Nous donnons à nos lecteurs le commentaire intégral de la Conférence des

APIC – Document

évêques de France, publié mardi, sur la lettre encyclique «Ut unum sint» de

Jean Paul II. Les évêques français, après avoir souligé que la route oecuménique est la propre route de l’Eglise, présentent en deuxième partie les

avancées multiples accomplies durant ces 30 dernières années. Ils s’interrogent ensuite sur le moment de la pleine unité visible des chrétiens, qui

s’exprimera dans la concélébration eucharistique. La dernière partie du document des évêques de France est consacrée au ministère d’unité de l’évêque

de Rome. Chaque partie du document cite quelques-unes des phrases les plus

significatives de la 12e encyclique du pape. (apic)

30 mai 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Brésil: Leonardo Boff quitte le sacerdoce (300692)

APIC-DOCUMENT

Il explique dans une lettre à ses amis les raisons de son choix

Fribourg, 30juin(APIC) Voici le texte intégral de «La lettre aux compagnons et compagnes de notre marche commune vers l’espérance», de Leonardo

Boff, parue le 28 juin dans le journal «A Folha de Sao Paulo», pour expliquer son choix de quitter le sacerdoce et l’Ordre des franciscains.

«Il y a des moments décisifs dans la vie d’une personne. Pour être fidèle à soi-même, elle doit changer de route. J’ai modifié ma route. Je

n’abandonne pas la bataille. Je change de tranchée. Je laisse le ministère

sacerdotal, mais je reste dans l’Eglise. Je m’éloigne de l’Ordre franciscain mais pas du songe, tendre et fraternel, de saint François d’Assise. Je

continue et je serai toujours un théologien, dans la matrice catholique et

oecuménique, à partir des pauvres, contre la misère et en faveur de la libération».

«Je désire dire aux compagnons et aux compagnes de notre marche commune

les raisons qui m’ont incité à prendre une telle décision».

«Ma liberté de travail, grandement entravée»

«D’abord je veux dire ceci: Je sors pour maintenir ma liberté de travail

qui a été grandement entravée. Ce travail est la raison de ma lutte ces

dernières vingt-cinq années. Quand une personne n’est plus fidèle aux raisons qui ont donné un sens à sa vie, c’est en quelque sorte perdre sa dignité et diluer sa propre identité. Je ne le ferai pas. Et je pense que

Dieu lui-même ne le veut pas».

«Je me rappelle la phrase de José Marti, un important penseur cubain du

siècle passé: ’Il n’est pas possible que Dieu mette dans la tête d’une personne l’idée qu’un évêque, qui n’est pas égal à Dieu, puisse l’empêcher de

s’exprimer’».

«Mais refaisons un peu la trajectoire de ma vie de théologien: A partir

des années 1970, uni à d’autres chrétiens, j’ai essayé d’articuler l’Evangile avec l’injustice sociale. J’ai aussi montré le lien existant entre les

opprimés et le Dieu de la vie. De cette réflexion est née la théologie de

la libération, la première théologie latino-américaine d’importance universelle. Par elle, nous avons tenté de sauver le potentiel libérateur de la

foi chrétienne et actualiser la mémoire dangereuse de Jésus, en rompant le

cercle de fer qui maintient chez nous le christianisme captif des intérêts

des puissants.

«Nous avons été évangélisés par les pauvres»

«Cette direction nous a conduit à nous mettre à l’école des pauvres et

des marginalisés. Nous avons été évangélisés par eux. Nous sommes devenus

plus humains et plus sensibles à leur passion. Mais en même temps, plus lucides dans la découverte des mécanismes qui les faisaient souffrir».

«Avec les pauvres, nous avons supporté la malveillance des secteurs sociaux qui trouvent dans le christianisme traditionnel un allié dans le

maintien de leurs privilèges et le prétexte de la préservation de l’ordre,

mais qui est pour la majorité des gens, un pur et un simple désordre. Nous

avons souffert d’être accusés par nos frères de foi d’hérésie et de compromission avec le marxisme. Nous avons souffert de voir des liens de fraternité rompus publiquement».

«J’ai toujours soutenu la thèse qu’une Eglise véritable doit avoir des

structures et des habitudes qui n’impliquent pas la discrimination des femmes ni l’infériorité des laïcs. Une Eglise véritable ne doit pas se méfier

des libertés modernes ni de l’esprit démocratique. Elle doit plutôt craindre la très grande concentration du pouvoir dans les mains du clergé».

