Sénégal: 13e assemblée générale du SCEAM à Dakar
Apic dossier: 13 assemblée du SCEAM
Le cardinal Arinzé souhaite une fête de saints patrons africains
Par Ibrahima Cissé, correspondant permanent de l’Apic à Dakar
Dakar, 5 octobre 2003 (Apic) Le cardinal Francis Arinzé, préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a déploré l’absence de culte des saints et bienheureux d’origine africaine. Il a souhaité que les africains célèbrent eux aussi une fête de saint patron ou sainte patronne pour l’Afrique noire. «Il nous appartient d’en décider», a- t-il suggéré vendredi 3 octobre 2003, dans une communication sur la promotion du culte divin, devant les participants de la 13e assemblée générale du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM).
L’Europe a ses saints patrons : saint Benoît (11 juillet), saint Cyrille et Méthode (14 février) et ses 3 co-patronnes : sainte Brigitte de Suède (23 juillet), sainte Catherine de Sienne (29 avril) et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (9 août). L’Amérique a adopté Notre Dame de Guadeloupe (12 décembre). En Afrique, s’est-il interrogé, «où en sommes nous avec le culte des saints et bienheureux d’origine négro-africaine?»
«Les saints Martyrs de l’Ouganda (3 juin), sainte Joséphine Bakhita (8 février) et les bienheureux Marie Clémentine Anuarite Nengapeta (1 décembre), Isidore Bankanja (12 août), Michel Cyprien Iwene Tansi (20 janvier) Daudi Okelo et Jildo Irwa (20 octobre) ne peuvent-ils pas entrer dans un calendrier liturgique africain?» a souligné le prélat. (Les chrétiens d’Afrique du Nord pour leur part voient en saint Augustin, évêque d’Hippone, leur saint patron)
Davantage de basiliques mineures?
Il a aussi rappelé les directives du Saint-Ssiège en matière de disposition et d’aménagement des lieux de prière : construction de nouvelles églises ou aménagement des anciennes. «Au souci de la beauté de la maison de Dieu, qui est aussi celle du peuple de Dieu, doit conjoindre, comme il en a été dans le passé, le souci de son adaptation à la prière et aux célébrations liturgiques», a-t-il souligné. Ces directives se trouvent codifiées dans la présentation générale qui est placée en tête du Missel romain.
Elles portent sur la grandeur du choeur, l’emplacement de l’autel principal face au peuple, l’ambon, le siège du célébrant, ainsi que la prise en compte de la nef, du tabernacle, du baptistère, des confessionnaux. Ces exigences tiennent à une «raison simple». Certains d’entre elles entrent dans les critères d’évaluation, en vue de la concession du titre de «basilique mineure».
Les statistiques montrent que, contrairement aux 841 basiliques mineures en Europe et aux 183 en Amérique, l’Afrique ne compte que 5 églises qui ont le titre de basilique mineure. «Nous construisons encore des églises qui peuvent bénéficier de ce lien particulier avec le siège apostolique, en recevant le titre de basilique, certes mineure», a ajouté le cardinal. «Ce qui est dit, en général, des églises, mérite d’être appliqué de manière toute particulière à la cathédrale», a-t-il poursuivi.
Evoquant les livres liturgiques et leurs traductions en langues vernaculaires africaines, le cardinal Arinzé a affirmé que l’église catholique romaine est «très sensible» au problème des langues dans le monde. Elle encourage la traduction des livres liturgiques dans les langues africaines. Il faut cependant du temps, car le continent a déjà un travail énorme à faire pour la traduction, dans ses différentes langues, de la bible et des 47 textes ou livres de liturgies, a-t-il estimé. L’Afrique, selon l’Unesco, compte 1’400 langues vernaculaires.
Les textes ou livres liturgiques, rappelle-t-on, sont regroupés autour de quatre ensembles. Ce sont: le Missale Romanum (la messe et le lectionnaire dans le Missel romain), le Ritual Romanum (baptême des petits enfants, mariage et funérailles en 1969, initiation chrétienne des adultes et rituel pour la pastorale des malades en 1972, la communion en dehors de la messe et le culte eucharistique en 1973, le rituel de la pénitence et celui de la profession religieuse en 1975, le rituel des bénédictions en 1984, celui des supplications et des exorcismes en 1999.
