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apic/Eglise orthodoxe russe/Témoignage/Aide à l’Eglise en détresse/P. Theo
Semaine de prière pour
l’Unité des chrétiens
Mariastein:Les chrétiens de Russie sur(210197)
le difficile chemin de la réconciliation
Témoignage de l’archiprêtre orthodoxe Theodor van der Voort
Mariastein, 21janvier (APIC) La réconciliation entre orthodoxes et catholiques en Russie est un long chemin parsemé d’aspérités, témoigne l’archiprêtre orthodoxe Theodor van der Voort, responsable des projets de l’»Aide
à l’Eglise en détresse» (AED) en faveur de l’Eglise orthodoxe russe. La réconciliation, un thème tout à fait de circonstance en cette Semaine de
prière pour l’Unité des chrétiens.
La section suisse de l’AED, oeuvre d’entraide catholique internationale
qui fête cette année ses 50 ans, avait choisi dimanche le couvent bénédictin de Mariastein pour témoigner de l’action qu’elle mène depuis 5 ans en
faveur de l’Eglise orthodoxe russe. C’est dans ce pittoresque lieu de pèlerinage marial du Jura soleurois, situé non loin de Bâle, que le mouvement
fondé par le religieux prémontré hollandais Werenfried van Straaten a ouvert son jubilé
Comme prêtre orthodoxe néerlandais au service d’une organisation catholique, Theodor van der Voort est bien placé pour relever le poids de la mémoire historique. Homme de terrain, parcourant les vastes étendues de la
Fédération de Russie, il est bien au fait des souffrances héritées du passé
– certains contentieux remontent au Moyen-Age -, de la difficulté à surmonter les préjugés, la méfiance et la méconnaissance mutuelles.
Des torts partagés
Les torts, entre orthodoxes et catholiques, sont certes partagés, confie-t-il à l’agence APIC. Les orthodoxes russes se souviennent, aujourd’hui
encore, du passage des Suédois et des chevaliers Teutoniques, des grandes
batailles menées par Alexandre Nevski pour chasser l’envahisseur. C’était
au XIIIe siècle! Plus tard sont venues les tentatives d’union de Rome avec
les orthodoxes, comme l’Union de Brest (1596) et celle d’Oujgorod (1646).
Elles ne furent jamais acceptées par l’Eglise orthodoxe qui rejette toujours aussi vigoureusement l’»uniatisme».
Au XIXe siècle, quand l’empire tsariste se déploya vers l’ouest, le sort
ne fut pas plus tendre pour les catholiques uniates. Sous le régime stalinien, la «réintégration» forcée des catholiques ukrainiens de rite byzantin
dans l’Eglise orthodoxe russe en 1946 a aussi laissé sa part de rancoeurs.
Quant au fait que l’Eglise orthodoxe russe mette dans le même panier,
celui des «sectes», Eglise catholique-romaine et nouveaux mouvements religieux, le Père Theodor souligne les progrès dans ce domaine. «Cela avance
très lentement, mais la jeune génération en particulier, souvent mieux formée, est davantage ouverte à l’oecuménisme».
Et de déplorer que des groupes propagent consciemment les anciennes images d’ennemis; ils réimpriment des livres d’avant la Révolution de 1917 qui
donnent une image négative de l’Eglise catholique. Les courants anti-catholiques que l’on trouve dans les milieux nationalistes et chauvins, parfois
proches de l’Eglise orthodoxe, refusent de voir l’évolution de l’Eglise romaine depuis le Concile. «Mieux vaut fonctionner sur les vieux clichés,
pour ne pas affaiblir son argumentation!».
Plus d’un million de dollars d’aide annuelle à l’Eglise orthodoxe
En cinq ans, l’aide considérable de l’AED (plus d’un million de dollars
par an uniquement pour l’Eglise orthodoxe) a-t-elle contribué à changer
l’image des catholiques dans la société russe? Le prêtre orthodoxe néerlandais, qui a étudié la théologie à l’Académie de Leningrad, pense qu’il
ne faut pas se faire trop d’illusions: même si l’on note des développements
positifs, la Russie est un vaste pays et cela prendra du temps.
