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Suisse: Rencontre avec un ancien boursier de l’Entraide protestante
Le Premier ministre du Mozambique se souvient de son exil vaudois (200596)
Lausanne, 20mai(APIC) Pour marquer son 50e anniversaire, l’Entraide protestante suisse (EPER) a invité certains de ses anciens boursiers. Elle a
notamment reçu Pascoal Manuel Mocumbi, actuel Premier ministre du Mozambique.
A la fin des années 60, exilé en Suisse, ce militant du Front de libération du Mozambique (Frelimo) y a terminé ses études de médecine avant
d’exercer deux ans à l’hôpital de St-Loup (VD). De retour dans son pays,
appelé à de hautes charges, il a été successivement ministre de la Santé de
1980 à 1987, puis des Affaires étrangères de 1987 à 1994. Depuis la victoire du Frelimo, à l’issue des premières élections démocratiques organisées
en 1994, après 16 ans de guerre civile, il dirige le gouvernement. Au cours
de son bref séjour en Suisse, le Service de presse protestant l’a rencontré
et s’est entretenu avec lui…
Q.: Vous avez passé 8 ans en Suisse de 1967 à 1975. Quel regard portezvous sur cette époque? Etait-il facile alors de s’intégrer?
M. Mocumbi: Non, ce n’était pas facile de s’intégrer. J’étais marié,
avec un enfant. L’adaptation aux études et aux collègues plus jeunes a été
une premier défi. D’autre part, à l’époque, le contraste était assez prononcé entre la façon de vivre d’un Africain et d’un Européen, d’un Suisse
en particulier. Mais me comparant à d’autres étrangers en Suisse, j’étais
un privilégié, parce que j’avais ma famille avec moi. Le plus frappant pour
nous autres, c’était sans doute l’attitude fermée – apparemment fermée des Suisses. Difficile aussi: la curiosité à notre égard, accompagnée d’une
certaine ignorance de ce qu’est un Africain.
Après la phase d’adaptation, lorsque j’ai terminé mes études et commencé
à exercer à St-Loup, j’ai appris à pénétrer un peu plus dans l’âme du Vaudois. J’ai trouvé beaucoup de similitudes entre le paysan mozambicain et la
paysan d’ici: la suspicion, le conservatisme, c’est-à-dire la peur de prendre des risques, mais aussi une forme d’humour et une certaine facilité à
raconter des anecdotes. Au début, je ne comprenais pas ces remarques humoristiques. Lorsque j’ai compris, je répondais à l’africaine ou comme
disaient mes collègues, en faisant de l’humour noir.
Q.: De nombreuses organisations non-gouvernementales (ONG) sont aujourd’hui présentes au Mozambique. Des oeuvres d’Eglises et notamment
l’EPER soutiennent des projets de développement. Comment votre gouvernement
juge-t-il cette aide?
M. Mocumbi: Notre objectif est de permettre à tous les Mozambicains de
participer individuellement ou de façon organisée aux défis qui se posent
au pays. Mais nous sommes ouverts à une collaboration avec d’autres partenaires. Les ONG ont joué un rôle important, surtout avant l’indépendance.
La solidarité qui nous a été octroyée venait essentiellement des organisations non-gouvernementales. Depuis l’indépendance, nous bénéficions d’une
participation toujours très active des ONG.
Lorsque le Mozambique a dû faire face à des situations d’urgence en raison des calamités naturelles et humaines – la guerre qui vient de se terminer en est une – beaucoup d’ONG se sont alors manifestées. Nous en avons
recensé plus de 150. Ce nombre élevé a conduit le gouvernement à adopter
une métodologie de travail qui consiste à planifier avec les organisations
non-gouvernementales les activités à entreprendre et à évaluer les résultats.
Grâce à cette manière de faire, nous avons gagné une expérience de gestion et réussi à assurer la transparence de l’utilisation des ressources.
Cela a permis au Mozambique d’obtenir non seulement le soutien des ONG,
mais aussi des gouvernements, lorsqu’ils voyaient que leurs contributions
étaient bien utilisées. (apic/spp/pr)



