Le pape en Arménie du 25 au 27 septembre

APIC Dossier: seconde partie

Sous le signe de l’œcuménisme et de l’amitié

Rome/Erevan, 12 septembre 2001 (APIC) Seconde étape de du 95ème voyage pontifical hors d’Italie, l’Arménie accueillera Jean Paul II du 25 au 27 septembre. Il sera l’hôte du catholicos des arméniens apostoliques, Karekin II. Après la présentation de la première étape, au Kazakhstan, l’APIC publie aujourd’hui le deuxième volet de son dossier.

«J’attends avec impatience le jour où je pourrai finalement embrasser la terre d’Arménie mélangée au sang de tant de martyrs», avait déclaré Jean Paul II, le 18 février 2001, lors d’une messe célébrée dans la basilique Saint-Pierre en rite arménien à l’occasion du 1700ème anniversaire du baptême de l’Arménie.

Invité par le catholicos des Arméniens apostoliques, Karekin II, Jean Paul II va, durant cette visite apostolique de 3 jours placée sous le signe de l’oecuménisme, renforcer des liens déjà forts avec l’Eglise arménienne apostolique en célébrant avec eux l’anniversaire du baptême de l’Arménie en 301 et, tout en soutenant les arméno-catholiques, inciter le premier pays officiellement chrétien de l’histoire, à retrouver ses racines pour affronter un futur qui s’annonce difficile.

Après 4 h de vol depuis Astana, capitale du Kazakhstan, Jean Paul II arrivera à Erevan, capitale de l’Arménie. Il sera accueilli à l’aéroport international Zvartnotz, à 13 h (10h à Rome) par le président de la république, Robert Kotcharian. Ce dernier a invité le pape à se rendre en Arménie lors de son passage au Vatican, le 25 mars 1999.

Elu président en avril 1998 d’un pays d’environ 3,7 millions d’habitants, Robert Kotcharian est confronté à d’importantes crises politiques intérieures liées à la question du Haut-Karabakh ­ enclave revendiquée et occupée par l’Arménie en Azerbaïdjan – et qui, malgré la médiation de l’OSCE, (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) ne trouve aucune résolution même si en ce moment, la situation est plutôt calme. En plus de ce conflit larvé qui peut être comparé à celui des Balkans, le président se retrouve en face d’une crise démographique sans précédent. Depuis dix ans, et en raison de la misère économique, plus d’un million d’Arméniens ont quitté le pays pour la Russie, l’Ukraine, ou les pays occidentaux.

Nombreux rendez-vous

Avec le catholicos Karekin II, patriarche des Arméniens apostoliques qui avait, le 9 novembre 2000 lors d’une visite à Jean Paul II, exprimé «le grand espoir» et «l’impatience» du peuple arménien de le recevoir, le pape se rendra ensuite à Etchmiadzine, à 40 km au nord-ouest de la capitale, siège de l’Eglise arménienne apostolique, soit l’équivalent du Vatican pour les Arméniens. Ce site est composé d’un monastère et d’une cathédrale construite au Vème siècle – selon l’architecture originale arménienne qui exercera une influence considérable sur les arts romans et gothiques de l’Occident -, de musées et de bibliothèques dans lesquelles sont conservés les trésors du patrimoine arméniens. C’est ici que la première Eglise arménienne a été construite au IVème siècle, après la conversion du roi Tiridate III par saint Grégoire l’Illuminateur (appelé «l’Illuminateur» en raison des nombreuses conversions qu’il a opéré durant sa vie).

Etchmiadzine se trouve aux pieds de l’impressionnant mont Ararat qui culmine à 5’165 mètres et sur lequel se trouvent, selon une tradition tenace, les restes de l’Arche de Noé. Dans le livre de la Genèse au chapitre VIII, on peut lire en effet que, «l’Arche s’arrêta sur les monts d’Ararat». Depuis le traité de Kars en 1921, le mont n’appartient plus à l’Arménie mais à la Turquie, il est ainsi devenu le symbole de la patrie perdue.

Jean Paul II se rendra tout d’abord dans la cathédrale apostolique d’Etchmiadzine pour une «visite de prière» durant laquelle il saluera les nombreux représentants de l’Eglise arménienne apostolique – ils sont environs 2 millions en Arménie – et de l’Eglise arméno-catholiques avec en tête son patriarche, dont le siège est à Beyrouth au Liban, Nerses Bedros XIX. Les arméno-catholiques, de ce fait, sont très peu nombreux en Arménie, selon les chiffres officielles: 150’000.

Manifestations du 1700 ème

Quelques jours auparavant, du 20 au 23 septembre, auront eu lieu le début des grandes manifestations officielles du 1700ème anniversaire du baptême de l’Arménie en présence, entre autres, du patriarche orthodoxe de toutes les Russies, Alexis II ­ qui devrait repartir avant l’arrivée du pape -, et d’une délégation du Saint-Siège. Le sommet de cet anniversaire étant, le 23 septembre, la bénédiction de la nouvelle cathédrale apostolique d’Erevan à laquelle participera le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.

Mgr Kude Nacachian, prélat des Arméniens apostoliques de Paris et membre du Conseil Suprême de l’Eglise Arménienne, a expliqué à l’APIC que les célébrations allaient commencer le 20 septembre par un rassemblement de plus de 15’000 jeunes et se terminer fin octobre avec la venue du patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée Ier. Pour lui, «l’Arménie vit cette année une page très positive de son histoire. Il ne s’agit pas seulement des festivités de l’anniversaire, mais du fait que des milliers de personnes demandent le baptême à cette occasion, veulent restaurer les églises et aller vers le monde».

