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apic/conversations de Malines
Belgique: 75e anniversaires des «Conversations» de Malines (080896)
Le dialogue renoué entre catholiques et anglicans
Bruxelles, 8août(APIC) Une colloque marquera, le samedi 31 août, le 75e
anniversaire du début des «Conversations de Malines». C’est en effet en automne 1921 que le cardinal Mercier accueillit à Malines, en Belgique, la
première de ces «Conversations» qui, plus de quatre siècles après la Réforme, allait rouvrir la voie au dialogue entre l’Eglise catholique et l’Eglise anglicane.
Malines accueillera en outre, du 26 août au 4 septembre, la Commission
officielle de dialogue entre catholiques et anglicans, (ARCIC) qui espère
parvenir à un texte de consensus sur l’exercice de l’autorité dans l’Eglise.
Le colloque placé placé sous la présidence du cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, accueillera de nombreuses personnalités oecuméniques de premier plan. Le théologien américain John Dick, professeur à Louvain, Mgr Christopher Hill, évêque anglican de Stafford, le
dominicain canadien Jean-Marie Tillard, le professeur Adalbert Denaux de
Louvain. Mgr George Carey, archevêque de Canterbury et primat de la Communion anglicane prononcera l’allocution finale.
Le colloque sera suivi, d’une célébration oecuménique multilingue en la
cathédrale St-Rombaut. Durant la célébration, les «Conversations de Malines» seront commémorées et la bénédiction de Dieu sera invoquée pour le
rapprochement entre les Eglises.
La cathédrale de Malines accueillera en outre du 31 août au 15 septembre, une exposition sur les «Conversations de Malines». On y verra les portraits des artisans de ces Conversations, la table autour de laquelle ils
se sont réunis, le calice où a été serti l’anneau épiscopal offert par le
cardinal Mercier à Lord Halifax, les notes de travail des protagonistes,
les documents publiés et de nombreux autres objets. (apic/cip/mp)
L’histoire des «Conversations de Malines»
Les «Conversations de Malines», qui suivirent de peu la «grande guerre», ne
sont pas nées d’une inspiration isolée de leurs artisans. Au fil du XIXe
siècle, la situation de l’Eglise catholique dans le Royaume Uni avait changé. Jouissant désormais de droits légaux (retrouvés en 1829), d’une hiérarchie propre (1850) et d’un nombre plus appréciable de par l’arrivée massive
de travailleurs irlandais, les catholiques anglais en venaient à se piquer
d’être plus romains que Rome devant leurs concitoyens anglicans.
Du côté anglican, après quatre siècles de Réforme, si l’idée du dialogue
n’était pas rejetée, il ne pouvait être question de se «soumettre» à Rome.
Là-dessus, l’Anglais Charles Lindley Wood (»Lord Halifax») et le Père Fernand Portal, religieux lazariste français, sont d’accord. Les deux amis se
connaissent depuis 1899 et en parlent souvent: oui à l’union, mais par la
convergence.
Mais les deux amis ont beau poser la question à leurs hiérarchies: ni le
pape Léon XIII en 1896, ni la Conférence de Lambeth qui réunit tous les
évêques anglicans en 1897, ne se montrent franchement favorables à une telle perspective.
A l’automne 1919, le cardinal Mercier, en quête de soutien à la reconstruction d’un pays meurtri par la guerre, entreprend un voyage aux EtatsUnis. Il y est accueilli en héros et a l’occasion de s’adresser à Detroit à
la Convention générale des évêques épiscopaliens (anglicans), qu’il salue
comme «frères dans la foi».
L’archevêque de Malines s’en expliquera avec Rome et avec Benoît XV:
l’avenir, pense-t-il, est à l’oecuménisme. Informé de l’heureuse rencontre
américaine de Detroit, l’abbé Portal écrit au cardinal Mercier une lettre
d’encouragement en 1920, année où la Conférence de Lambeth a lancé cette
fois un véritable «appel» à l’unité.
A l’automne 1921, les deux amis Portal et Halifax se retrouvent en Belgique, dans le Westhoek détruit. Ils visitent le champ de bataille et les
cimetières militaires. Le 19 octobre, le cardinal Mercier les reçoit pour
un premier entretien tout simple, pas encore une «Conversation».