Il s’y ajoute, comme troisième ensemble : le Pontificale Romanum ou la célébration, les ordinations, la consécration des vierges, la bénédiction abbatiale, la bénédiction des saintes huiles, la confirmation, l’institution des lecteurs et des acolytes, l’admission des candidats au diaconat et au presbytérat, la dédicace. Le quatrième et dernier volet des textes ou livres liturgiques porte sur l’Officium divinum (liturgie des heures en 4 volumes, l’hymnaire, l’antiphonale et le livre des jours.
«Il n’est pas mal d’adopter des éditions bilingues, c’est à dire le latin d’un côté et la traduction en une de nos langues en face», a indiqué le responsable du vatican. A ce sujet, il a suggéré que chaque Conférence Episcopale (régionale, nationale ou provinciale) considère la liste des traductions liturgiques existant dans les langues de leur pays, avant de définir les projets prioritaires de traduction à réaliser dans un futur immédiat. «Nous aimons tout de suite rappeler que nous encourageons l’usage de la langue latine dans la liturgie en Afrique aussi, car le latin est et demeure la langue officielle de l’église, la langue des grands rassemblements, des grands documents», a- t-il précisé.
Le cardinal Francis Arinzé a aussi parlé du calendrier liturgique, indiquant à ce propos, qu’il en existe beaucoup en Europe, en Amérique et un peu partout en Afrique, sauf qu’ils ne sont pas toujours légitimes. Ils ont besoin d’être confirmés par un décret, d’être reconnus et enregistrés. «Après 40 ans d’expérimentation et de provisoire, en souvenir de l’avènement du premier document du Concile Vatican II, publié le 4 décembre 1963, il faudrait qu’à partir du 3 décembre prochain, chaque famille religieuse, chaque diocèse, chaque conférence épiscopale, se dote au moins d’un calendrier liturgique propre», a-t-il prôné. IBC
Encadré
Le diocèse de Lwena dans une Afrique à construire
Mgr Gabriel Mbilingy est évêque de Lwena (Est de l’Angola). Ce diocèse de dix prêtres, est situé dans une zone couvrant 199’786 km2 pour 56’894 fidèles catholiques. Il participe à la 13e Assemblée générale du Symposium des conférences Episcopales d’Afrique et Madagascar (SCEAM qui se tient à Dakar du 1er au 12 octobre. Il répond aux questions de l’Apic.
Quelle appréciation faites-vous des assises du Sceam (Symposium des conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar) qui se tiennent depuis le 1er octobre 2003 à Dakar?
Gabriel Mbilingy: On est déjà au travail, après l’ouverture de la conférence, mercredi. Le rapport du président du SCEAM a bien démontré qu’il y a des enjeux pour le symposium et en même temps, des signes d’espérance. L’Afrique devrait se diriger maintenant vers la paix. Tout l’enjeu de l’Afrique, c’est la paix, l’unité des africains. Surtout la coopération et la collaboration entre tous les pays du continent et toutes les conférences épiscopales pour que nous soyons dans les mêmes lignes par rapport à la mission de l’église en Afrique.
Comment se présente l’église en Angola, pays qui a longtemps était secouée par une guerre?
Gabriel Mbilingy: L’Angola est un pays post-guerre et maintenant, nous essayons de consolider la paix. C’est le défi le plus grand. La pastorale travaille pour l’accueil des réfugiés qui étaient déplacés à l’intérieur et à l’extérieur du pays (Zambie, République Démocratique du Congo, Congo, Namibie) qui sont voisins de l’Angola. Ils avaient accueilli des populations angolaises pendant la guerre. Maintenant que la guerre est finie, il faut accueillir ces réfugiés de retour, travailler surtout pour que le pays puisse se développer, pour que les institutions politiques puissent fonctionner, travailler pour la démocratisation du pays. L’Eglise a aussi un rôle dans ce domaine aussi.
Quelle vision avez-vous du rôle de l’Eglise dans le règlement des conflits en Afrique?
Gabriel Mbilingy : Vous savez qu’en Angola, l’Eglise a beaucoup contribue au retour de la paix dans le pays. Il y a eu des personnalités de l’Eglise catholique qui ont joué un rôle assez important, car l’Eglise est la seule institution qui avait une parole très forte. Moralement, c’est l’Eglise, dans des cas comme celui de l’Angola, qui s’est montrée la plus efficace. On moins, les populations ont confiance au personnel de l’église pour aider à résoudre le conflit. La pastorale doit investir dans la vie politique des pays pour qu’à partir de l’annonce de l’évangile on puisse préserver la paix, particulièrement, dans les pays en guerre. (apic/ibc/sh)