«La sainte Trinité est communion»

«Souvent je me suis fait la réflexion suivante et je la répète. Ce qui

est une erreur dans la doctrine de la Trinité, ne peut pas être une vérité

dans la doctrine sur l’Eglise. Au sujet de la Trinité, on enseigne qu’il ne

peut pas y avoir de hiérarchie. On ne doit, dans la sainte Trinité, en aucun cas parler de subordination. Cela serait hérétique. Les personnes divines sont d’égale dignité, d’égale bonté, d’égal pouvoir. La nature intime

de la Trinité, ce n’est pas la solitude, mais la communion. Les relations

de vie et d’amour entre les Trois divins sont d’une telle profondeur et

d’une telle radicalité qu’ils ne forment pas trois dieux mais un seul Dieucommunion. Mais quand on parle de l’Eglise, on dit qu’elle est essentiellement hiérarchique. Et que la division entre clercs et laïcs est de droit

divin!»

«Comment affirmer vraiment que l’Eglise est l’icône-image de la Trinité?

Où se trouve le rêve de Jésus d’une communauté de frères et de soeurs,

s’il y a des ministres qui se présentent comme Pères et Maîtres, alors

qu’il est dit expressément dans l’Evangile que «nous avons un seul Père et

un seul Maître». (cf. Matt 73, 8).

La forme actuelle d’organisation de l’Eglise (elle ne fut pas toujours

ainsi dans l’histoire) crée et reproduit davantage d’inégalités. Ce n’est

pourtant pas l’image et la manière fraternelle et égalitaire qu’en ont données Jésus et ses apôtres».

La tradition prophétique du christianisme

«Mais pour avoir souhaité aller dans ce sens, du reste en m’insérant

dans la tradition prophétique du christianisme et des idées des réformateurs, à commencer par saint François d’Assise, voilà qu’est tombée sur moi

une sévère surveillance de la part des autorités doctrinales du Vatican.

Directement ou par des autorités intermédiaires, cette vigilance et cette

suspicion se sont accrues. Jusqu’à rendre impossible mon activité théologique de professeur, de conférencier et d’écrivain».

«Dès 1971, j’ai reçu fréquemment des lettres, des admonestations, des

punitions. Qu’on ne me dise pas maintenant que j’ai refusé le dialogue.

J’ai répondu à toutes les lettres. J’ai négocié, deux fois, mon éloignement

temporaire de l’enseignement. J’ai participé en 1984 au «dialogue» à Rome

devant la plus haute autorité doctrinale de l’Eglise catholique-romaine.

J’ai reçu sans me plaindre le décret de condamnation de plusieurs de mes

opinions en 1985. Et ensuite (contre le sens du droit, puisque je m’étais

soumis à tout), je fus puni par un temps de silence prolongé. J’ai accepté,

disant que ’je préférais marcher avec l’Eglise (des pauvres et des communautés ecclésiales de base) plutôt que seul avec ma théologie’. J’ai été

démis de la rédaction de la Revue Ecclésiatique brésilienne et éloigné des

Editions «Vozes», en m’imposant un statut spécial, qui m’oblige pour chaque

écrit à soumettre mon texte à une double censure, une, interne à l’Ordre

franciscain, et une autre, de l’évêque, qui finalement donne ou ne donne

pas l’imprimatur».

«Entre 1991 et 1992, le cercle s’est rétréci

J’ai tout accepté et je me suis soumis à tout. Mais entre 1991 et 1992,

le cercle s’est encore rétréci. On m’a démis de la Revue «Vozes» (la plus

ancienne revue culturelle du Brésil). Pour moi, on a demandé à nouveau une

censure préliminaire sur chacun de mes livres, de mes articles ou de simples écrits. Elle fut appliquée avec zèle. Et pour un temps indéterminé, je

devais m’éloigner de l’enseignement de la théologie».

«Le pouvoir doctrinal est sans pitié»

L’expérience subjective du pouvoir doctrinal que j’ai vécue durant ces

20 ans, je peux la résumer en ces termes: il est cruel et sans pitié. Il

n’oublie rien, ne pardonne rien. Mais il ne lâche rien. Et pour arriver à

ses fins, il prend le temps nécessaire et les moyens pour atteindre son

but: mettre à la raison la science théologique. On agit directement ou par

intermédiaires. Ou oblige ses propres frères de l’Ordre franciscain à exercer une pression qui ne devrait revenir, selon le droit canon, qu’à l’autorité doctrinale de l’évêque ou à la Congrégation pour la Doctrine de la

Foi».

