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Davos: Le cardinal Etchegaray au Forum économique mondial (310195)

«On ne naît pas extrémiste, on le devient»

Davos, 31janvier(APIC) «Aucun extrémisme, même religieux, n’est héréditaire, ni le produit d’une génération spontanée. On ne naît pas extrémiste,

on le devient», a déclaré le cardinal Roger Etchegaray, président du Conseil Pontifical Justice et Paix, devant les participants au «Forum économique mondial» (World Economic Forum) qui se tient actuellement à Davos

(Suisse).

Invité au «Forum économique mondial», le cardinal Roger Etchegaray a

animé dimanche une table ronde avec quatre personnalités, dont Shimon Peres, Prix Nobel de la Paix et ministre israélien des Affaires étrangères,

Amer Moussa, ministre égyptien des Affaires étrangères, Thabo Mbeki, Premier ministre d’Afrique du Sud et John Hume, parlementaire britannique, qui

a reçu l’an dernier avec sa femme Pat le titre d’»Européens de l’année»

pour son engagement en faveur de la paix en Irlande du Nord. Il avait lancé

le dialogue avec la branche politique de l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise.

Le poids politique du concept de «réconciliation»

Le cardinal Etchegaray a introduit le débat par une courte conférence

sur le thème: «Comment assurer le succès des processus de réconciliation et

les soustraire aux contrecoups d’extrémistes?» L’homme d’Eglise a commencé

par faire remarquer que le concept de «réconciliation», plutôt utilisé dans

le langage religieux, est devenu, «sous la poussée des extrémismes», un

«concept politique». Mais, avertit le cardinal, les processus de réconciliation risquent de manquer leur but s’ils vident ce concept de «sa sève

primitive, spirituelle».

Autodéfense d’une société qui évacuerait la dimension religieuse

Ceci dit, le cardinal Etchegaray a cherché aussitôt la cause des extrémismes, car «aucun extrémisme, même religieux, n’est héréditaire, ni le

produit d’une génération spontanée. On ne naît pas extrémiste, on le devient.» Ainsi, pour le cardinal, l’extrémisme religieux et la lecture fondamentaliste qui l’accompagne, s’enracine dans «une sorte d’autodéfense

contre les menaces d’une société qui évacuerait la dimension religieuse»

autant qu’il exprime «la peur d’entrer dans l’âge d’un pluralisme devenu

aujourd’hui plus massif».

Un défi plus grand encore que celui de l’athéisme

A l’heure actuelle, estime le cardinal Etchegaray, les religions, «toutes les religions», ont un apprentissage «dur et urgent» à accomplir pour

«s’ouvrir à la vérité des autres tout en sauvegardant sa propre vérité».

L’enjeu de cette évolution est considérable aux yeux du cardinal Etchegaray

car «la rencontre, voire le choc des religions est sans doute l’un des plus

grand défis de notre époque, plus grand encore que celui de l’athéisme».

La seconde cause de l’extrémisme, selon le cardinal Roger Etchegaray,

vient «d’une résistance aveugle à une injustice sociale structurelle qui

paraît sans issue.» La personne victime se sent comme «mordue par une

injustice, blessée à mort dans sa dignité. Alors, la peur animalise l’homme

et le fait aboyer plus que crier au secours».

Les nationalismes exacerbés, «un nouveau paganisme»

Le meilleur terrain de cet extrémisme aujourd’hui est fourni par la présence des «nationalismes exacerbés», qui est un nouveau paganisme, une «divinisation de la nation», poursuit Mgr Etchegaray en citant Jean Paul II.

Après ce constat et cette recherche des causes, le président de Justice

et Paix a tenté proposer quelques solutions, dont la première consiste à

réexaminer le rapport entre liberté et institution: «Il nous faut repenser

toutes les institutions en fonction d’un unique critère: la réalisation et

l’épanouissement de la liberté».

En effet, «beaucoup d’institutions se sont sclérosées, devenues illisibles, insupportable, incapables de donner un sens à la liberté de leurs

membres, qui dès lors, se laissent happer par le vertige d’une liberté sans

institution.»

Le cardinal Etchegaray estime toutefois que la réconciliation ne vient

pas toute seule. Elle mobilise toutes les ressources, «celles de l’esprit,

encore plus que celles du coeur et de la raison.» ” Nous nous sentons tout

petits devant le mystère de l’homme car après avoir fait ce que nous

pensions devoir faire, nous nous heurtons à l’impondérable le plus lourd et

le plus secret, celui de la conscience qui donne à l’homme ses certitudes

absolues et peut le conduire à refuser la réconciliation».

«A vous du Proche Orient, d’Afrique du Sud, d’Irlande du Nord», a-t-il

lancé aux responsables politiques et économiques qui se trouvaient devant

lui, «vous avez ouvert une voie nouvelle que tout peut ralentir mais que

rien ne saurait arrêter». En effet, «tout est possible à qui croit en

l’homme, en Dieu … C’est un tout.» (apic/jmg/eb/be)

31 janvier 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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