire des compromis. Elle n’a, en particulier, pas
accueilli autant de réfugiés qu’elle aurait pu, alors que les avoirs et la
fortune des victimes et des persécutés ont passé en Suisse, permettant à
quelques uns de s’enrichir», peut-on lire dans la déclaration des évêques.
Dénonçant les «profiteurs de guerre» qui ont tiré profit de la situation, l’évêque auxiliaire de Coire, Mgr Peter Henrici, qui avait tout juste
17 ans à la fin de la guerre, a tenu à souligner que les Suisses n’ont pas
participé à l’holocauste. Ils ignoraient dans une grande mesure sinon
l’existence du moins l’ampleur des camps de la mort nazis.
La question actuelle des réfugiés
Les évêques encouragent toutes les mesures visant à faire l’entière lumière sur le passé: «Elles nous permettront de prendre conscience de notre
devoir de réparation et de rester vigilants face à la possibilité de dangers similaires, présents ou futurs», en mentionnant notamment la question
actuelle des réfugiés en Suisse.
Dans leur déclaration, les évêques rappellent que la persécution des
juifs – cibles désignées de l’holocauste -, a été organisée, certes, par un
régime qui persécutait également les chrétiens et les Eglises. «Mais nous
ne devons pas perdre de vue pour autant que pendant des siècles, les chrétiens et les instances ecclésiales se sont rendus coupables en persécutant
et marginalisant les juifs, favorisant ainsi les sentiments antisémites.
Aujourd’hui, nous constatons avec effroi que des motifs religieux ont joué
un rôle déterminant dans ce processus».
Les sentiments antisémites sont antichrétiens
«Nous proclamons que nous avons commis des fautes dans l’histoire. Les
sentiments antisémites ne sont pas nés du christianisme en tant que tel,
mais des faiblesses des chrétiens; l’utilisation à travers les âges du terme de ’déicides’ pour désigner les juifs a fait naître beaucoup d’antisémitisme. Les responsables des Eglises, les évêques aussi, n’ont pas été assez
fermes et lucides dans les siècles passés pour dénoncer d’emblée les sentiments antisémites qui sont antichrétiens», a déclaré pour sa part Mgr Salina.
Consciente de sa responsabilité, du fait de son passé, l’Eglise suisse
tient une nouvelle fois à répéter que le christianisme plonge ses racines
dans le judaïsme et que, dès lors, la foi chrétienne est basée sur la tradition juive. Comme le disait déjà le pape Pie XI en 1938: «Nous sommes
spirituellement des sémites». Un rappel utile alors que les sentiments antisémites refont toujours davatange surface dans le pays. (apic/be)
Encadré
50e anniversaire de la Déclaration de Seelisberg
La CES a profité des circonstances actuelles pour rappeler le 50e anniversaire de la Déclaration de Seelisberg, élaborée en Suisse lors d’une conférence pour combattre l’antisémitisme mise sur pied par le «Conseil international de chrétiens et juifs». Le secrétaire de la CES, le Père Roland-B.
Trauffer, a présenté les dix points de la Charte de Seelisberg, du 5 août
1947 et l’importance historique de ce document. Parmi les grands noms qui
ont participé à la rédaction de cette charte – qui allait paver la voie à
la déclaration du Concile Vatican II sur les religions non chrétiennes
«Nostra aetate» – il faut mentionner l’abbé Charles Journet, futur cardinal, le philosophe Jacques Maritain, l’historien juif Jules Isaac, ainsi
qu’Alexandre Safran, alors grand rabbin de Roumanie, qui allait devenir
bientôt grand rabbin de Genève. (apic/be)
Encadré
Affaire de Coire: «A l’Est, rien de nouveau!»
Interrogé sur l’»affaire de Coire», Mgr Salina déclaré qu’»à l’Est, il n’y
a rien de nouveau» depuis la déclaration de la CES du 5 décembre dernier.
Les évêques estimaient que la situation du diocèse de Coire était quasiment
sans issue et qu’il fallait des changements de personnes. Entretemps, les
sept cantons diocésains, invoquant le maintien de la paix religieuse, se
sont adressés au Conseil fédéral pour qu’il intervienne auprès du SaintSiège.
La CES a été informée de cette démarche et constate que la situation a
plutôt tendance à se détériorer davantage. Elle ignore par exemple le contenu des discussions que Mgr Haas a eues récemment à Rome avec diverses
congrégations romaines.
Plus qu’un seul évêque suisse fidèle au pape?
«La balle est dans le camp de Mgr Haas et du Saint-Siège», a confié Mgr
Salina à l’APIC. Suite à la déclaration de la CES sur la situation dans le
diocèse de Coire, une campagne de solidarité avec Mgr Haas a été lancée en
Suisse et dans les pays voisins. La déclaration en question, faite en fidélité à la Constitution dogmatique sur l’Eglise «Lumen Gentium» – qui demande aux évêques de ne pas se soucier seulement de leur propre diocèse, mais
de porter le souci général de l’unité – a déclenché «l’excommunication de
la CES» par certains groupes proches de Mgr Haas. Ces derniers déclarent
qu’il n’y a plus qu’un seul évêque en Suisse fidèle au pape, déplore Mgr
Salina. On n’a pas remarqué au sein de la CES que Mgr Haas ait pris explicitement ses distances face à une telle assertion. (apic/be)




