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apic/Denis Sonet

APIC-Interview

Denis Sonet: «Pour une sexualité riche et signifiante»

Non à une sexualité de dinosaure (181196)

Propos recueillis par Bernard Litzler pour l’agence APIC

Fribourg, 17novembre (APIC) «Tout couple est un vitrail de l’amour de

Dieu». Le Père Denis Sonet, présent à la rencontre «Prier et Témoigner» à

Fribourg, a l’art de gagner un auditoire par sa verve et sa bonhomie. Membre du Centre de liaison des équipes de recherche sur l’amour et la famille

(CLER), mouvement d’éducation à la vie, ce prêtre français explique sa conception de la sexualité. Brève rencontre avec un passionné de la vie.

Comment en êtes-vous arrivé à vous occuper de couples?

D.S.: J’ai débuté comme curé dans une paroisse rurale où vivaient de jeunes

membres de la Jeunesse agricole chrétienne (JAC). Ils m’ont demandé de les

aider dans leur vie de couple. J’ai suivi alors les sessions du Père

D’Heilly, bien connu en Suisse, qui venait de lancer les Centres de préparation au mariage (CPM). Insensiblement, j’ai été entraîné dans ce monde du

couple et de la famille. A Paris, il manquait un aumônier pour le CLER, à

l’époque très centré sur les méthodes naturelles de régulation des naissances. J’ai accepté cette charge d’aumônier en continuant ma formation sur le

tas. J’ai pu élargir la vision du CLER en y ajoutant les problèmes d’éducation des jeunes à la vie et les problèmes du couple. D’autres réalités ont

aussi été sources de préoccupation: le divorce, le sida, les enfants des

familles divisées, l’IVG.

Que répondez-vous quand on vous dit qu’un curé n’y connaît rien en matière

de couple et de sexualité?

D.S.: C’est vrai, s’il n’a que sa formation de séminariste. Il vaut mieux

qu’il oriente les couples vers des gens capables. Pour ma part, j’ai beaucoup travaillé avec les médecins. J’ai reçu les confidences de milliers de

couples.

Le prêtre a le recul que le couple n’a pas et il peut apporter des nuances dans les jugements. Souvent il m’arrive de dire à l’une ou l’autre personne: «J’ai deviné la vie de votre couple à travers ce que vous avez dit».

Chaque couple est unique et mon recul me permet d’avoir une palette d’expériences plus large. Il faut rester nuancé dans ses prises de position, car

ce qui est vrai pour un couple ne l’est pas pour tous.

Dans les pays chrétiens, la sexualité véhicule beaucoup de culpabilité.

La parole du prêtre peut déculpabiliser.

Quel est votre message principal concernant la sexualité humaine dans un

monde qui en ignore souvent la richesse ou la travestit?

D.S.: Il faut vivre une sexualité riche et signifiante et pas «une sexualité de dinosaure». On présente la sexualité aujourd’hui comme une sexualité

de primates sans signification. La sexualité signifiante bannit l’homosexualité. Elle respecte la procréation, la tendresse, la dimension de la relation aux autres. Elle respecte aussi le plaisir et la fonction mystique

de l’amour: l’amour est plus que l’amour, car le projet de Dieu nous met en

marche vers les noces éternelles.

Pourquoi le message de l’Eglise sur la sexualité est-il mal perçu?

D.S: Dans les médias, tout est centré sur la morale. Les journalistes ne

sortent d’un texte officiel que ce qui relève de la morale en grossissant

le trait. On vient de le constater encore lors du récent voyage de Jean

Paul II en France. La presse n’a retenu que la phrase sur les divorcés remariés, alors que le pape n’a fait que reprendre que ce qu’il avait dit

dans «Familiaris Consortio». Pareil dans «Humanae Vitae» qui contient des

pages sublimes sur la sexualité.

La morale de l’Eglise est globale. Elle considère l’homme dans son sens

total. Il ne s’agit pas de sauver une valeur en détruisant les autres. Faire l’amour en refusant la procréation qui y est attachée, par exemple. Ou

faire des enfants sans amour, comme dans la procréation médicalement assistée. C’est comme dans l’allopathie: en soignant le foie, on bousille le

rein. L’Eglise refuse cela au nom de la globalité de sa vision de l’homme.

Dans le monde moderne, quand on résoud un problème, on détruit parfois autre chose. Ce monde manque cruellement d’une anthropologie digne de ce nom.

Que propose l’Eglise?

D.S. : L’Eglise dit: «Faites une lecture de votre biologie, de votre psychologie». Or la parole mystique de l’Eglise n’est jamais exploitée. Le

couple est un vitrail de l’amour de Dieu, un vitrail de la vie de Dieu, une

parole vivante. Appelons les couples à vivre complètement cette dimension.

Il n’y a pas de séparation entre la vie et l’amour. L’amour est créateur et

donneur de vie. (apic/bl/ba)

Encadré

AVIFA et le Centre de liaison des équipes de recherche

Le Père Denis Sonet a donné dimanche à Fribourg une conférence pour

l’Association «Amour Vie Famille» (AVIFA), liée au CLER. Ce groupe d’éducation au service des couples, des jeunes et des familles propose une éducation affective et sexuelle des jeunes, une information sur la régulation

des naissances et une éducation conjugale et familiale.

L’AVIFA propose en outre de former des conseillers conjugaux, des éducateurs familiaux, des moniteurs en méthodes d’auto-observation, des éducateurs de jeunes.

Contact: AVIFA-Fribourg. Mme C. Schwaller, route des Grives 7, 1763

Granges-Paccot. (apic/bl/ba)

18 novembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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