Irak: Les chrétiens d’Irak vivent dans la panique après une vague d’attentats et d’assassinats

Apic Dossier

«Nous sommes à bout»

Jacques Berset, agence Apic

Bagdad/Mossoul, 14 juin 2007 (Apic) La petite minorité chrétienne d’Irak vit dans la panique après une récente vague d’attentats et d’enlèvements qui l’a durement frappée. Un point de non retour semble avoir été atteint avec l’assassinat du Père Raghid Ganni, 35 ans, et trois sous-diacres, abattus dimanche 3 juin tout près de l’église du Saint-Esprit à Mossoul, dans le nord de l’Irak.

C’est l’abattement parmi les chrétiens irakiens restés au pays. Ils cherchent à émigrer en masse depuis que l’invasion américaine a déstructuré le pays et attiré de partout, comme un aimant, les militants jihadistes de la nébuleuse fondamentaliste. Une chrétienté, installé depuis les premiers siècles en Mésopotamie, entre le Tigre et l’Euphrate, risque de disparaître en l’espace de quelques années.

Les attentats à la bombe contre les églises chrétiennes, les enlèvements de prêtres à Bagdad et à Mossoul ainsi que les taxes imposées par les miliciens islamistes aux chrétiens qui ne veulent pas partir, la confiscation de leurs maisons, s’ajoutent à l’insécurité générale dont toutes les confessions sont victimes. L’électricité et l’eau continuent à manquer, tandis que les communications téléphoniques sont devenues difficiles.

Dans certains quartiers, comme Dora, dans la banlieue de Bagdad, les chrétiens sont la cible de groupes fondamentalistes qui se réclament d’al Qaïda. Ils ont instauré dans ce quartier un prétendu «Etat islamique en Irak» et prélèvent la «jizia», l’impôt que les jihadistes exigent des non musulmans vivant en terre d’islam. Les chrétiens sont sommés de payer jusqu’à 200 dollars par an, soit de quoi subvenir aux besoin d’un famille de 6 personnes pendant 1 mois. Des églises ont été contraintes d’ôter la croix qui ornait leur coupole.

«Nous sommes à bout»

«Nous sommes à bout», écrivait dans un dernier courriel envoyé à AsiaNews, quelques jours avant sa mort, le jeune prêtre chaldéen assassiné. Le Père Raghid est le premier prêtre catholique de Mossoul à être assassiné, mais en octobre dernier, des miliciens fondamentalistes avaient décapité le Père Paulos Eskandar, un prêtre syro-orthodoxe, père de deux enfants, pour lequel une immense somme d’argent avait été exigée par les ravisseurs. Le Père Ganni, né à Mossoul en 1972, avait obtenu un diplôme d’ingénieur en 1993, avant de se rendre à Rome où il avait étudié la théologie oecuménique à l’Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin, l’»Angelicum», de 1996 à 2003. Il était alors retourné avec enthousiasme dans son pays, avant que l’Irak ne sombre dans un féroce sectarisme confessionnel.

Cette lutte sanglante menée par les miliciens sunnites et chiites a été attisée par l’attentat, en février 2006, visant la Mosquée d’Or de Samarra, le sanctuaire al Askari, l’un des lieux les plus sacrés de l’islam chiite en Irak. Plusieurs milliers de personnes ont trouvé la mort suite à cet attentat terroriste. Le mercredi 13 juin, un nouvel attentat a visé ce lieu sacré chiite, situé en zone sunnite à 120 km au nord de Bagdad, provoquant l’écroulement des deux minarets déjà endommagés, et faisant crainte une nouvelle vague d’assassinats sectaires.

La semaine dernière, un prêtre chaldéen d’une trentaine d’année, le Père Hani Abdel Ahad, et cinq jeunes paroissiens, ont été enlevés par un groupe inconnu à Bagdad. Ils n’ont toujours pas été libérés.

L’avenir de la présence chrétienne en question

Dans ce chaos qui empire de jour en jour, «les chrétiens ont peur pour leur propre sécurité, mais aussi pour l’avenir de la chrétienté en Irak, à Mossoul et ailleurs», confie à l’Apic Mgr Basile Georges Casmoussa (**). L’archevêque syrien-catholique de Mossoul était venu vendredi 8 juin à Sherbrooke (Québec) pour recevoir la Médaille d’or 2007 de l’UCIP, l’Union catholique internationale de la presse (UCIP). Cette distinction est attribuée à la revue chrétienne irakienne Al-Fikr al-Masihi, dont il fut l’un des fondateurs et animateurs. La revue «La Pensée chrétienne» a été fondée à Mossoul en 1964 par la petite communauté sacerdotale des prêtres du Christ Roi. En 1995, elle fut confiée aux Dominicains de Bagdad.