«La sensation que je ressens aujourd’hui est celle d’être devant un mur.

Je ne peux pas avancer. Reculer serait pour moi sacrifier ma propre dignité

et renoncer à une lutte de tant d’années».

«Tout n’est pas valable dans l’Eglise. Jésus lui-même est mort pour témoigner que tout n’est pas valable dans ce monde. Il y a des limites qu’on

ne peut transgresser. Le droit, la dignité et la liberté de l’homme font

partie de ces limites. Celui qui s’abaisse continuellement en devient courbé et déshumanisé. L’Eglise hiérarchique ne détient pas le monopole des valeurs évangéliques. L’Ordre franciscain n’est pas l’héritier unique du

pauvre d’Assise. Il existe encore la communauté chrétienne et le torrent de

fraternité franciscaine dans lequel je pourrais me situer dans la joie et

la liberté».

«Avant de devenir amer…»

«Avant de devenir amer, avant de voir détruites en moi les bases humaines de la foi et de l’espérance chrétienne, avant de voir attaquée en moi

l’image évangélique du Dieu incarné dans les personnes, je préfère changer

de chemin. Non pas de direction. Les motivations qui ont transformé ma vie

demeurent inébranlables: la lutte pour le Règne de Dieu qui commence par

les pauvres, la compassion avec les souffrants de ce monde, l’engagement

avec la libération des opprimés et la tendresse pour chaque être créé à la

lumière et pratique de saint François d’Assise, tout cela reste».

Une crise grave dans l’Eglise

«Il y a effectivement une crise grave au sein de l’Eglise catholique.

Deux attitudes se confrontent durement. L’une croit dans la force de la

discipline et la deuxième dans la force intrinsèque du cours des choses. La

première pense que l’Eglise a besoin d’obéissance et de la soumission de

tous. Cette attitude est majoritairement assumée par des secteurs hégémoniques de l’administration centrale de l’Eglise. La seconde pense que l’Eglise a besoin de se libérer et croit à l’Esprit-Saint. Ce dernier ensemence

l’histoire et les forces vitales, conférant la fécondité au corps ecclésial

millénaire. Cette attitude est représentée par des secteurs importants des

Eglises de la périphérie, du tiers monde et du Brésil».

«Indiscutablement, je me situe dans la seconde attitude. Je suis avec

ceux et celles qui font de la foi une victoire sur la peur. Avec ceux qui

ont foi dans l’espérance future de la fleur sans défense et dans les racines invisibles qui soutiennent le grand arbre».

«Que mon geste ne vous dérourage pas»

«Frères et soeurs, compagnons et compagnes de notre marche commune et de

l’espérance. Que mon geste ne vous décourage pas! Restez dans la lutte pour

une société où la solidarité est mieux vécue. Puisque c’est à ce but que

nous convient la pratique de Jésus et l’enthousiasme de l’Esprit Saint. Aidons l’Eglise institutionnelle à être plus évangélique, plus patiente et

plus engagée avec la liberté et la libération des fils et des filles de

Dieu. N’entrons pas dans le futur à reculons, mais avec les yeux bien ouverts pour le discernement du présent, afin de chercher à vivre un monde

nouveau, tel que Dieu le désire et en trouvant une nouvelle manière d’être

une Eglise communautaire, proche des pauvres, libératrice et oecuménique».

«De mon côté, je désire consacrer ma vie à la construction d’un christianisme indo-afro-américain, inculturé dans les corps, dans les danses,

les souffrances, les joies et les langues de nos peuples, comme réponse à

l’Evangile qui ne fut pas encore pleinement donné, après 500 ans de présence chrétienne dans le continent américain. Je poursuivrai ma vie dans le

sacerdoce universel des fidèles et aussi comme une expression du sacerdoce

du laïc Jésus, comme le rappelle l’auteur de la lettre aux Hébreux».

«Je ne suis pas triste»

«Je ne suis pas triste de ma nouvelle situation. Je me sens en paix, car

je fais mienne la poésie de notre plus grand poète, Ferdinando Pessoa.

«Est-ce ça en vaut la peine?»

«Tout vaut la peine…

…si l’âme n’est pas petite»

Je sens que mon âme, avec la grâce de Dieu, n’est pas petite.

Unis dans notre marche commune et dans la grâce de Celui qui connaît le

secret et le destin de tous nos chemins, je vous salue dans la paix».

Leonardo Boff. (apic/ba)

30 juin 1992 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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