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Apic Dossier

L’Eglise annule-t-elle les mariages? (031194)

L’absence de liberté et de discernement sont les causes de nullité

En marge du débat sur les divorcés remariés, le Père Henri Galland, vice

official du diocèse de Tours rappelle dans le dernier bulletin du service

catholique français de presse et d’information «SNOP» la possibilité de

déclarer la nullité d’un mariage. Ce qui n’ôte rien au sacrement du

mariage, souligne-t-il aussitôt. Si les jeunes sont «affranchis» sur un

certain nombre de questions, ont-ils bien mesurés les conséquences d’un

engagement dans le mariage? s’interroge le Père Galland.

L’Eglise «n’annule» jamais un mariage, elle reconnaît parfois qu’un

mariage qui a été célébré est nul. Ce n’est pas du tout la même chose, fait

remarquer le père Galland. Si elle annulait un mariage, cela voudrait dire

qu’elle a le droit de «séparer ce que Dieu a uni». Il n’en est absolument

pas question. Les principales causes de nullité sont aujourd’hui le manque

de liberté interne et le manque de discernement

Le manque de liberté interne

Il semblerait depuis mai 68 que chacun est vraiment responsable de ses

actes et qu’aucune pression ne peut réellement atteindre les candidats au

mariage. Si, effectivement aucune pression absolument contraignante n’est

exercée à l’encontre des futurs mariés, il est en revanche beaucoup plus

fréquent qu’on ne l’imagine que des «fiancés» se trouvent pris dans un

engranage et se retrouvent, d’une certaine manière, amenés au mariage comme

sur des rails qu’il leur est très difficile de quitter, note l’auteur de

l’article. Au départ, tout se présente normalement, et petit à petit,

l’enchaînement de certaines circonstances précipite les choses et rend le

mariage presque inéluctable.

Dans le même registre, la pression plus ou moins consciente que l’un des

futurs époux peut exercer sur l’autre risque également de fausser

complétement les cartes au point d’amener le futur conjoint à ne plus être

en mesure de poser un acte véritablement libre. Un dicton rappelle que «le

temps des fiançailles est le temps du mensonge».

Le manque de discernement

Si les jeunes sont «affranchis» sur un certain nombre de questions,

ont-ils bien mesuré les conséquences d’un engagement dans le mariage?

s’interroge le Père Galland

Par exemple, que représente pour certains d’entre eux la vie commune?

Bien souvent c’est le seul bonheur d’être ensemble, sans penser, ou plutôt

sans oser regarder au-delà de cette apparence et affronter d’une manière

lucide les contraintes d’une vie de couple.

Quelques uns ont beaucoup de difficulté à faire la différence entre

l’attirance physique et l’amour authentique. On en perçoit sans peine les

conséquences!

Les futurs mariés ont-ils réellement pris les moyens de se connaître non pas à fond bien sûr! c’est la richesse de tout une vie de couple – mais

un minimum pour ne pas avoir la désagréable surprise de se retrouver quelques mois après le mariage aux côtés d’un inconnu. Dans ce domaine, la cohabitation avant le mariage n’est pas toujours une garantie! On a tellement

peur de perdre l’autre qu’inconsciemment on est prêt à tout. Tout cela est

souvent regroupé sous l’expression «manque de maturité». L’expérience montre que, bien souvent, c’est une réalité qui n’est pas liée à un âge physique, mais qui se manifeste à travers tout un ensemble de comportements irresponsables. Dans ce même sens, la présence d’enfants n’est pas vraiment

un critère.

L’infidélité?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’infidélité n’est jamais

invoqué comme cause de nullité de mariage, sauf cas extrême, ou

l’infidélité est notoire avant et après le mariage, mais simplement

constaté comme une conséquence de l’échec du couple.

Car, ce n’est pas l’échec du couple qui permet d’établir la nullité,

c’est au contraire la cause la nullité du mariage qui permet de comprendre

pourquoi il n’était pas viable, souligne le Père Galland.

Comment se déroule la procédure

Avant d’entamer une procédure de nullité, un entretien préalable est

essentiel pour déterminer si la cause vaut ou non la peine d’être engagée.

A quoi servirait-il de faire souffrir et d’user des énergies si, d’une

manière claire rien ne permet d’étayer une cause de nullité.

Les deux parties exposent la manière dont ils ont vécu les circonstances

qui ont entouré leur mariage et le déroulement de la vie commune.

Des «témoins», c’est à dire des personnes qui connaissent bien le couple

ou au moins l’un des époux avant le mariage et pendant la vie commune sont

appelés à dire ce qu’ils ont constaté.

Le dossier ainsi constitué est présenté au «défenseur du lien» qui fait

toutes les remarques en faveur de la validité du mariage.

L’ensemble est confié à un tribunal de trois juges qui se retrouvent

après avoir rédigé par écrit leurs conclusions. De leur jugement découle

une première sentence qui établi la nullité ou au contraire la validité du

mariage.

Quelle que soit la sentence du premier tribunal, appel est fait

automatiquement à un deuxième tribunal de trois autres juges qui procèdent

de la même manière.

Si les tribunaux constatent en commun la nullité ou la validité, la

sentence est considérée comme définitive, sauf si l’une des deux parties

n’est pas d’accord et fait appel à Rome. Si les conclusions des deux

tribunaux sont différentes, le dossier est transmis à Rome qui tranche en

dernier ressort. (apic/snop/eb)

3 novembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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