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Dossier Encyclique

Rome:Publication mardi de la 12e encyclique (300595)

du pape Jean Paul II, «Que tous soient un»

Pour l’Eglise catholique, l’engagement oecuménique est irréversible

Rome, 30mai(APIC) Jean Paul II, en publiant mardi sa nouvelle encyclique

intitulée «Que tous soient un», souligne de façon solennelle l’irréversibilité de l’engagement oecuménique de l’Eglise catholique à la veille du

troisième millénaire. Document à caractère essentiellement pastoral, cette

12e encyclique du pape veut contribuer à soutenir les efforts de ceux qui

travaillent pour l’unité.

D’après les premières réactions, cet important document devrait trouver

un écho plutôt favorable au sein des autres Eglises chrétiennes, en particulier auprès des «Eglises soeurs» d’Orient. Au seuil de l’an 2’000, c’est

en effet l’une des plus profondes aspirations du pape Jean Paul II de rétablir «la pleine unité dans la diversité légitime» avec les Eglises orthodoxes. Citant le décret du Concile Vatican II «Unitatis redintegratio»,

Jean Paul II rappelle l’unité vécue pendant le premier millénaire et qui

d’une certaine façon «fait figure de modèle». (Nr. 55).

Hors de l’Eglise catholique, aussi le salut…

D’emblée, Jean Paul II souligne qu’en dehors des limites de la communauté catholique, il n’y a pas un vide ecclésial: «Des éléments de grande valeur (…) se trouvent aussi dans les autres Communautés chrétiennes». Le

pape relève le témoignage courageux de nombreux martyrs de notre siècle, «y

compris ceux qui sont membres d’autres Eglises et d’autres Communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec l’Eglise catholique».

Au-delà des divergences doctrinales à surmonter entre Eglises, les chrétiens ne peuvent pas sous-estimer le poids des atavismes et de l’incompréhension hérités du passé, des malentendus et des préjugés des uns à l’égard

des autres. «Pour cette raison, souligne-t-il, l’engagement oecuménique

doit être fondé sur la conversion des coeurs et sur la prière, qui conduiront aussi à la nécessaire purification de la mémoire historique». (Nr. 2)

L’Eglise catholique reconnaît et confesse les faiblesses de ses fils

Et là, le pape reconnaît que des fautes ont été commises de part et

d’autre, fautes qui sont à l’origine des «déplorables séparations» entre

les disciples du Seigneur: «L’Eglise catholique reconnaît et confesse les

faiblesses de ses fils, consciente que leurs péchés constituent autant de

trahisons et d’obstacles à la réalisation du dessein du Sauveur». Le pape

ne cache pas en effet «les faiblesses, les médiocrités, les péchés et parfois les trahisons» de certains membres de l’Eglise catholique, mais tous

ces manquements «ne peuvent détruire ce que Dieu a mis en elle selon son

dessein de grâce». Tout en invoquant la repentance et le pardon, l’évêque

de Rome II s’identifie lui-même à «Pierre» qui a besoin de se convertir

afin de pouvoir affermir ses frères.

Dieu se sert aussi des autres Eglises et Communautés ecclésiales

Dans la première partie, le pape souligne que l’engagement oecuménique

de l’Eglise n’est pas «qu’un appendice quelconque qui s’ajoute à son activité traditionnelle». Au contraire, le mouvement pour l’unité des chrétiens

est «partie intégrante de sa vie et de son action». Le Concile Vatican II,

qui affirme que l’Eglise du Christ est présente dans l’Eglise catholique,

reconnaît en même temps que Dieu se sert des autres Eglises et Communautés

ecclésiales comme moyen de salut.

Il subsiste une communion entre l’Eglise catholique et les autres Eglises, et les éléments de sanctification et de vérité présents en celles-ci à

des degrés divers dans les unes et les autres, «constituent la base objective de la communion qui existe, même imparfaitement, entre elles et

l’Eglise catholique». (Nr. 11) L’oecuménisme a pour tâche de faire grandir

la communion partielle entre chrétiens pour parvenir à la pleine communion

dans la vérité et la charité (Nr. 14).

