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apic/Ecoles catholiques/ financement public?

Lausanne: Malgré les chiffres rouges des finances cantonales, (020296)

les écoles catholiques demandent un financement public

Le canton du Jura cité en exemple

Lausanne, 2février(APIC) Le financement public des écoles catholiques en

Suisse est une question de principe, voire de sensibilité politique. Ce financement intéresse évidemment au premier chef les responsables des écoles

privées. La Conférence des écoles catholiques de la Suisse (CECS) a invité

vendredi à Lausanne deux intervenants – un homme politique et un théologien

– pour débattre en séminaire de ce sujet controversé.

Jean-Baptiste Beuret, chef de l’administration des finances de la République et canton du Jura, était présent à Lausanne car on cite souvent cet

Etat comme exemplaire, en matière de pluralisme scolaire. Le Père Roland-B.

Trauffer, secrétaire de la Conférence des évêques suisses (CES), autre invité, a redit de son côté l’importance qu’attache la hiérarchie catholique

à respecter les divers choix des parents dans le domaine de l’école.

Bruno Santini-Amgarten, secrétaire de la CECS, au début du séminaire, a

rappelé le financement public substantiel à des écoles privées, dans certains pays européens, entre autres en Belgique ( 60 à 70%), au Danemark

(85%), en Allemagne (70% à 90%) et en Autriche (70%). «Nous n’avons pas de

tradition forte, en Suisse, d’écoles privées». Et de déplorer que le «libre

choix des parents» ne soit pas évoqué dans l’avant-projet de la nouvelle

Constitution fédérale, actuellement en consultation.

Constitution jurasienne

Jean Marie Beuret, a expliqué par le détail comment la Constitution jurassienne a introduit la liberté de l’enseignement aux articles 8 et 35.

Ces articles postulent ainsi le droit de fonder des écoles privées. Dans la

mesure où celles-ci déchargent l’Etat d’une partie de ses tâches, il est

normal que ce dernier leur assure un certain soutien matériel, ont argumenté les partisans de la liberté scolaire, lors des divers débats parlementaires où les partis de gauche se sont montrés plus restrictifs.

La loi sur l’enseignement privé du 10 mai 1984 établit finalement qu’une

subvention est allouée, par élève, à l’école privée requérante à raison de

50% du coût salarial moyen d’un élève fréquentant l’école publique. Enfin

une subvention de 10 à 30% peut en outre être allouée pour les frais de

construction ou d’amélioration des bâtiments ou autres installations. Mais

comme pour beaucoup d’autres, le canton du Jura est depuis 1991 dans les

chiffres rouges. Depuis 1993, la subvention par élève a été réduite à 45%.

Pour Jean-Baptiste Beuret, l’état des finances cantonales ne permet pas

d’être optimiste pour les prochaines années. Il estime néanmoins que les

économies risquent d’atteindre davantage les subventions aux Eglises que

les écoles privées proprement dites. En 1994, quatre écoles ont été subventionnées: St Charles, les Ursulines, St Paul et les Côtes. En tout, 160

élèves dans le primaire, 244 dans le secondaire et 53 au Lycée.

L’Eglise catholique et la politique scolaire actuelle

Le Père Roland-B.Trauffer rappelle ensuite la position traditionnelle de

l’Eglise sur la validité d’un pluralisme indispensable en matière d’éducation scolaire. «Il est normal qu’il y ait plusieurs projets éducatifs au

sein des familles et à l’intérieur de la société». Le secrétaire du CES

n’esquive pas la question financière. Il comprend que l’Etat doit faire des

économies, mais met aussi en évidence le danger que l’Etat, «à travers des

régulations budgétaires, ne prône une option politique voire idéologique,

réduisant le choix des parents et des élèves».

Abordant la politique scolaire de l’Eglise en Suisse, le secrétaire de

la CES, a redit que les Congrégations religieuses ont une grande tradition

dans la gestion d’écoles catholiques, en citant les Salésiens, les soeurs

de Menzingen et d’Ingenbohl, les Ursulines, les soeurs de Baldegg et les

frères des Ecoles chrétiennes.

De graves questions pour l’avenir

Le Père Trauffer pose cependant des questions sérieuses pour l’avenir.

Mais d’abord constate deux faits inéluctables: la diminution du personnel

religieux et l’explosion des coûts pour l’éducation. Ces deux aspects ont

provoqué, au cours des 30 dernières années, la fermeture ou la transmission

à l’Etat de deux tiers des écoles catholiques, sans que les cantons – à

part celui du Jura – facilitent pour autant le financement publique des

écoles privées obligatoires ou la remise de bourses d’études.

«L’Eglise persiste à vouloir des écoles catholiques au sein même d’un

projet pastoral et en vue de la défense de valeurs profondément humaines»,

poursuit le Père dominicain. Mais cette même Eglise a-t-elle les moyens de

cet objectif? Aura-t-elle suffisamment de personnel religieux et de laïcs

compétents? A-t-elle les moyens financiers pour conduire une école sans

qu’il y ait des conséquences, voire des discriminations d’argent pour les

élèves moins aisés? Autant de questions qui interrogent non seulement les

politiciens, mais également tous les acteurs du début social.

Des accords entre écoles catholiques paraissent nécessaires, puisque elles dépendent de différentes congrégations religieuses – et moins des diocèses -. Elles passeront sans contexte par des mises en commun ou des regroupements par dessus les frontières diocésaines. Mais il conviendrait d’y

intéresser, moralement et financièrement, toute la communauté des croyants.

(apic/ba)

2 février 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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