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apic/Dominicains / P. Radcliffe
Belgique: Visite du Maître général des Dominicains (180696)
«Promouvoir une culture du dialogue sur tous les fronts»
Louvain, 18juin(APIC) Pour le Père Timothy Radcliffe, maître général de
l’Ordre des Dominicains, on ne saurait considérer que la vie religieuse est
morte en Europe. «Nos idéaux peuvent encore parler aux jeunes», a-t-il affirmé lors d’une visite à Louvain. Le Père Radcliff a mis le doigt sur les
défis particuliers de la vie consacrée.
Pour barrer la route à toute nostalgie, le Père Radcliffe insiste: «La
vie religieuse n’est pas morte en Europe. Nos idéaux peuvent encore parler
aux jeunes. Mais ils ne le feront plus comme avant. Il nous faut permettre
aux jeunes d’explorer des nouvelles voies, probablement en communautés plus
petites, avec de nouveaux modes de présence et d’insertion dans le monde.
Une condition fondamentale pour donner chance à ce renouveau est de favoriser la confiance mutuelle entre les nouveaux et les anciens, comme on cherche à le faire chez les dominicains. Les jeunes seront plus nombreux à nous
rejoindre si nous restaurons leur confiance en notre manière de vivre. Ils
ne resteront à nos côtés que si nous leur faisons place et les laissons
tracer leur propre chemin dans nos vieilles traditions. Mais la confiance
ne se décrète pas. Elle se bâtit au jour le jour dans le concret de la vie
communautaire et des relations entre les personnes.»
Un avenir pour la liberté
Le Père Radcliffe a redit en Flandre le rôle clé que jouent, dans la vie
religieuse les trois voeux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. «Cela
donne aux religieux une liberté inouïe. N’avoir pas de biens matériels à
gérer, ni d’obligations familiales, vous permet de quitter, dans les 24
heures, l’endroit où vous vous trouvez pour assumer une autre tâche ailleurs, par exemple au Burundi.»
«Tel est le paradoxe des trois voeux, ajoute le Père Timothy: c’est un
engagement qui vous rend libre. C’est pourquoi je crois que la vie religieuse a encore un grand avenir en Europe. La liberté qu’on y trouve reste
une source de créativité inouïe, tant pour l’Eglise que pour la société.»
Depuis sa fondation, l’ordre dominicain s’est mobilisé pour «la Vérité».
A l’époque de saint Dominique, il s’agissait, pour les Frères Prêcheurs, de
gagner un combat à la fois contre l’ignorance et contre la médiocrité d’une
idéologie sectaire, que les Cathares ou Albigeois avaient commencé à répandre dans le sud de la France.
Aujourd’hui, la quête du sens reste confrontée, partout dans le monde,
au danger du sectarisme. C’est pourquoi le dernier chapitre général des dominicains a relié la traditionnelle passion des Frères Prêcheurs pour la
recherche de la «Vérité» à la promotion du «dialogue». «On ne peut servir
l’une qu’en servant l’autre, et vice-versa», commente le Père Radcliffe.
«La vérité ne se possède pas. Elle se révèle, se dévoile. Elle ne peut se
découvrir que par le dialogue.»
Or, cette perception, remarque le Maître dominicain, «est loin d’être
évidente» dans le monde actuel. Trop de gens, regrette-t-il, se laissent
gagner par le «scepticisme» et capitulent dans la quête du sens et de la
vérité, ou bien «se replient sur leurs perceptions et limitent leur recherche à leur seule manière de voir». Le Père Radcliffe y voit une des causes
profondes des conflits entre Croates et Serbes, Hutus et Tutsis, Israéliens
et Palestiniens, Noirs et Blancs, progressistes et conservateurs. C’est
aussi, à ses yeux, la cause majeure «d’une culture de la confrontation et
de l’accusation réciproque, qui peut empoisonner aussi bien la vie parlementaire que la vie ecclésiale». Or, «chercher la vérité, c’est accepter
qu’autrui me fasse découvrir une partie de la vérité, que je ne saurais découvrir sans lui! Car personne ne peut saisir la vérité en soi!»
C’est pourquoi le Père Timothy estime qu’une des missions essentielles
de l’Eglise doit être de «promouvoir une culture du dialogue sur tous les
fronts». «Quand vous avez compris que vérité et dialogue vont ensemble, le
défi ne vous lâche plus.» (apic/cip/mp)
Encadré
L’Ordre des Frères Prêcheurs, fondé en 1215 par saint Dominique, rassemble
actuellement quelque 7’000 frères. Un frère sur six est en formation initiale, ce qui est de bon augure pour l’avenir. Même si deux vocations sur
trois naissent dans les autres continents, un renouveau est sensible en Europe. Ainsi, 20 jeunes ont entamé l’an dernier leur noviciat en France et
la Province dominicaine de Paris peut compter sur une centaine de frères de
moins de 50 ans. (apic/cip)




