Le texte contient 82 lignes (max. 75 signes), 877 mots et 5797 signes.
apic/Enfants esclaves/Fabriquants de tapis/Code de conduite/STEP
Suisse:Lancement de la Fondation «STEP», une contribution suisse(261095)
pour améliorer les conditions dans l’industrie du tapis d’Orient
Vendeurs de tapis et oeuvres d’entraide unis contre l’esclavage des enfants
Berne, 26octobre(APIC) Près de 300’000 enfants en Inde, employés dans
l’industrie du tapis, subissent des conditions souvent proches de l’esclavage. Pour garantir sur le marché suisse des tapis d’Orient produits sans
travail forcé des enfants, jeudi à Berne, vendeurs de tapis et oeuvres
d’entraide ont lancé «STEP», la Fondation pour des conditions équitables
dans la production et le commerce de tapis. But pour 1996: 20% du chiffre
d’affaires de la branche sous contrat STEP.
Après des mois d’intense travail préparatoire et de négociations parfois
ardues avec la branche du tapis – dont le chiffre d’affaires en Suisse est
de l’ordre de 240 à 280 millions de francs -, les organisations d’entraide
et d’aide au développement Pain pour le Prochain, Caritas, Swissaid, Déclaration de Berne, Action de Carême ainsi que l’Association suisse pour un
commerce loyal du tapis d’Orient (IGOT), ont développé un concept de «commerce équitable» dans la ligne de la Fondation Max Havelaar.
Le principe est assez simple:les commerçants signataires du Code de
conduite «STEP», qui pourront utiliser son logo dans leur publicité, payeront en 1996 une redevance de 3 francs par m2 de tapis vendu. Cette taxe,
qui devra passer à 5 Fr. en 1997 et à 10 Fr. à plus long terme, pourra être
répercutée sur le prix au consommateur.
L’argent ainsi récolté – les initiateurs espèrent une rentrée minimale
de 360’000 Fr. en 1996 – permettra de financer des programmes visant l’amélioration durable de la situation socio-économique dans les régions de provenance des tapis, à savoir dans un premier temps en Inde, au Pakistan et
au Népal. La lutte contre l’exploitation des enfants sera intensifiée, en
collaboration avec les ONG locales. STEP investira dans des projets locaux
de promotion de l’artisanat et de la formation professionnelle, et dans le
développement des infrastructures scolaires, sociales et sanitaires.
Mettre sous pression les entreprises aux conditions inhumaines
L’IGOT regroupe une centaine de membres en Suisse (soit le quart du
chiffre d’affaires annuel de la branche). Jeudi à Berne, son président,
Serge Zehnter, a assuré que son organisation va instaurer des systèmes de
contrôle sérieux «permettant de mettre sous pression des entreprises de
production pratiquant des conditions de travail inhumaines». Mais, à l’instar des représentants des oeuvres d’entraide, il a reconnu que la volonté
d’amélioration mettra du temps à se concrétiser sur le terrain.
Si les firmes commerciales sont elles-mêmes responsables du respect du
Code de conduite qu’elle ont signé, la Fondation STEP met sur pied en parallèle des mécanismes de contrôle et de monitoring indépendants. En cas de
non respect du Code, les firmes coupables perdront leur licence. De plus,
l’entreprise qui signe un contrat «STEP» engage l’ensemble de sa politique
commerciale, et pas seulement un pourcentage ou un secteur: «Il s’agit d’un
label qui distingue une entreprise et pas uniquement un tapis!», a souligné
Werner Dick, administrateur de la nouvelle Fondation.
Le travail des enfants n’aide pas la famille
En Inde, cinq enfants travaillent pour le prix d’un adulte et au Népal,
le rapport est même de 7 à 1. Le travail des enfants – souvent de l’esclavage pour dettes – n’aide pourtant pas la famille à survivre, contrairement
à une opinion répandue, a déclaré à l’agence APIC l’Indien Swami Agnivesh,
président du «Bonded Liberation Front», un mouvement qui lutte contre le
travail forcé des enfants. Présentant ses quinze ans de combat pour la libération des enfants esclaves trimant dans les sordides ateliers de confection de tapis comme une lutte pour sa propre libération spirituelle, le
moine hindou (»swami») relève que les autorités politiques et l’opinion publique indiennes sont désormais conscientes du problème. Malgré tout, peu
de choses ont changé, déplore-t-il.
Le boycott n’est pas la solution
En fait, des centaines de milliers d’enfants travailleurs n’ont pas accès à l’école, contractent des maladies respiratoires dues aux fibres de
laine, dorment souvent à même le sol dans des ateliers mal éclairés et mal
aérés, souvent victimes d’abus sexuels.
Le militant indien est d’avis que des adultes peuvent faire ce travail
bien mieux que les enfants, «mais ils devraient recevoir un salaire convenable». En fait, les enfants travaillent uniquement pour leur maigre pitance. Appartenant à des familles de castes pauvres ou de tribus, ils sont
«achetés» à leurs parents par des intermédiaires pour 500 roupies, l’équivalent de 25 francs suisses; on leur promet gîte, couvert, formation professionnelle et un petit salaire.
«Les enfants esclaves ne sont que le dernier maillon de la chaîne. C’est
tout le climat social qu’il faut changer; inutile donc d’appeler au boycott
de la production de tapis ou de chercher la confrontation avec les entreprises: il faut établir un climat de confiance, car c’est finalement l’intérêt de l’économie et du pays que cessent de telles pratiques!». (apic/be)
Encadré
Pour éviter le cercle vicieux d’une enfance perdue, le «Bonded Liberation
Front» a mis sur pied, dans les Etats de l’Haryana et l’Uttar Pradesh, près
de New Dehli, 35 écoles pour les enfants travailleurs des briqueteries et
des carrières de pierre. Les enfants reçoivent un kilo de riz par jour
s’ils vont à l’école. «Les parents nous soutiennent, car ce qu’ils veulent
avant tout, c’est la sécurité alimentaire pour leurs enfants». (apic/be)