Certes, il arrive parfois que des évêques orthodoxes acceptent l’aide
financière de l’AED, puis s’empressent de critiquer l’Eglise catholiqueromaine. «C’est quand même plutôt l’exception que la règle! Jusqu’à présent, par exemple, pas un évêque n’a refusé de me recevoir». L’AED, qui ne
cache pas que l’aide à l’Eglise russe vient de donateurs catholiques, passe
d’ailleurs toujours par l’intermédiaire des évêques orthodoxes.
L’idée lancée en 1994 de financer, à hauteur de 1’000 dollars chacun des
prêtres orthodoxes et catholiques travaillant en Russie n’a pas été abandonnée, mais elle n’est plus actuelle. L’an dernier, par exemple, l’AED n’a
reçu aucune demande pour ce genre de financement. Plusieurs évêques russes
avaient souhaité que l’aide soit canalisée différemment, par exemple en finançant des projets plus ciblés. De toute façon, les évêques fixent les
priorités: aide destinée à des séminaires, à des monastères, à l’achat de
moyens didactiques, de littérature religieuse et de manuels théologiques.
Les séminaires sont pleins, on refuse du monde
Aujourd’hui, après sept décennies de persécution et de campagnes d’athéisation forcée, les séminaires orthodoxes sont pleins. «On refuse du
monde, il faut sélectionner les candidats:seul un sur trois ou quatre est
retenu!» L’intérêt à devenir prêtre – orthodoxe ou catholique – est en effet très grand dans la Russie actuelle. «C’est très positif: les candidats
sont enthousiastes et très motivés». Malgré le nombre actuel de prêtres plus de 20’000 -, l’Eglise russe manque toujours d’ouvriers pour la moisson, de nouvelles paroisses étant fondées sans cesse.
Clergé russe:de grands manques dans le domaine de la formation
Là où le bât blesse, admet le Père Theodor, c’est le domaine de la formation théologique: le clergé russe connaît de grands manques à ce niveau.
Combler toutes les lacunes prendra encore beaucoup de temps. Il n’existe
pas de statistiques nationales à ce sujet. «Dans la région de Moscou, par
exemple, on peut trouver 300 prêtres sans formation théologique». La situation s’améliore peu à peu: certains suivent désormais des cours par correspondance, d’autres sont envoyés aux études par leur évêque.
Ce manque de connaissances théologiques des prêtres rend plus difficile
le dialogue interreligieux et l’oecuménisme. «On cherche parfois à cacher
son ignorance par une attitude arrogante envers les autres. C’est pourquoi
l’amélioration de la formation est un objectif essentiel. Nombre d’évêques
considèrent la formation des prêtres comme une priorité absolue». La situation s’améliore également lentement dans le domaine de la préparation aux
sacrements. Ainsi, certaines paroisses ont mis sur pied une catéchèse pour
le baptême, alors qu’on baptisait en masse ces dernières années, souvent
sans aucune préparation. Trop de choses encore dépendent des prêtres, pas
assez nombreux pour faire face aux besoins. Ici ou là cependant, des laïcs
commencent aussi à s’engager à la base,
Amélioration des relations oecuméniques
Malgré les coups de boutoirs des milieux conservateurs, qui considèrent
qu’un russe ne peut être qu’orthodoxe, qui dénoncent le «prosélytisme» des
«missionnaires occidentaux» et qualifient les autres confessions de «sectes», les relations oecuméniques s’améliorent peu à peu dans la Fédération
russe. Le Père Theodor en veut pour preuve la poursuite de la collaboration
oecuménique dans le domaine des médias par le biais des émissions du «Canal
chrétien» à Moscou (collaboration entre l’émetteur catholique «Radio Blagovest» et Radio Sofia, la radio du Patriarcat de Moscou).
Toujours à Moscou, la Bibliothèque spirituelle – également financée en
partie par l’AED – est un autre exemple de collaboration entre orthodoxes
et catholiques. La Bibliothèque, qui cherche à s’autofinancer en vendant
des ouvrages religieux, publie tant des auteurs catholiques que des théologiens orthodoxes. Dans le même ordre d’idées, un prêtre orthodoxe, professeur à l’Académie théologique de Moscou, vient de publier une histoire de
l’Eglise catholique-romaine. Et de conclure que de telles initiatives permettent de faire peu à peu reculer les préjugés mutuels et l’incompréhension qui subsistent encore entre les deux Eglises. (apic/be)