Cinq rencontres de 1921 à 1926
Lord Halifax et le Père Portal se retrouvent à Malines le 6 décembre
1921 pour une rencontre attendue par l’archevêque, le cardinal Mercier, entouré pour la circonstance de son vicaire général, Mgr Van Roey. Deux autres personnes sont présentes: le liturgiste Walter Howard et le doyen de
Welles, Joseph Armitage Robinson. Cette première «Conversation de Malines»
dure trois jours, dans un excellent climat. Après quoi, le cardinal Mercier
informe de ces entretiens le nouveau pape Pie XI, qui donne son «feu vert»
pour d’autres conversations, mais toujours en privé! Lord Halifax rend aussi compte des entretiens à l’archevêque de Canterbury.
En mars 1923, une deuxième «Conversation» réunit à Malines les mêmes acteurs, qui se savent désormais soutenus par Rome et par Canterbury. A la
demande de l’archevêque anglican, la troisième rencontre traite du «rôle de
Pierre» les 7 et 8 novembre 1923. Quatre nouveaux acteurs du dialogue ont
rejoint les six partenaires qui ont appris à se connaître. Les deux anglicans sont Charles Gore, ancien évêque d’Oxford, très critique à l’égard de
Rome, et Beresford James Kidd spécialiste de l’histoire de l’Eglise. Du côté catholique, deux autres historiens, français, ont rallié Malines: Mgr
Pierre Batiffol et l’abbé Hemmer. Les échanges sur les relations entre le
pape et les évêques seront fermes. Pas de consensus en vue, sauf sur une
optique de base: il n’y a pas de dialogue possible sans rencontre franche
et respectueuse des différences. Les deux Eglises n’y sont pas encore habituées.
Un an et demi se passe. Cinq cents jours de débats dans les deux Eglises, d’échanges parfois tendus entre des positions raidies, et qui se durcissent même chez certains fidèles quand les archevêques de Canterbury ou
de Malines prennent eux-mêmes l’initiative de parler des «Conversations» en
cours. Comment ont-ils osé? Réponse du cardinal Mercier, dans une lettre
pastorale: «Pour rien au monde, je ne voudrais autoriser un de nos frères
séparés à dire qu’il a frappé, en confiance, à la porte d’un évêque catholique romain et que cet évêque a refusé de lui ouvrir!»
La quatrième «Conversation» a lieu les 19 et 20 mai 1925 à Malines.
Entre Charles Gore et Pierre Batiffol, les discussions sur l’Eglise sont
extrêmement tendues. Le cardinal Mercier prend alors la parole pour un
exposé qui fera date sur «l’Eglise anglicane unie non absorbée». On saura
par la suite que cet exposé remarquable est une étude due à Dom Lambert
Beauduin, le fondateur de l’abbaye de Chevetogne.
Les «Conversations de Malines» s’achèveront pourtant sur un mode mineur.
A la cinquième entrevue, les 11 et 12 octobre 1926, deux des protagonistes
manquent: le cardinal Mercier a été emporté par la maladie le 22 janvier
1926 et le Père Portal est décédé peu après. A Rome, les préoccupations ont
changé sous la poussée de l’aile conservatrice de la curie, monopolisée par
la question de la papauté et mal conseillée par les catholiques anglais.
Il faudra attendre le concile Vatican II (1962-1965) pour que le dialogue renoué mais ralenti retrouve son élan et commence à porter du fruit.
L’anneau du cardinal Mercier
Hospitalisé, le cardinal Mercier avait reçu le 21 janvier 1926, veille
de sa mort, la visite du Père Portal et de Lord Halifax. Dans la chambre du
malade, tous étaient réunis pour la dernière eucharistie du cardinal, présidée par le secrétaire de l’archevêque.
Au moment de la séparation, le cardinal Mercier enlève son anneau épiscopal et l’offre à Lord Halifax. Ce geste étonnant sera repris en 1966 par
le pape Paul VI, lors de sa visite historique au Dr Ramsey, archevêque de
Canterbury. Jusqu’à sa mort, Lord Halifax a porté l’anneau de son ami Mercier au bout d’une simple chaîne. Plus tard, l’anneau a été serti dans un
calice, conservé à York Minster et utilisé lors de célébrations oecuméniques. (apic/cip/mp)