Le pape évoque l’élan oecuménique du Concile, pour lequel Jean XXIII a

refusé de «séparer l’aggiornamento de l’ouverture oecuménique». Il reconnaît en même temps la valeur des dialogues oecuméniques, par exemple des

documents de «Foi et Constitution», du Conseil oecuménique des Eglises

(COE), comme des «instruments utiles pour discerner ce qui est nécessaire

au mouvement oecuménique et à la conversion qu’il doit susciter», en particulier le document dit de Lima (BEM), sur «Baptême, Eucharistie et Ministère». (Nr. 17)

Dans la deuxième partie de l’Encyclique, le pape évalue les progrès de

la conversion tout d’abord en Occident. Grâce au travail biblique dans

l’Eglise, la Parole de Dieu a pris une importance grandissante dans les relations entre chrétiens. Les traductions oecuméniques de la Bible fournissent un fondement sûr pour la recherche et la prière. Comme l’Eglise catholique, les autres Communautés ecclésiales ont connu un renouveau liturgique.

Le désir ardent de célébrer ensemble l’Eucharistie du Seigneur

Certaines d’entre elles, à partir du souhait exprimé au niveau oecuménique (Cf. le BEM), ont décidé de célébrer la Cène tous les dimanches, ont

mis en relief les signes liturgiques, ont cherché à accorder les cycles de

lectures bibliques. Ces signes de convergence touchent à différents aspects

de la vie sacramentelle. Mais «certainement à cause des divergences dans la

foi», il n’est pas encore possible de concélébrer la même liturgie eucharistique. «Nous aussi, nous avons le désir ardent de célébrer ensemble

l’unique Eucharistie du Seigneur, et ce désir devient déjà une louange commune et une même imploration», écrit le pape. (Nr. 45)

Dans une réflexion sur le ministère d’unité de l’évêque de Rome, Jean

Paul II rappelle que «parmi toutes les Eglises et Communautés ecclésiales,

l’Eglise catholique a conscience d’avoir conservé le ministère du successeur de l’Apôtre Pierre, l’évêque de Rome, que Dieu a institué comme le

’principe et le fondement permanents et visibles’ de l’unité et que

l’Esprit assiste afin que tous les autres bénéficient de ce bien essentiel». (Nr. 88). Il est à noter que l’encyclique, dans ce contexte, ne

parle pas de pape, mais uniquement de «l’évêque de Rome», le pape

s’exprimant ici dans un langage souhaité par les Eglises d’Orient.

Dans ce développement concernant la vocation au service de l’unité du

successeur de Pierre, l’encyclique utilise l’expression du pape Grégoire le

Grand concernant l’évêque de Rome: le successeur de Pierre est serviteur

des serviteurs de Dieu. «Cette définition est la meilleure protection contre le risque de séparer l’autorité (et en particulier la primauté) du ministère, ce qui serait en contradiction avec le sens de l’autorité selon

l’Evangile».

Comme l’avait déjà fait Paul VI, Jean Paul II demande pardon «pour ce

dont nous sommes responsables». Il souligne que l’Eglise catholique a la

conviction d’avoir conservé le signe visible et le garant de l’unité dans

le ministère de l’évêque de Rome, mais il reconnaît, en raison des péripéties de l’histoire, que cela «représente une difficulté pour la plupart des

autres chrétiens, dont la mémoire est marquée par certains souvenirs douloureux».

Un grand message d’espérance et de ferveur oecuménique

Méditant sur les faiblesses des Apôtres Pierre et Paul, il estime important d’observer que cette réalité «montre que l’Eglise est fondée sur la

puissance infinie de la grâce». Comme le commente depuis Rome le dominicain

Georges Cottier, théologien de la Maison pontificale, dans un article à paraître dans la prochaine édition de la revue «Nova et Vetera»: «Ce n’est

pas un des moindres mérites de ce document clair et serein que de nous rappeler quelles sont les exigences spirituelles d’ouverture et de rigueur

d’un dialogue animé par la ’volonté d’unité dans la vérité’. Nous avons là

un grand message d’espérance et de ferveur oecuménique». (apic/be)

30 mai 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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