Une présence chrétienne de 2000 ans risque d’être effacée ? «C’est ce que nous ne voulons ni ne pouvons croire. Mais il y a des mauvais signes qui nous le font craindre», relève le chef de la communauté syriaque, qui est composée de quelque 30’000 fidèles concentrés dans la région de Mossoul, à 375 km au nord de Bagdad.

L’archevêque syrien catholique de Mossoul, âgé de 68 ans, n’a pas de chiffres précis au sujet de l’émigration chrétienne, mais il estime qu’à Mossoul, près de la moitié des chrétiens ont quitté la ville. «Ils n’ont pas nécessairement émigré à l’étranger, mais ils ont quitté pour les villages chrétiens (*) des alentours où il y a plus de paix et de tranquillité».

Ils sont partis avec l’espoir de rentrer, insiste-t-il. Cet espoir est-il réaliste? Mgr Casmoussa ne veut pas donner raison à ceux qui pensent qu’il n’y a plus d’avenir pour les chrétiens sur leurs terres en Irak. «Nous ne sommes pas encore au stade de perdre tout espoir, nous avons le ferme pressentiment que c’est un tunnel qui doit avoir une fin. Nous continuons d’avoir des relations normales avec nos voisins musulmans, car ce n’est pas tout le monde qui approuve les exactions. Ils en sont aussi victimes. Ce calvaire doit avoir une fin».

«Parmi les musulmans, il y beaucoup de gens modérés et raisonnables»

L’archevêque relève que parmi les musulmans, il y beaucoup de gens modérés et raisonnables. Mais comme il n’y a ni justice ni gouvernement stable et fort, c’est le règne des groupuscules qui recrutent souvent des personnes étrangères aux villes où vivent les chrétiens, voire des militants venant de l’étranger. Les victimes d’attentats et d’enlèvements ne savent pas ce qui se cache derrière cette violence. Les motivations peuvent être très diverses: argent, politique, règlements de compte personnels, provocations, etc. «Tout est mêlé, il y a souvent des groupes qui travaillent pour leur propre intérêt, tout en adoptant un discours militant.»

Ni le gouvernement irakien ni les troupes d’occupation américaines ne sont en mesure de se protéger eux-mêmes, alors ils ne peuvent défendre les simples citoyens, souligne l’archevêque syro-catholique de Mossoul. En cas d’enlèvement ou d’agression, inutile, donc, de se plaindre: «Personne ne veut se hasarder à chercher les agresseurs, aujourd’hui, en Irak, on tue en toute impunité! Il y a effectivement un climat de peur voire de terreur dans le pays, mais la terreur vise tous les citoyens: les musulmans comme les chrétiens ont des victimes». Depuis bientôt deux ans, cependant, on assiste en Irak à des attaques systématiques contre les chrétiens et leurs institutions, parce que c’est une minorité non violente qui ne dispose pas de milices. En Irak, les chrétiens n’ont effectivement pas de tradition de violence, et comme personne ne les protège, ils se sentent très vulnérables. «Malheureusement, nous sentons que les Européens sont absents de la scène, et cela, nous le regrettons amèrement», a-t-il déclaré à l’Apic.

Alors qu’ils étaient quelque 650’000 en 2005 (ils étaient encore un million en 1980), ils cherchent de plus en plus, depuis deux ans, leur salut dans l’exode. Ce serait là, sans que le monde ne s’indigne, la fin d’une présence chrétienne en Mésopotamie depuis le début du christianisme, il y a 2000 ans. JB

(*) Ils se réfugient à Qaraqosh, un gros bourg syro-catholique, à Qaramles, où vivent des chaldéens, et à Bartalla, fief des fidèles syro-orthodoxes (ou jacobites), sans oublier Tall Kayf, une ville qui compte bien 10’000 chrétiens chaldéens et assyriens, ou Alqosh. Les religieux de Bagdad ou de Mossoul qui ont des couvents dans ces régions vont s’y réfugier. Ils se sont aussi regroupés à Ankawa, dans la banlieue d’Irbil, au Kurdistan.