La rencontre officielle entre Karekin II et Jean Paul II aura lieu le 25 septembre en fin d’après-midi, dans le grand salon du Palais apostolique d’Etchmiadzine. Ces deux pasteurs qui se sont qualifiés de «frères dans l’épiscopat», lors de leur précédente rencontre, à Rome le 10 novembre 2000, avaient, à cette même occasion, affirmé «confesser ensemble» leur foi en Dieu. Dans cette déclaration, Karekin II et Jean Paul II avaient en outre reconnu que «l’Eglise catholique et l’Eglise arménienne possèdent de véritables sacrements, surtout – par la succession apostolique des évêques – le sacerdoce et l’eucharistie».

Une première

Après avoir passé la nuit à Etchmiadzine – c’est la première fois que Jean Paul II loge dans un institut non catholique, ce qui met en valeur les relations fraternelles qu’ils entretiennent – le pape partira pour Erevan où il effectuera, à 10h 30 au palais présidentiel, la traditionnelle visite de courtoisie au président de la république. Durant cet entretien qui devrait durer une quarantaine de minutes, Jean Paul II, en plus du thème de la mémoire culturelle exceptionnelle du peuple arménien à préserver, pourrait soutenir les efforts du président qui, selon Mgr Kude Nacachian, «avec les autres hommes politiques se rend compte de l’hémorragie démographique et s’efforce d’améliorer les conditions de vie des habitants, unique motif du départ». Il est très peu probable que le pape aborde – du moins directement – la crise politique du pays vis-à-vis de ses voisins, et notamment de l’Azerbaïdjan. La situation selon les observateurs, semble plutôt calme et une intervention du pape à ce sujet ne pourrait que relancer les débats et raviver les flammes.

En toute fin de matinée, vers 11h 30, Jean-Paul II se rendra ensuite au mémorial de Tzitzernagaberd en banlieue d’Erevan, monument édifié en 1967 à la mémoire des Arméniens massacrés par les turcs lors du génocide de 1915. Au centre d’une immense esplanade où brûle une flamme perpétuelle et à côté d’un musée sur l’histoire du génocide, 12 grandes plaques en forme de trapèze symbolisent les 12 provinces perdues ­ mais non oubliées ­ de l’Arménie. Karekin II et Jean Paul II avaient affirmé en novembre 2000, dans leur déclaration commune, que «le génocide arménien, au début du siècle, a constitué un prologue aux horreurs qui allaient suivre». Le simple fait que cette déclaration contienne le mot «génocide» et non massacre revêt une importance extrême pour les Arméniens qui tentent depuis 80 ans d’imposer ce fait à la communauté internationale. Le fait que Jean Paul II ait déjà prononcé le mot de génocide pourrait lui permettre d’alléger son discours et de ne pas froisser les voisins turcs ni mettre le patriarche arménien d’Istanbul – qui devrait être présent – dans une situation délicate.

Nouvelle cathédrale

Après un déjeuner officiel en compagnie des hauts représentants de l’Eglise arménienne apostolique, ainsi que des cardinaux et des évêques de la suite pontificale, Jean Paul II se rendra à la nouvelle cathédrale apostolique saint Grégoire l’Illuminateur à Erevan, pour une célébration oecuménique. La nouvelle cathédrale qui, au début du mois de septembre n’était pas encore achevée, a été construite pour remplacer celle d’Etchmiadzine, trop petite, mais aussi et surtout pour commémorer le baptême de l’Arménie. Construite avec l’aide et les dollars de la diaspora ­ environs 3 millions de personnes réparties à travers le monde – sur une grande place de la capitale, la cathédrale dont l’architecture est traditionnelle, peut symboliquement contenir 1700 personnes. Une relique de saint Grégoire l’Illuminateur (un fémur), offerte par Jean Paul II en novembre 2000, a été déposée dans la cathédrale

Geste symbolique

Le lendemain et dernier jour de sa visite en Arménie, jeudi 27 septembre, Jean Paul II célébrera une messe en rite latin. Karekin II a offert au pape la possibilité de la célébrer sur la grande esplanade d’Etchmiadzine. Devraient y participer, des chrétiens venus d’Irak du nord (essentiellement chaldéens), mais aussi de l’Iran et de la Géorgie voisine. Mgr Vartan Kechichian, coadjuteur de Mgr Nerses der Nersessian Ordinaire pour les arméniens de l’Europe orientale, a affirmé à dit à l’APIC attendre environ 10’000 personnes à cette messe. «Beaucoup de chants traditionnels arméniens viendront se mêler à la liturgie latine qui a été choisie de manière à ce que le pape puisse présider et célébrer la messe».

Avant de rejoindre l’aéroport et de clore ainsi son 95ème voyage hors d’Italie, Jean Paul II passera par le monastère de «Khor Virab» ­ qui signifie puits profond ­, lieu de pèlerinage où se trouve le puits dans lequel saint Grégoire l’Illuminateur a été enfermé pendant 10 ans après qu’il ait refusé d’adorer la déesse Anahit selon l’ordre du roi Tiridate III. Mais saint Grégoire guérira finalement le roi d’une dépression et sera réhabilité avant de le convertir ainsi que toute la cour, puis le peuple. Jean Paul II y recevra du catholicos un cierge allumé, symbole du feu de la sainteté et de l’évangélisation. (apic/imed/pr)

12 septembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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