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apic/ECPAT/Belgique/Prostitution enfantine
Exploitation sexuelle des enfants: poursuite de la campagne d’ECPAT
Des actions spécifiques sont prévues en Belgique (231094)
Bruxelles, 23octobre(APIC) En Asie, plus d’un million d’enfants et de
jeunes, garçons et filles, sont l’objet d’un commerce du sexe illégal et
dégradant. La Thaïlande, les Philippines, le Sri Lanka et Taïwan sont les
destinations de prédilection de touristes pervers qui satisfont leurs pulsions sexuelles avec des enfants. Mais bien d’autres pays, de l’Asie à
l’Europe de l’Est, sont concernés par l’exploitation des enfants à travers
la prostitution, la pornographie, ou les deux à la fois.
Ce cri d’alarme, c’est l’organisation ECPAT (End Child Prostitution in
Asian Tourism), qui le lance dans le cadre de la poursuite de sa campagne
campagne contre l’exploitation sexuelle des enfants qui a débuté au lendemain de la Conférence de Chiangmai (Thaïlande) en 1991. Depuis, l’association ECPAT, instigatrice de la campagne – regroupant quelque 300 organisations sociales et ecclésiale, ECPAT est active dans de nombreux pays européens, dont la France, la Suisse, la Belgique ou l’Allemagne – a étendu son
réseau au-delà des pays asiatiques.
Un fléau qui touche également l’Europe
En Europe aussi, des actions sont possibles et nécessaires. Les organisateurs d’ECPAT- Belgique ont présenté, ce week-end à Bruxelles, leurs pistes de travail pour les trois années à venir. Les cas de pédophilie qui,
ces dernières années, ont défrayé la chronique judiciaire en Belgique, ont
contribué à sensibiliser l’opinion publique au drame des jeunes enfants,
victimes des abus sexuels des adultes et souvent traumatisés pour le restant de leur vie. Les cas dénoncés en Belgique ne constituent, hélas, que
le sommet de l’iceberg de la prostitution des enfants et des jeunes à
l’échelle du monde.
L’exploitation qui accompagne le «tourisme sexuel», particulièrement en
Asie, aggrave la situation. Car les garçons et les filles qui entrent dans
le cycle infernal de la prostitution, pour y chercher un moyen de survivre
ou un apport de revenus supplémentaires à leur famille, sont les premières
victimes d’un mirage. Des «services» rendus à de multiples clients au cours
d’une semaine, ils ne retirent souvent que quelques dollars, parfois seulement des friandises. Ceux qui profitent de ce commerce du sexe sont les intermédiaires, proxénètes en tête, et parfois des parents.
Familles prises au piège
«Oui, mais en Thaïlande, ils ont une autre manière de vivre !», dira- ton. L’organisation catholique belge «Entraide et Fraternité», organisatrice
du Carême de Partage et désormais associée avec ECPAT, a recueilli en Thaïlande de nombreux témoignages qui montrent, au contraire, que les parents
de là-bas veulent, comme ici, le meilleur épanouissement possible pour les
enfants, et certes pas la dégradation. «Mais la pauvreté les pousse quelquefois à prendre la solution du désespoir, reconnaît Karl Wintgens, responsable des relations avec l’Asie au sein d’»Entraide et Fraternité».
Selon K. Wintgens, deux facteurs contribuent au développement du tourisme du sexe. D’une part, la pauvreté. D’autre part, le matraquage culturel,
via la télévision, qui pousse les familles dans une société de consommation
qu’elles n’ont pas voulue. Combien de temps peut-on résister à l’achat
d’une frigo ou d’autres biens quand la tv vous montre à longueur de journée
que c’est le bonheur et l’avenir ? Vient un jour où l’on cède et l’on s’endette pour acheter… Comment résistera-t-on alors dans les villages aux
recruteurs du tourisme du sexe, la deuxième industrie de la Thaïlande ?»
Des alternatives à la prostitution enfantine
Le problème se présente souvent ainsi, assure Karl Wintgens. Pourtant,
cet animateur d’»Entraide et Fraternité» a pu constater, en Thaïlande, que
d’autres solutions sont possibles. Dans un village du Nord, par exemple,
une association aide les familles paysannes à mettre leurs efforts en
commun pour éviter un exode massif des enfants vers la ville et vers les
pièges de la prostitution.
