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apic/Festival de Cannes/ valeurs religieuses prisées

Cannes: Des films présentés et primés au Festival (210596)

s’ouvrent à la dimension chrétienne de l’existence

Cannes, 21mai(APIC Yvan Stern) Le cinéma renouerait-il avec les racines

chrétiennes du monde occidental? Une question que l’on peut se poser à la

fin du Festival de Cannes. La sélection officielle a programmé un bon nombre de films qui font une bonne place dans leur scénario à des valeurs qui

viennent de l’Evangile. Et plusieurs films primés confirment cet intérêt

pour le religieux.

Le cinéma s’est dès l’origine, inspiré de scènes puisées dans la Bible.

Les cinéastes ont fréquemment mis en scène curés, pasteurs, bigotes et mêmes des anges. Il n’est donc pas étonnant de retrouver, dans les personnages principaux de «Ridicule», de Patrrice Leconte, un curé intrigant à la

cour de Louis XVI, l’abbé de Vilcourt, interprêté avec talent par Bernard

Giraudeau.

Le film «Cwal», de Krzystof Zanussi, une oeuvre quasi autobiographique,

raconte l’histoire d’un enfant qui parfait son éducation en se confrontant

au système communiste en place dans la Pologne de 1950. Ici, dans le contexte de la Pologne chrétienne, la place d’une prêtre, confesseur de l’enfant, va de soi. De même l’évêque catholique visitant les prisonniers de

l’IRA en grève de la faim dans «Some Mother’s son» de Terry George. A noter

que ces personnages ne sont jamais ridiculisés ni caricaturés.

Flora Gomes, dans «Po di Sangui», décrit la longue marche, à travers le

désert, d’un peuple qui a quitté son village verdoyant à la recherche d’un

autre lieu où germera une vie plus riche. Illustration de l’Exode? Pas tout

à fait. Ce peuple ne trouvera jamais la Terre promise et il reviendra sur

ses pas. «Je n’ai pas voulu mettre en scène des passages de la Bible, confie ce cinéaste de Guinée-Bissau. Mais je suis catholique et peut-être

qu’il y a eu des réminiscences, au moment d’écrire le scénario».

Grand Prix du Jury

L’histoire de «Breaking the Waves», du danois Lars von Trier, Grand Prix

du jury, se passe dans un petit village du nord-ouest de l’Ecosse. Une

communauté très puritaine dirigée par un pasteur rigoriste applique à la

lettre les préceptes évangéliques. Une jeune fille de la communauté, Bess,

contre l’avis de tous, décide de se marier avec Jan, un beau jeune homme

athlétique qui n’est pas de la région. Il a parcouru le monde et travaille

au large sur une plate-forme pétrolière. Entre la passion amoureuse de la

jeune femme, fragilisée par son éducation austère, il y a un énorme fossé

qui aboutira peu à peu à la folie; surtout quand Jan sera victime d’un accident qui le paralyse totalement et qu’il demande à Bess d’aller avec

d’autres hommes pour assouvir sa soif d’amour…

Lars von Trier s’attache moins à décrire les outrances d’un rigorisme

religieux que des déviances d’une passion si forte, qui sous le couvert de

l’amour, conduit à la destruction des personnes. Cette démarche est décrite

dans une mise en scène «coup de poing» due à l’utilisation d’une caméra

portable qui colle, durant tout le film, aux deux personnages principaux.

Rencontre difficile puis émouvante entre une fille et sa mère

Dans «Secrets et mensonges», Palme d’or du Festival de Cannes et Prix du

jury oecuménique, l’Anglais Mike Leigh raconte de manière plus classique

l’histoire d’une rencontre. Celle d’une jeune femme, adoptée à sa naissance

et de sa vraie mère. Deux personnages que tout sépare: le niveau social (la

fille finit un doctorat, la mère genre sous-prolétaire, pas gâtée par la

vie), leur vision divergente du monde, et même la couleur de leur peau. Il

y a d’abord le choc de la découverte, mais qui ne fait ni l’essentiel, ni

l’intérêt du film. Mike Leigh décrit, avec tact, humour et vérité, l’histoire d’une réconciliation, d’un pardon.

Avec, comme interprète principal, Nanni Moretti, Mimmo Calopresti parle

dans «la seconda Volta», d’un pardon impossible. Victime d’un attentat de

groupuscules des Brigades rouges, douze ans plus tôt, Alberto rencontre

dans la rue celle qui avait tenté de l’abattre et qui, après une dizaine

d’années de prison, continue de purger sa peine en semi-liberté. Alberto,

honorable professeur d’université, n’a pas pardonné. Il est révolté de voir

Lisa vivre une partie de la journée libre et fera tout pour la détruire.

Deux films qui renouvellent le genre «bons contre mauvais» avec châtiments

pour les seconds. (apic/ys/ba)

Encadré

L’oeuvre de Kieslovski vivra encore

Sous l’égide du jury oecuménique, le Festival de Cannes a rendu hommage à

la mémoire du cinéaste polonais Krzysztof Kieslovski, récemment disparu.

Une table ronde a réuni divers spécialistes de l’oeuvre de ce cinéaste

souvent récompensé dans les festivals mais pas toujours compris.

«Cinéaste de l’inquiétude morale», comme l’a caractérisé le Père Ambros Eichenberger, président du jury oecuménique, Kieslovski a suivi l’école de

Lodz qui a formé d’autres grands noms du cinéma. D’abord documentariste, il

a réalisé des films de fiction pour mieux parler de l’homme et de ses déchirements. Cinéaste religieux? «J’ai fait dix films sur notre temps»,

avait-il déclaré en parlant du «Décalogue». C’est par péricope, par parabole qu’il décrit un monde incompréhensible sans Dieu.

Pour Jacques Lefur, professeur de théologie à Aix-en-Provence, Kieslovski est d’abord, comme tout artiste, un regard qui montre au commun des

mortels ce qu’ils ne voient pas. L’intérêt de Kieslovski est aussi toute

l’aventure humaine, surtout dans ses composantes politiques et sociales. A

partir de quelques images du quotidien, ce cinéaste montre la profondeur de

la vie et le mystère des êtres qui ne grandissent que dans leur relation à

l’autre.

Jean Domon, ancien responsable des émissions protestantes de la TV française, relève l’absence de manichéisme dans les films de Kieslovski. Du

temps du régime communiste, un réalisateur devait déjà employer les périphrases pour ouvrir les yeux de ses concitoyens. Kieslovski continue à utiliser des paraboles pour nous inviter à nous questionner. Son regard devient subversif. Par Krzyszof Piesiewicz, scénariste de la trilogie «Trois

couleurs: Bleu, Blanc et Rouge» et membre du Jury international au Festival

de Cannes 96, on a appris que Kieslovski préparait, avant sa mort, une nouvelle trilogie dont les titres étaient «Enfer», «Purgatoire» et «Paradis».

Les scénarios sont suffisamment avancés pour qu’un tournage puisse avoir

lieu. L’oeuvre du grand cinéaste polonais vivra encore. (apic/ys/ba)

21 mai 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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