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apic/France/ Abbé Pierre / Shoah

Paris: Le Père B. Dupuy dénonce (030596)

«l’insupportable connivence» de l’Abbé Pierre

La déclaration romaine sur la Shoah lèvera les ambiguïtés

Paris, 3mai(APIC) La déclaration sur la Shoah de la Commission du Vatican

pour les rapports avec le Judaïsme, en préparation depuis longtemps, lèvera

les ambiguïtés soulevées lors de la polémique née du soutien de l’Abbé

Pierre aux thèses révisionnistes de Roger Garaudy. C’est ce qu’annonce jeudi dans «La Croix» le Père Bernard Dupuy, dominicain. Directeur du centre

oecuménique «Istina» et consulteur de la Commission du Vatican B. Dupuy

«supplie l’Abbé Pierre de s’arracher à cette «insupportable connivence».

Pour Bernard Dupuy, les propos de l’Abbé Pierre «risquent, une fois la

stupeur passée et l’effervescence médiatique retombée, de laisser une trace

durable», parce que «des paroles offensantes, irréfléchies, ont été prononcées». Pour le dominicain, l’Abbé Pierre s’est laissé endoctriner. «Cet

égarement n’est sans doute pas son dernier mot, dit-il. Je crois qu’il se

reprendra. Mais il restera un point sensible. Il y a trois ans déjà, il a

adressé des critiques à la politique israélienne, à l’Etat juif, à ses amis

juifs eux-mêmes. Il veut pouvoir les exprimer, et a le sentiment d’en être

empêché. Il faut lui dire qu’il ne l’est pas et, en tout cas, il en aura

moins l’impression s’il se garde de tout ce mimétisme à l’égard des propos

négationnistes.»

Une réflexion déjà entamée

Le P. Dupuy s’insurge quand l’Abbé Pierre dit que les juifs ont «manqué

leurs promesses depuis Moïse». C’est, dit-il, contredire saint Paul, qui

dit «qu’à eux appartiennent l’adoption, les alliances, les promesses». «Il

y a dans la Bible, y compris dans le Nouveau Testament, relève-t-il, des

avertissements prophétiques. L’alliance est toujours conditionnelle, mais

nulle part il n’y a un décret de caducité.

Le dominicain s’insurge encore quand le fondateur d’Emmaüs dit qu’il

voit le peuple juif replié sur lui-même depuis Constantin: «Le peuple juif

est-il lui-même le responsable d’un tel repli, ou bien ne serait-ce pas

l’empire chrétien qui l’aurait imposé? L’Abbé Pierre semble en décider et

ne paraît pas se douter que ce problème est une grave question adressée aux

historiens et aux chrétiens eux-mêmes.»

B. Dupuy souligne que la réflexion n’a pas attendu Garaudy et qu’elle ne

sera pas résolue par la conférence publique et contradictoire, sans avoir

pris connaissance de la réflexion qui a déjà eu lieu. «Il y a encore tant

de questions pendantes dans le rapport entre juifs et chrétiens. Qu’on

laisse le temps et la mémoire faire leur oeuvre, dit-il, en songeant à

l’insondable souffrance que les juifs éprouvent toujours en faisant mémoire

de la génération si proche encore de leurs disparus.»

Pour le P. Dupuy, il ne fait aucun doute que la future déclaration de la

Commission vaticane lèvera les ambiguïtés soulevées par la polémique.

L’élaboration de ce document est longue, précisément en raison de l’ampleur

des problèmes historiques et éthiques en cause. «La Shoah a jeté une ombre

sur la terre et ses conséquences sur le monde présent sont d’une profondeur

insoupçonnable», relève-t-il. Mais les Eglises, et l’Eglise catholique en

particulier, ont déjà clairement pris position et leurs déclarations, même

si elles sont encore partielles, existent.

L’expert du Vatican pour le judaïsme donne un seul exemple: dans sa lettre de soutien rendue publique par Garaudy, l’Abbé Pierre dit que les juifs

sont infidèles aux promesses qu’ils ont reçues. Mais le Vendredi Saint, la

nouvelle prière de l’Eglise pour les juifs s’exprime ainsi: «Dieu éternel

et tout-puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire

les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier

peuple de l’Alliance, comme ton Eglise t’en supplie.» «Je suis certain,

conclut le P. Dupuy, que l’Abbé Pierre prononce cette invocation le jour du

Vendredi Saint. Je le supplie que, par-delà ses propos, il nous apporte la

confirmation sans hésiter, et sans attendre l’approbation de Roger Garaudy.» (apic/cip/cx)

3 mai 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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