Une formation a permis aux paysans d’améliorer leurs techniques agricoles et leurs méthodes de stockage du riz. Les rendements plus abondants
joints à une mise en commun des récoltes via des «banques de riz» ont apporté aux familles plus d’aisance pour assurer leur subsistance quotidienne. Ce travail de développement qui intègre de multiples dimensions de la
vie n’a pas tardé à porter ses fruits. Les familles qui en bénéficient
n’envoient plus leurs enfants à la ville.
Une lutte sur tous les fronts: bilan encourageant
Mais bien des actions restent à entreprendre pour lutter contre la prostitution des enfants et pour relayer, sur tous les fronts, les initiatives
prises d’un pays à l’autre. C’est à quoi s’attache tout particulièrement
ECPAT depuis le lancement de sa campagne en 1991.
Trois ans après, le bilan est en partie encourageant. Encourageant, car
des législations nationales commencent à être améliorées pour lutter plus
efficacement contre ceux qui se rendent coupables d’abus sexuels sur des
enfants à l’étranger. Encourageant aussi, car le public est davantage
sensibilisé aux ramifications de la prostitution d’un pays à l’autre.
Mais le bilan reste préoccupant. A l’échelle mondiale, l’exploitation
sexuelle des enfants par des touristes est en train d’augmenter et de se
diversifier. De certaines villes d’Europe partent aujourd’hui vers
l’Amérique du Sud des charters remplis d’hommes seuls : ne serait-ce pas
l’indice de nouvelles filières ? se demandent certains animateurs d’ECPAT.
Et en Belgique ?
Les touristes sexuels et les pédophiles embarquent aussi à Bruxelles National à destination de Bangkok, Manille ou Colombo. Que peut-on faire, depuis la Belgique pour lutter contre l’exploitation des enfants ? Une proposition de loi du 28 mai 1994 sur la répression de la traite des êtres humains a été votée au Sénat. Quand elle sera votée à la Chambre, elle permettra de poursuivre un citoyen belge qui s’est rendu coupable, aux yeux de
la législation de son pays, d’exploitation sexuelle d’enfants à l’étranger.
ECPAT voudrait que cette loi soit adoptée au plus vite, mais amendée.
Si un citoyen belge se rend coupable d’exploitation d’enfants à
l’étranger, la proposition de loi ne prévoit de le poursuivre que si les
faits sont également punissables d’après la loi du pays où ils ont été
commis. Or, dans certains pays, de telles lois n’existent pas, ou bien
réservent la punition au seul enfant. ECPAT suggère au législateur belge de
s’inspirer plutôt des nouvelles dispositions prises en France et en
Allemagne, où l’adepte du tourisme sexuel est punissable dès qu’il a
enfreint la loi de son pays d’origine.
ECPAT veillera, de toute façon, à l’application de la future loi, de
même qu’à celle des nouvelles mesures contenues dans l’article 380 quater
du Code Pénal belge pour réprimer les publicités incitant à l’exploitation
sexuelle d’adultes ou d’enfants. Une peine plus élevée qu’un emprisonnement
d’un mois à un an et une amende de 100 à 1000 FB s’imposerait toutefois si
l’on veut non seulement dissuader de petites agences de voyage, mais aussi
des réseaux internationaux de prostitution et de pédophilie.
Auprès des agences de voyage, ECPAT a commencé une action de sensibilisation particulière. Plusieurs agences, mais aussi des compagnies aériennes
acceptent déjà de remettre à leurs clients une brochure les informant des
risques que pourrait leur faire courir le tourisme sexuel, tout en attirant
leur attention sur bien d’autres attraits des pays qu’ils visiteront.
La campagne lancée par ECPAT couvre donc plusieurs plans et est soutenue
par diverses associations, tant en Wallonie qu’à Bruxelles et en Flandres.
En 1996, un congrès mondial fera le point sur l’article 34 de la Convention
internationale des Droits de l’Enfant, qui prévoit la protection de l’enfant contre toute forme d’exploitation sexuelle et d’abus sexuel. La Convention, rédigée sous les auspices de l’ONU, a été ratifiée à ce jour par
près de 150 Etats, dont la Belgique le 25 novembre 1991, la Thaïlande, les
Philippines et le Sri Lanka, mais non les Etats-Unis. (apic/cip/be)