(**) Mgr Georges Casmoussa a été enlevé par des inconnus le 17 janvier 2005, puis libéré le lendemain après de vives réactions internationales. Ses ravisseurs avaient menacé de l’égorger. Mgr Casmoussa est le coordinateur du Conseil des évêques à Ninive, dont le siège est à Mossoul. Ce Conseil comprend des représentants chaldéens, syriens catholiques, syriens orthodoxes, assyriens, arméniens orthodoxes et catholiques. Pour les chrétiens d’Irak, Mossoul est une ville chargée de symboles. La ville est en effet considérée comme le berceau du christianisme en Mésopotamie, sa source, dans ce pays situé entre Tigre et Euphrate qui est en train de se vider de sa présence chrétienne remontant aux premiers siècles.

Des photos de Mgr Basile Georges Casmoussa sont disponibles auprès de l’Apic. Courriel: apic@kipa-apic.ch (apic/be)

14 juin 2007 | 00:00
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Fribourg: Plus de 5’000 personnes attendues le 4 juin à la grande fête diocésaine

APIC – Dossier

Rassemblement final de l’Assemblée diocésaine AD 2000

Pierre Rottet, de l’Agence APIC

Fribourg, 23 mai 2000 (APIC) Plus de 5’000 catholiques des quatre cantons du diocèse – Vaud, Genève, Fribourg et Neuchâtel -, convergeront dimanche 4 juin vers Forum Fribourg pour célébrer leur «Eglise en fête». En d’autres termes, le Rassemblement final de l’Assemblée diocésaine (AD 2000), lancée en 1997. Du 1er au 3 juin, les délégués d’AD 2000 amenderont et peaufineront les 9 documents préparés tout au long des différentes phases, entre 1998 et le 4 juin.

La fête du 4 juin promet d’être belle, ont dit jeudi à Fribourg les organisateurs, au cours d’une conférence de presse. Tout a été mis en œuvre pour qu’elle le soit, pour couronner en apothéose les moments de fraternité, de réflexion et de travail vécus depuis plus de 2 ans dans les régions du diocèse. Mgr Bernard Genoud, a estimé que la démarche allait trouver racines ailleurs en Suisse. Il a invité ses fidèles à prendre part à la communion qui sera vécue ce dimanche-là. C’est d’ailleurs lui qui se chargera de les accueillir avant la célébration liturgique.

La liturgie de ce dimanche de clôture d’AD 2000, présidée par Mgr Genoud, évêque diocésain, intégrera les points forts de l’Assemblée: une Eglise de proximité, le souci des exclus, la place du pasteur au milieu de son peuple. Au cours de la célébration, 230 jeunes et adultes recevront le sacrement de confirmation. L’animation musicale sera essentiellement assurée par un chœur d’enfants de tout le diocèse. Cela en complément avec l’aspect visuel, apporté par un groupe de danse.

Dans l’après-midi, «Eglise en fête» poursuivra dans la convivialité avec un spectacle multimédia, sorte d’album de famille invitant à la découverte de la vie du diocèse, mis en scène par le Vaudois Jean Chollet, directeur du Théâtre du Jorat à Mézières, et théologien de formation. Le matériau de ce spectacle n’est pas issu de l’imagination de l’auteur, mais de la vie des communautés chrétiennes de Suisse romande. A la vidéo alterneront des moments de musique et de danse, et d’autres moments en compagnie de deux acteurs et de chœurs.

Un millier d’enfants sont attendus. Pour les 3 à 6 ans, l’animation sera prise en charge durant la messe par les équipes d’éveil à la foi. D’autres activités attentent les plus grands, notamment dans les stands, une cinquantaine, avec des ateliers, des animations ou encore des séquences vidéo. Pour que personne ne soit exclu de cette fête diocésaine, également appelée à créer des liens entre les diverses composantes linguistiques et nationales établies dans le diocèse, l’accès à la restauration sera gratuit. Les organisateurs comptent cependant sur la générosité des participants, pour glisser leurs dons dans l’un ou l’autre des chaudrons, afin d’aider à couvrir les quelque 200’000 francs – sans les repas – inscrits au budget de ce rendez-vous. (apic/pr)

25 mai 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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