Les musulmans d’Afrique noire suivent avec inquiétude l’intervention des EU en Afghanistan

APIC éclairage, de notre correspondant à Dakar, Ibrahima Cissé

Attention au retour de manivelle

Dakar, 11 octobre 2001 (APIC) Les pays musulmans d’Afrique noire qui vivent, dans leur écrasante majorité, un islam «modéré et tolérant», suivent avec inquiétude et regret les frappes militaires occidentales sur l’Afghanistan. L’islam recommande aux musulmans l’unité et la solidarité. Il leur suggère aussi de se porter mutuellement secours en cas de danger, telle qu’une agression (armée, physique ou verbale). Mais, souligne le Coran, si l’un de vous à tord et refuse de reconnaître son tord, unissez-vous contre lui pour l’amener à la raison.

Cependant, la religion musulmane comme les autres religions monothéistes, bannit la violence, l’effusion de sang, le meurtre injustifié, le suicide. Les musulmans africains sont unanimes autour de ces principes qui les ont amené à condamner de la façon la plus virulente, les attentats du 11 septembre 2001 au cours desquels plus de six mille personnes de toutes les confessions religieuses ont trouvé la mort.

En revanche, ils sont divisés sur l’intervention militaire américaine en Afghanistan, pays membre à part entière de la umma (communauté islamique), alors même qu’ils rejettent le régime des talibans et l’islam que ces derniers prônent.

La raison, a expliqué le ministre malien de la Défense, Soumaïla Boubè ye Maïga, est que les pays africains sont «de vielles terres d’islam, mais non des populations à islamiser». Il y aura donc des échos limités en Afrique de l’appel à de la «guerre sainte» prônée par le milliardaire saoudien, Oussama Ben Laden au début des frappes américaines, a-t-il estimé.

A l’exception du Niger, pays francophone où l’intégrisme religieux est le plus dynamique et son voisin, le Nigeria, peu de populations musulmanes africaines ont réellement manifesté un soutien au milliardaire saoudien.

Prédicateurs itinérants

En Afrique noire, l’islamisme se heurte à la puissance des confréries. «C’est un phénomène qui n’est pas spécifique à l’Afrique», a déclaré le mauritanien Ahmed Baba Miské, une personnalité religieuse et diplomatique africaine influente, à la retraite en France. Selon lui, les confréries sont «un élément de cohésion et de stabilité très important qui freine le développement ou la propagation de certains courants intégristes».

Toutefois, selon des milieux officiels en Afrique de l’ouest, de nombreux prédicateurs islamiques «itinérants» tentent de faire sauter cet obstacle des confréries. Dominés par des pakistanais, ils parcourent les pays musulmans, d’une région à l’autre. «Pour l’essentiel, ce sont des personnes connues et suivies», a souligné le ministre malien, appelant à un renforcement «de nos capacités à faire et une grille assez exacte de la nature des différentes associations».

Décalage entre pouvoirs et opinions publiques

Le chef d’un parti politique fondamentaliste, Cheikh Abdoulaye Dièye, a lui, renvoyé dos à dos les Etats-Unis et les talibans. «Autant on ne peut accepter la mort inopinée et injuste de six mille personnes, autant on ne peut accepter les frappes militaires sur de paisibles personnes qui n’ont rien à voir avec le terrorisme». a-t-il dit.

Ces quelques réactions sont celles généralement qu’on entend, depuis le début des frappes américaines, à travers toutes les capitales – musulmanes ou non – africaines. Dans leur ensemble, tous les africains, toute religion confondues, s’accordent à reconnaître que pour éradiquer définitivement le terrorisme de la planète, il faut régler le problème palestinien, et trouver des solutions à la pauvreté, renforcer la solidarité entre musulmans. «Il y a un manquement à cette solidarité du fait que l’Arabie Saoudite qui peut jouer le rôle de leadership avec des richesses fabuleuses n’apporte pas une aide plus importante et plus efficace aux pays pauvres» a fait remarquer le mauritanien Ahmed Baba Miské. Dans une interview diffusée par Radio France internationale, il est arrivé à la conclusion que la solidarité inter-islamique est «extrêmement timide et insuffisante». (apic/ibc/pr)

11 octobre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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