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apic/Eglises protestations/essais nucléaires

Les Eglises du monde mobilisées contre

la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique

La colère gronde contre la décision française

Genève, 17août(APIC) La reprise des essais nucléaires français dans le

Pacifique menace gravement la vie des hommes, l’environnement et la paix

mondiale, accusent les Eglises dans le monde. Catholiques, orthodoxes, anglicans et protestants lèvent la voix, pour dénoncer cette décision.

Depuis l’annonce faite par le président Chirac, les appels se sont multipliés, les déclarations aussi, des Eglises qui, elles aussi, disent leurs

indignations devant un tel projet vu, par la plupart de ceux qui s’expriment, comme «un crime contre les pauvres du monde entier». En signe de solidarité avec les populations menacées, les Eglises et les organisations

oecuméniques protestent contre la décision française de reprendre les essais nucléaires dans le Pacifique le mois prochain.

Ces essais nucléaires impliquent des risques «incalculables pour las habitants de la région. Cette population a déjà dû subir les conséquences des

essais nucléaires français pendant des décennies. C’est son droit de ne pas

souffrir davantage et ce ne serait pas un luxe d’éviter une exposition aux

nouveaux risques que représentent ces essais nucléaires, indique par exemple l’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD).

Les réactions des Eglises et des organisations oecuméniques sont multiples et se rejoignent dans leur but de faire arrêter ce projet. L’Eglise

évangélique de Polynésie française ayant même annoncé qu’elle allait organiser une marche pacifique le samedi 26 août et ce, dans tous les arrondissements de l’Eglise évangélique de Polynésie.

Le Secrétariat du Pacifique du Conseil oecuménique des Eglises (COE) à

Genève a publié une liste de 24 Eglises, responsables religieux et organisations chrétiennes, qui ont adressé des lettres de protestations au président français, Jacques Chirac. La liste comprend plusieurs Eglises et leurs

responsables, partout dans le monde.

Parmi les organisations d’Eglises internationales qui ont protesté contre cette décision figurent la Conférence des Eglises du Pacifique, la Conférence chrétienne d’Asie, le Conseil oecuménique des Eglises, La Fédération luthérienne mondiale, la Conférence des Eglises européennes, et l’Alliance réformée mondiale.

Le Conseil oecuménique des Eglises (COE) espère que le gouvernement

français «va entendre la voix de la raison». Les pressions – diplomatiques

et économiques – contre les essais nucléaires devraient se multiplier, déclare-t-on au siège du COE à Genève.

Une longue liste… de critiques

Le 21 juillet, en Allemagne, Pax Christi, avec le soutien de plusieurs

organisations religieuses, entre autres Aktion Suehnezeichen/Friedensdienste et des associations de femmes protestantes et catholiques romaines, ont

appelé le chancelier Helmut Kohl à adresser «ouvertement et publiquement»

des critiques au président Chirac et à lui rappeler ses «responsabilités en

matière de politique et d’environnement».

Le 26 juillet, le Réseau anglican «Justice et paix», ainsi que James H.

Ottley, observateur anglican auprès des Nations Unies à New York, ont publié une déclaration dans laquelle ils déplorent la décision du gouvernement français qui, disent-ils, «ignore tout sens commun et fait de cette

nation un paria au sein de la communauté internationale. En outre, nous

croyons que cette action est lâche dans sa pratique, car elle affecte les

vies d’habitants du Pacifique et son environnement, à des milliers de kilomètres des côtes de France».

Le 3 août, Patrick Kelly, évêque catholique romain de Salford et président du Comité pour la justice internationale et la paix de la Conférence

des évêques d’Angleterre et du Pays de Galles, a adressé une lettre ouverte

à l’ambassade de France à Londres, dans laquelle il se déclare «choqué» par

la volonté du président Jacques Chirac d’effectuer ces essais nucléaires à

tout prix et affirme que les essais nucléaires sont un «rejet lamentable»

des principes moraux et de l’enseignement catholique.

Le 4 août, l’Eglise évangélique d’Allemange (EKD) a souligné que les essais prévus en Polynésie française impliquent des risques «incalculables»

pour les habitants de la région.

Le 6 août, les évêques anglicans et catholiques romains d’Aotearoa-Nouvelle-Zélande, commémorant l’anniversaire de la tragédie d’Hiroshima, ont

appelé les membres de leurs Eglises à «se montrer solidaires de ceux qui

sont sans défense et marginalisés, et à soutenir les initiatives visant à

empêcher la production de toutes les armes de destruction… La décision du

gouvernement français de reprendre les essais nucléaires à Mururoa signifie

que le Pacifique est encore menacé par la force destructrice des armes nucléaires», écrivent-ils dans une déclaration qui a été lue dans les paroisses des deux Eglises.

Le 7 août, Ishmael Noko, secrétaire général de la Fédération luthérienne

mondiale (FLM), qui compte 122 Eglises membres dans le monde, a écrit au

président Chirac pour exprimer «la profonde inquiétude de la FLM au sujet

de sa décision de reprendre les essais nucléaires… Nous ne pouvons pas

rester muets face aux préoccupations des peuples qui vivent dans cette région du Pacifique et face à la destruction de l’environnement résultant de

ces essais. Nous condamnons également, vigoureusement, le développement et

l’entretien d’armes de destruction massive».

Le 8 août, les responsables de la Conférence chrétienne d’Asie, qui

compte plus de 120 Eglises membres, ont exprimé leur «profonde inquiétude»

devant la décision française. «Nous ne comprenons pas qu’un tel intérêt se

manifeste de nos jours, alors que les horreurs irréversibles et incalculables provoquées par les armes nucléaires ont été publiquement dénoncées

dans le monde entier», s’étonnent-ils dans une déclaration publique. «Ce

qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement le sort de nos soeurs et frères

du Pacifique – dont nous nous sentons très proches et solidaires – mais

l’avenir de la paix mondiale.» Ils ont appelé les Eglises membres de la

Conférence chrétienne d’Asie à exhorter leurs gouvernements à condamner la

décision du gouvernement français.

Le 10 août, le Conseil chrétien de Suède a écrit au président Chirac

pour exprimer «sa colère et son indignation» à l’annonce de cette nouvelle.

La lettre ajoute que la production et le développement des armes nucléaires

signifient «la mort et l’anéantissement… Ces actions rendent plus difficile le processus de désarmement et sont des obstacles à une paix véritable».

Le 12 août, dans un communiqué publié à l’issue du 111e Synode de

l’Eglise évangélique de Polynésie française, réuni à Papeete du 7 au 12

août, le Conseil supérieur de l’Eglise a exprimé «sa profonde désapprobation et son indignation» face à la décision française, et rappelé «haut et

fort son désaccord sur la théorie que seule la dissuasion atomique est le

garant d’une paix durable».

Le 15 août, les évêques du Pacifique, représentant environ 7 millions de

catholiques, protestaient contre la reprise des essais nucléaires français

dans la région. «La France commet un crime contre les pauvres du monde entier», écrivaient les évêques de 23 pays, dont l’Australie, la NouvelleZélande et la Papouasie Nouvelle-Guinée, dans une lettre publiée mardi à

Disney, en Australie. Ces évêques estiment que les immenses sommes d’argent

qu’on dépense pour les essais nucléaires pourraient être utilisées pour diminuer la pauvreté, dont 20% de la population mondiale souffre. (apic/enisp/pr)

17 août 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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