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apic/Crucifix dans les écoles/Cour constitutionnelle de Karlsruhe

Allemagne:Plus de crucifix dans les écoles publiques de Bavière(100895)

La décision du Tribunal constitutionnel suscite un large mécontentement

Karlsruhe, 10août(APIC) Les croix ou les crucifix n’ont pas leur place

dans les salles de classes des écoles obligatoires de l’Etat, qui ne sont

pas des écoles confessionnelles. Leur présence porte atteinte à la liberté

religieuse garantie par la Constitution, a estimé jeudi la Cour constitutionnelle allemande (BVG) de Karlsruhe. Les juges de Karlsruhe ont déclaré

nulle et inconstitutionnelle une disposition de la loi scolaire de Bavière

prescrivant la présence d’une croix dans chaque salle de classe. Ce jugement – qui fait suite à d’autres jugements du même genre, notamment en

Suisse – fait des vagues en Allemagne.

La décision controversée a été adoptée par le premier sénat du Tribunal

constitutionnel par 5 voix contre 3. Elle fait suite à une plainte portée

par des parents qui éduquent leurs enfants selon la philosophie anthroposophique de Rudolf Steiner. Ce couple d’artistes avait déclaré que par la

présence d’une croix dans la classe, on influence leurs enfants dans le

sens du christianisme. Leur demande que les croix soient supprimées des

salles de classe avait été rejetée par les tribunaux administratifs.

Le premier sénat de la Cour constitutionnelle base sa décision sur l’article 4 de la Constitution fédérale allemande, qui laisse au libre choix de

l’individu de savoir quels sont les symboles religieux qu’il reconnaît et

vénère, et quels sont ceux qu’il rejette. Il est, pour les juges de Karlsruhe, interdit à l’Etat de privilégier une confession déterminée. Etant

donné que la fréquentation de l’école est obligatoire, les enfants seraient

forcés par l’Etat d’étudier «sous la croix».

«Symbole de la propagation missionnaire du christianisme»

Pour les croyants chrétiens, la croix est un objet de vénération et de

piété, ont déclaré les juges de Karlsruhe. Pour les non-chrétiens et pour

les athées, elle est par contre le symbole de la propagation missionnaire

du christianisme. On ne peut donc pas retirer à la croix les contenus de

foi qu’elle symbolise ni la réduire à un simple signe de la tradition culturelle de l’Occident, a relevé la Cour constitutionnelle. L’école ne doit

pas être missionnaire, lit-on dans la décision, ni revendiquer de lien avec

la foi chrétienne. Si elle laisse un espace pour l’expression de la foi,

elle doit le faire sur des bases strictement volontaires et proposer des

alternatives à ceux qui pensent autrement. «Ce n’est pas le cas avec la

présence d’une croix dans les salles de classe».

Vives réactions de désapprobation

Le secrétaire général du puissant Comité central des catholiques allemands (ZdK), Friedrich Kronenberg, n’a pas caché sa surprise face à la décision du Tribunal de Karlsruhe. «Si nous ne pouvons plus confesser la foi

chrétienne dans les écoles publiques, parce que l’Etat doit être neutre,

les écoles obligatoires d’Etat devraient être par conséquent abolies», a-til relevé jeudi à Bonn. La confession de foi chrétienne est inséparable de

l’éducation des enfants chrétiens, a souligné Kronenberg. Mais si l’école

publique obligatoire interdit la liberté religieuse garantie par la

Constitution, l’alernative est qu’elle soit complètement remplacée par

l’école privée, a-t-il estimé.

Le Bavarois Theo Waigel, ministre fédéral des finances et président de

l’Union chrétienne sociale (CSU), a qualifié jeudi à Munich la décision du

Tribunal constitutionnel de «déconcertante et choquante». La décision contredit, selon lui, la Constitution, qui place les Eglises sous la protection spéciale de l’Etat. Ce jugement nie le fait que la République fédérale

allemande se fonde sur les valeurs chrétiennes et les normes éthiques du

christianisme, qui sont les bases de la vie commune dans notre société, at-il souligné. Il est important justement de rapprocher les enfants et les

jeunes de ces valeurs qui prônent la tolérance et le respect du prochain.

La CSU examinera la possibilité d’amender la Constitution pour pouvoir

laisser les croix dans les écoles bavaroises.

Décision en Suisse: l’affaire de Cadro

Il y a 5 ans, le Tribunal fédéral à Lausanne avait, par trois voix contre deux, donné raison à un enseignant libre penseur et décidé dans le même

sens que les juges de Karlsruhe dans le cas de la commune tessinoise de Cadro. Les juges fédéraux avaient estimé, le 26 septembre 1990, que la présence d’un crucifix dans une salle d’école primaire était contraire à la

neutralité confessionnelle imposée aux écoles publiques par la Constitution

fédérale. Le TF avait alors donné raison à l’enseignant qui avait enlevé en

1984 la croix des classes. (apic/kna/ra/fs/be)

10 août 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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