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apic/Eglise russe/Année saint Innocent/Relance de la mission orthodoxe

APIC – Oecuménisme

Moscou:En faisant de 1997 «l’année de saint Innocent», (240197)

l’Eglise orthodoxe russe met l’accent sur la mission

Missionnaire de l’»Amérique russe», l’Alaska

Moscou, 24janvier (APIC) L’Eglise orthodoxe russe met cette année l’accent

sur la mission. Le Synode de l’Eglise orthodoxe russe vient en effet de déclarer 1997 l’»Année de saint Innocent», qui a été l’un des missionnaires

les plus marquants de l’Eglise, et dont on fêtera le bicentenaire de la

naissance cette année. Saint Innocent fut notamment missionnaire de

l’»Amérique russe», l’Alaska, avant que ces territoires ne soient vendus

Etats-Unis en 1867.

C’est seulement la deuxième fois que l’Eglise russe consacre une année

entière à un saint; la première fois, c’était en 1992, pour marquer le 600e

anniversaire de la mort de saint Serge de Radonège, l’un des saints les

plus connus et vénérés de Russie, qui a joué un rôle crucial dans l’histoire religieuse et politique du pays.

Parmi la population russe, saint Innocent est beaucoup moins connu que

saint Serge. Mais les dirigeants de l’Eglise comptent y remédier d’ici la

fin de l’année en organisant une série de conférences théologiques et

spécialisées, de services religieux et de processions, en consacrant de

nouvelles chapelles à saint Innocent et en donnant son nom à des rues.

Au début du mois, le patriarche Alexis II et le Synode ont distribué aux

membres de l’Eglise un message spécial sur la vie de saint Innocent. «Nous

tenons à transmettre ce message pour que tout le monde soit informé de la

mission de l’Eglise orthodoxe», a déclaré le métropolite Yuvenali, l’un des

évêques les plus influents de l’Eglise, lors des célébrations marquant le

début de l’»Année de saint Innocent».

Activités missionnaires toujours controversées en Russie post-communiste

En 1977, l’Eglise orthodoxe russe et l’Eglise orthodoxe d’Amérique ont

conjointement canonisé l’»apôtre de l’Alaska», mais, dans une Russie encore

sous le joug du communisme, l’Eglise russe n’avait aucun moyen de promouvoir son nouveau saint, d’autant plus qu’Innocent était un saint missionnaire et que les activités missionnaires étaient interdites en Russie sous

le régime soviétique.

En Russie post-communiste, les activités missionnaires provoquent encore

de vives controverses. L’Eglise orthodoxe russe critique vivement les missionnaires étrangers (dont un grand nombre viennent d’Amérique du Nord) qui

sont arrivés en Russie après la libéralisation des lois en matière de religion.

Les orthodoxes de Russie, estimant que leur pays est déjà un pays chrétien, réprouvent l’activité pastorale des protestants et catholiques. Les

Eglises catholique et protestantes sont souvent qualifiées indistinctement

de «sectes» faisant du «prosélytisme» sur le terriroire canonique de

l’Eglise orthodoxe. Historiquement cependant, des fidèles catholiques et

protestants, appartenant à des minorités nationales (polonaises, lituaniennes, ukrainiennes, allemandes, lettones, estoniennes, etc.) sont présentes

sur le territoire russe depuis des siècles.

L’Eglise orthodoxe russe veut reprendre son activité missionnaire

Parallèlement, nombreux sont ceux qui, dans l’Eglise orthodoxe russe,

voudraient voir l’Eglise reprendre le rôle d’Eglise missionnaire qu’elle

avait avant le communisme. C’est dans cet esprit que l’Eglise a mis sur

pied en 1995 un nouveau Département missionnaire sous la direction de

l’évêque Ioann de Belgorod, qui est également recteur du séminaire missionnaire dans le sud de la Russie centrale.

Il ne fait aucun doute que 1997 constitue une nouvelle étape vers le rétablissement des activités missionnaires de l’Eglise russe. Selon le communiqué officiel du Synode annonçant l’Année de saint Innocent, «aujourd’hui,

alors que nous voulons rétablir la mission dans l’Eglise orthodoxe russe,

l’image de saint Innocent se dresse devant nous comme l’exemple d’une personne qui était un ’officiant de Jésus Christ auprès des païens’ (…), un

véritable apôtre qui a consacré toute sa vie à la prédication du Christ et

de l’Evangile.»

Alexander Boulekov, porte-parole de l’Eglise orthodoxe russe, a affirmé

à l’agence oecuménique ENI que les missionnaires de son Eglise n’avaient

jamais exercé leur ministère dans des pays chrétiens étrangers, et souligné

la différence entre l’oeuvre missionnaire de son Eglise en cette année consacrée à saint Innocent et les activités de missionnaires étrangers souvent

critiquées par l’Eglise orthodoxe russe. Alexander Boulekov a précisé que

l’Eglise orthodoxe russe avait envoyé des missionnaires en Sibérie, en

Alaska, en Chine et au Japon, où le Christ était alors inconnu, ainsi que

dans des pays où vivaient un grand nombre de Russes de souche. «A part cela, notre activité missionnaire a toujours été menée en coopération avec

les Eglises chrétiennes locales, a-t-il ajouté. Nous n’avons jamais envoyé

de missionnaires en Italie ou en France». (apic/eni/be)

Encadré

Né en 1797 dans la famille d’un pauvre sacristain d’un petit village de la

Sibérie orientale, Ioann Veniaminov a prononcé ses voeux monastiques sous

le nom d’Innocent et il a gravi rapidement les échelons de la hiérarchie de

l’Eglise. A l’âge de 70 ans, il a été nommé métropolite de Moscou, poste

qu’il a occupé pendant 11 ans, jusqu’à sa mort en 1879. Mais ce fut surtout

dans les régions les plus reculées de l’empire russe, notamment en «Amérique russe» (aujourd’hui l’Alaska), qu’il a exercé son ministère.

L’Alaska et les îles du Pacifique Nord, d’abord colonisés par les Russes, faisaient partie de la Russie jusqu’à la vente de ces territoires aux

Etats-Unis en 1867. Aujourd’hui, l’Eglise orthodoxe d’Amérique, qui est

l’Eglise orthodoxe d’origine russe aux Etats-Unis, fait remonter son histoire jusqu’en 1794, date de l’arrivée des premiers moines russes dans la

région. L’Eglise conserve une grande influence en Alaska, où de nombreux

autochtones sont orthodoxes.

A partir de 1823, Innocent s’est consacré, pendant dix ans, à l’enseignement de l’Evangile aux populations autochtones de l’Alaska. Il a créé

un alphabet pour l’une des langues locales, dans laquelle il a traduit

l’Evangile de saint Matthieu, un catéchisme, des prières et des cantiques.

Il a fondé également des écoles et des hôpitaux pour la population locale.

En 1840, Innocent est devenu le premier évêque du nouveau diocèse du Pacifique Nord, qui englobait de vastes territoires de l’empire russe sur deux

continents, l’Asie et l’Amérique du Nord.

Avec enthousiasme, Innocent s’est intéressé à la géographie et à l’histoire naturelle des territoires où il exerçait son ministère, et il a étudié l’anthropologie et les langues des 18 peuples qui vivaient dans la région qu’il évangélisait. Ses réalisations scientifiques lui ont valu d’être

nommé membre honoraire de la Société géographique russe et docteur honoris

causa de l’Université de Moscou. (apic/eni/be)

24 janvier 1997 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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