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APIC – Dossier

Fête-Dieu: Une histoire de 750 ans commencée à Liège

Deux religieuses en sont à l’origine (040696)

Liège, 4juin(APIC) Officiellement nommée aujourd’hui la Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, la Fête-Dieu, qui sera célébrée jeudi, remonte à l’an 1246. On fête cette année son 750e anniversaire. En particulier du côté de Liège, en Belgique, où elle fut pour la première fois

célébrée. A l’origine: deux religieuses de Liège qui deviendront par la

suite sainte Julienne de Cornillon et la bienheureuse Eve de Saint-Martin.

Historique de la Fête-Dieu.

C’est le dimanche 4 février, dans la collégiale de Fosses-la-Ville, au

sud-ouest de Namur, que s’est déroulée la première manifestation de l’année

jubilaire de la Fête-Dieu. Juste retour des choses, puisque Fosses fut la

première ville à célébrer, dans des circonstances un peu particulières, la

fête du Corps et du Sang du Christ, instituée à Liège en 1246 par l’évêque

Robert de Thourotte.

La publication du mandement épiscopal instituant la Fête-Dieu pour toutes les églises du diocèse de Liège est l’aboutissement d’une longue procédure. A l’origine de l’affaire, des visions de Julienne de Cornillon dans

les années 1210. Des visions répétées mais toujours identiques: le disque

de la lune avec une fraction manquante. Des visions que la jeune femme (elle est née en 1192 ou 93) mettra des années à interpréter: la lune représente l’Eglise à qui il manque une fête en l’honneur de l’Eucharistie.

Résistance du clergé

C’est encouragée par un clergé influent et savant, Jean de Lausanne,

alors chanoine de St-Martin, des dominicains dont le provincial Hugues de

St-Cher, l’évêque de Cambrai et l’archidiacre liégeois Jacques Pantaléon de

Troyes, que Julienne de Cornillon entreprend, avec le Frère Jean, la rédaction de l’Office de la Fête-Dieu.

Mais il faut attendre l’accord de l’évêque Robert de Thourotte, venu

rencontrer Julienne plusieurs fois à Cornillon. L’évêque sait que cette fête rencontrera la résistance d’une bonne partie du clergé – «encore des

prestations supplémentaires!» -, des artisans et commerçants – un jour chômé en plus ! – et des agriculteurs – et si la fête tombe pendant la fenaison ? -.

A Cornillon, dont Julienne est devenue prieure vers 1230, le jeune clerc

Jean compose avec elle un office liturgique pour la solennité. Arrivé à

Liège le 26 décembre 1240, l’évêque Robert de Thourotte va se laisser convaincre. A son retour du Concile oecuménique de Lyon (juin-juillet 1245),

Robert de Thourotte cède: il promulgue un décret pour qu’une solennité en

l’honneur de l’Eucharistie soit célébrée le jeudi qui suit l’octave de la

Trinité. Quelques mois plus tard, il meurt à Fosses (près de Namur). Sur

son lit de mort, il ordonne aux chanoines de chanter l’Office de la FêteDieu, probablement pour la première fois dans l’histoire: c’était le 16 octobre 1246.

La mort de l’évêque a pour conséquence immédiate que son mandement épiscopal reste sans suivi, si ce n’est l’opposition contre Julienne, qui pousse celle-ci à l’exil en 1247. Hugues de Saint Cher, un des théologiens consultés par Jean de Lausanne, est nommé cardinal et envoyé à Liège comme légat. Il reprend l’idée de Julienne, permet de célébrer la Fête-Dieu à

Saint-Martin dès 1251, et la rend obligatoire dans tout l’empire en 1252.

Le légat parti, les chanoines de Liège demeurent toutefois impassibles

et rien n’est encore réalisé à la mort de Julienne en 1258. Il faudra qu’un

des autres théologiens consultés par Julienne et Eve, Jacques Pantaléon,

devienne pape sous le nom d’Urbain IV pour qu’enfin, en 1264, il promulgue

l’instauration de la Fête du Corps et du Sang du Christ, le jeudi après

l’octave de la Fête de la Pentecôte.

La bulle du pape Urbain IV

Le pape Urbain IV étendra la fête à l’Eglise universelle en août 1264,

par la bulle «Transiturus», après des rebondissements qui font partie d’un

autre chapitre de l’histoire. Mais Fosses a dès 1256 le privilège d’accueillir Julienne pour les dernières années de sa vie. La sainte liégeoise

y est rejointe par Ermentrude, qui a quitté Liège après la mort d’Isabelle

et du frère de Jean.

Julienne aurait aimé revoir avant de mourir son meilleur allié, Jean de

Lausanne, le chanoine de Saint-Martin, qui l’a soutenue dans son oeuvre.

Les troubles qui, depuis 1254, désolent Liège puis Namur, empêchent ce déplacement. Julienne meurt à Fosses des suites d’une maladie de gorge le 5

avril 1252. Elle sera enterrée à l’abbaye de Villers.

Du Valais au Jura, en passant par Fribourg

On dit aussi que saint Thomas d’Aquin lui-même avait rédigé les textes

de la messe de cette fête, dont la célébration fut effective dans toute la

chrétienté d’Occident au cours du XIVe siècle. Aujourd’hui, si le jour

n’est pas chômé, la fête est reportée au dimanche qui suit la Sainte-Trinité. C’est le cas de la France et, en Suisse, dans les cantons de Genève,

Vaud et Neuchâtel. Dans les cantons de Fribourg, Valais et Jura, on la célèbre le jeudi, comme il se doit.

Rapidement apparut l’habitude, le jour de la Fête-Dieu, après la messe,

de faire une procession du Saint-Sacrement. Et comme le clergé voulait montrer ce Saint-Sacrement aux fidèles pendant cette procession, il eut l’idée

de placer des hosties dans des monstrances de reliquaires. Ce furent les

premiers ostensoirs. Et pour bien montrer la grandeur de ce sacrement, le

prêtre porteur du Saint-Sacrement au cours de la procession est généralement placé sous un dais.

Paradoxalement, le pays qui fut à l’origine de la fête ne la célèbre

plus comme autrefois. La dernière Fête-Dieu avec procession du Saint-Sacrement et toute sa splendeur eut lieu pour la dernière fois à Liège en 1946.

En Valais, à Fribourg et dans le Jura, notamment, il en va autrement. La

Fête-Dieu est un événement ponctué par des processions un peu partout dans

les paroisses.

La fête est également en beaucoup d’endroits l’occasion pour des sociétés de musique, des groupes divers, des anciens de la garde pontificale,

des premiers communiants, des enfants des écoles et autres de participer à

la procession. En fait, chaque région a ses traditions. Un jeune étudiant

confiait un jour à propos de la Fête-Dieu dans le Val d’Anniviers, en Valais: «Je ne vais pas souvent à la messe, mais ce jour-là, je ne voudrais

la rater pour rien au monde. C’est la fête de tout le village. C’est vraiment la Fête-Dieu». (apic/cip/id/pr)

4 juin 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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