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apic/Doctorat/Louvain

Université de Louvain:: Thèse de doctorat en théologie d’un prêtre zaïrois

L’image spontanée d’un «Dieu cruel» reste un défi pour la foi (090696)

Louvain-la-Neuve, 9juin(APIC) «Qu’ai-je donc fait au Bon Dieu pour que ça

m’arrive ?» Mathieu Ilunga, prêtre zaïrois du diocèse de Mbuji-Mayi, vient

de présenter à la Faculté de Théologie de l’Université catholique de Louvain (UCL) une thèse de doctorat au titre surprenant : «Le Dieu cruel». Le

jeune théologien africain y révèle que les chrétiens de partout n’ont pas

fini de s’expliquer avec une image spontanée de Dieu… bien loin du Dieu

de l’Evangile.

Un des tout premiers docteurs africains en théologie, Mgr Tharcisse

Tshibangu, aujourd’hui évêque de Mbuji-Mayi (dans le Kasaï oriental), était

venu supporter le jeune doctorand et prêtre de son diocèse. Un autre évêque

zaïrois, Mgr Godefroid Mukeng’a, du diocèse voisin de Luiza, assistait également à la défense de thèse de Mathieu Ilunga Kalala Ntanda.

«Qu’ai-je donc fait au Bon Dieu pour que ça m’arrive ?» L’abbé Ilunga a

trop entendu cette question dans la bouche de chrétiens pour rester indifférent. On comprend bien le contexte qui la provoque : la tuile, ou le drame qui tourne au tragique. Mais le théologien ne s’en fait pas une raison.

Car pareille réaction, dit-il «n’est pas qu’un simple cri de révolte ou de

désespoir». «Elle traduit toute une conception de Dieu. Dieu serait considéré confusément comme auteur ou tout au moins, comme approbateur tacite du

mauvais sort qui, gratuitement, frappe sa créature».

Une hypothèse inattendue

L’histoire des religions montre assez que des dieux de toutes sortes ont

été tantôt adorés, tantôt décriés par les humains. Puis, dans le sillage de

la découverte par les Juifs d’un Dieu «lent à la colère et plein d’amour»,

le christianisme s’est fait résolument le relais d’un Dieu d’»Alliance».

«Dieu est Amour», ont souligné dès le départ les premiers chrétiens, témoignant de ce que Jésus leur avait fait comprendre par toute sa vie : «Je

suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.»

Comment se fait-il donc que l’annonce de ce Dieu qui, à tout prix, veut la

vie de l’homme et non sa mort, puisse laisser, en période de drame, un goût

plutôt amer dans la bouche même des chrétiens ?

Ce paradoxe a poussé Matthieu Ilunga à explorer une hypothèse : et si

l’image spontanée que l’on se fait de Dieu n’était pas une image positive,

mais plutôt négative ? L’homme n’est-il pas tout naturellement porté à voir

Dieu comme un être jaloux de son bonheur et non comme comme Quelqu’un qui

serait, originellement, bien disposé à son égard ? Bref, l’idée qui jaillirait spontanément du coeur de l’homme, selon l’hypothèse du doctorand kasaïen, serait celle «d’un Dieu justicier, vengeur et cruel, et non pas

avant tout celle d’un Dieu-Amour, d’un Dieu-Allié de l’homme, tel que la

Bible nous a habitués à l’appeler».

Une idole à combattre

«S’il en est ainsi, poursuit le doctorand, affirmer avec la révélation

judéeo-chrétienne que Dieu est Amour ne va pas de soi.» Autrement dit, confesser un Dieu d’Amour, c’est «le fruit d’une conquête» sur une image négative de Dieu, enfouie dans des réflexes primaires et archaïques. C’est

pourquoi la Bible mêle la découverte de Dieu au combat contre les «idoles».

«Au fond, dit l’auteur, l’homme est naturellement religieux, idolâtre et

non chrétien. Devenir chrétien et croire en un Dieu qui n’est pas un rival

mais un ami de l’homme, c’est l’effet d’une conversion consciente, d’une

lutte intérieure sans merci et non le résultat d’un réflexe spontané».

Un chemin à parcourir

Le sous-titre de la dissertation indique clairement où l’abbé Ilunga

veut en venir : «Le Dieu cruel. Un chemin vers la découverte du vrai Dieu».

Chemin, et non pas étape à éviter ou à renier.

Car, et c’est une des originalités de la recherche, le prêtre zaïrois

s’est d’abord livré à une «anthropologie de la cruauté» pour fonder sur le

plan philosophique une nouvelle approche du vieux problème de la violence.

L’étape suivante est celle d’une «théologie de la cruauté». Elle montre

comment la révélation judéo-chrétienne et le christianisme historique s’y

sont pris pour «gérer» le recours spontané au «Dieu cruel».

La troisième partie, «Dialectique de la cruauté», souligne combien, si

l’on veut dépasser l’image du «Dieu cruel», il importe de la rencontrer

pour la subvertir : la contourner ne ferait que laisser prise à la pensée

idolâtre au lieu d’en délivrer l’homme par une parole «théologique», c’està-dire une parole qui laisse à Dieu enfin son mot à dire. C’est ainsi, conclut le doctorand, que le «Dieu cruel» peut devenir un «chemin vers la découverte du vrai Dieu». (apic/cip/pr)

9 juin 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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