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apic/France/assemblée de l’épiscopat/discours de clôture de Mgr Duval/
Lourdes: Clôture de l’Assemblée plénière de l’épiscopat français(121195)
L’avenir de Mgr Gaillot demeure la préoccupation des évêques
Lourdes, 12 novembre(APIC) «L’avenir de Mgr Jacques Gaillot demeure notre
préoccupation, au titre de la solidarité entre évêques et de l’amitié», a
déclaré Mgr Joseph Duval, président de la Conférence des évêques de France,
à l’issue de l’Assemblée plénière des évêques français qui s’est tenue à
Lourdes du 4 au 10 novembre 1995. Mgr Duval a dit à cette occasion: «Nous
prenons notre part de son épreuve et prions pour que les chrétiens d’Evreux
ne cèdent pas au découragement».
Les évêques français réunis dans la cité mariale se sont en outre inquiétés de la fracture sociale qui s’amplifie dans la société française et
des dangers de repli sur le nationalisme, sentiment encore avivé par les
attentats terroristes qui renforcent une suspicion à l’égard de l’islam déjà fort ancrée dans la population. «Depuis dix ans, au moins, cette crainte
de ce que certains nomment abusivement ’guerre de religion’ paralyse la réflexion, nous enferme dans le cycle des suspicions et pourrait conduire à
la vengeance».
Non à la privatisation de la foi et à l’individualisme
Déplorant la privatisation de la foi, «expression de l’individualisme de
la société actuelle», Mgr Duval a appelé à la solidarité de l’Eglise avec
ceux qui connaissent l’exclusion, les détresses et toutes formes de précarités. «La foi ne se contente pas de sartisfaire un sentiment religieux
privé, où cependant aujourd’hui bien des personnes aimeraient l’enfermer.
Nous ne pouvons abandonner le tissu national aux tensions antagonistes de
l’individualisme résigné ou de solidarités corporatistes», a-t-il lancé, en
appelant à «refonder les raisons d’être ensemble dans un pays de libertés
et de responsabilités communautaires».
L’écart se creuse entre riches et pauvres
La foi se vit au service des hommes et de la société. Mgr Duval s’est
inquiété d’»une lassitude certaine chez beaucoup de personnes fatiguées
d’entendre citer des situations injustes et, à plus forte raison, devant
leur utilisation médiatique», tandis que «l’écart se creuse de plus en plus
entre l’augmentation des richesses des uns et la diminution des revenus
d’une autre partie de la population».
«France, que fais-tu de ta jeunesse?»
«Nous ne pouvons à la fois déplorer les fractures sociales et en même
temps, laisser nos instances nationales d’éducation, de protection sociale
ou d’emploi, se déliter dans l’individualisme ou l’insignifiance», a-t-il
encore constaté. Rappelant que «la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres», Mgr Duval constate qu’en France, parmi les jeunes en situation de
travailler, le taux de chômage est deux fois et demi supérieur à celui de
leurs aînés, au point que certains d’entre eux n’ont pas l’argent nécessaire pour se marier.
Chaque année, près de 100’000 jeunes arrivent sur le marché du travail
sans le diplôme qui pourrait leur ouvrir un emploi. Actuellement, un dossier sur cinq traité par le Secours Catholique concerne un jeune de moins
de 25 ans. Parmi les Sans Domicile Fixe, on estime à 17’000 le nombre des
jeunes. «France, que fais-tu de ta jeunesse?», s’est alors écrié Mgr Duval.
Mgr Duval a aussi fait le point sur d’autres dossiers à l’ordre du jour
de cette assemblée plénière, à commencer par «L’Eglise en France vers l’an
2000». Les évêques ont ouvert leur assemblée par un temps prolongé de partage sur les questions au sujet desquelles ils ont été interpellés par de
nombreux chrétiens, «au premier rang desquels les plus engagés dans l’Eglise», a précisé Mgr Duval.
S’engager sur la voie de la conversion
Face à des attentes «parfois contradictoires», les évêques ont reconnu
qu’ils devaient s’engager sur la voie de la conversion. Elle se traduira
notamment par une plus grande présence à ceux qui connaissent l’exclusion
et la pauvreté, avec le souci de «faire avec» et pas seulement de «faire
pour»; par le souci de «mieux articuler la parole qui dit la grâce et celle
qui rappelle la loi»; par des investissements dans la communication, pour
dire «non une parole qui plaît, mais la Parole confiée à l’Eglise et qui
fait vivre»; par une attention particulière aux jeunes…
Plus de mille diacres permanents en France
Après avoir mis en exergue le rôle privilégié que jouent les prêtres,
dont la situation est aujourd’hui difficile (diminution des effectifs, surcharges, difficultés d’adaptation, terrains d’évangélisation difficiles),
Mgr Duval a évoqué l’avenir du ministère des diacres, qui sont plus de mille aujourd’hui, trente ans après que les évêques de France prenaient la décision de rétablir le diaconat permanent. Le président de la Conférence
épiscopale s’est réjoui du renouveau du diaconat en France.
Pas de diacres sans prêtres, a-t-il dit, mais aussi «pas de prêtres sans
diacres», dont la présence dans un diocèse «fait bouger tous les ministères, toutes les responsabilités, toutes les organisations, voire les structures». Les évêques français tiennent à redire leur soutien aux diacres qui ravivent dans l’Eglise le ministère de l’écoute et de l’attention par
leur proximité avec des personnes marquées par la misère ou l’exclusion ainsi qu’à leurs épouses et leurs enfants.
Proposer la foi dans la société actuelle
Le rapport intitulé «Proposer la foi dans la société actuelle», publié
l’an dernier, se voulait un acte de confiance. L’appel des évêques a été
entendu. Les évêques, qui disposent désormais de toutes les contributions,
ont recueilli ces témoignages de la foi vécue, qui, a signalé Mgr Duval,
«expriment parfois des souffrances, des déceptions, des critiques à l’égard
de l’Eglise, d’autant plus que ces paroles ont coïncidé avec la crise provoquée par la décision concernant Mgr Gaillot», mais aussi, «même à travers
ces critiques, c’est un fort attachement à l’Evangile du Christ et à la
mission évangélisatrice de l’Eglise qui s’affirme».
Cette démarche de discernement et d’échanges sera poursuivie. Mgr Duval
a situé ce travail dans une perspective ecclésiale d’ensemble: il est une
réponse à l’appel du pape Jean-Paul II en vue du Jubilé de l’an 2000, qui a
un objectif prioritaire, à savoir «le renforcement de la foi et du témoignage des chrétiens».
L’Eglise du nouveau seuil
Mgr Duval a encore évoqué le débat qui s’est instauré en France sur
l’identité nationale – débat d’une urgence exceptionnelle, a-t-il constaté,
quand le terrorisme fait planer la menace permanente d’attentats -; la
priorité à la jeunesse (les évêques se retrouveront à Paris en avril prochain pour traiter de la proposition de la foi aux jeunes); et la visite à
Lourdes du Patriarche oecuménique Bartholomée, un «signe d’espérance».
Mgr Duval conclu par un message d’espoir. En effet, même si la tentation
peut être de se laisser aller à la morosité ou au repli inquiet, personnel
ou institutionnel, en raison de la dureté de certains conflits ou de la
disproportion de leurs conséquences, «du creux même de la difficulté», il
est plus que jamais nécessaire de regarder vers «l’en haut et l’en avant»,
«avec une confiance intacte en nos capacités d’être l’Eglise du nouveau
seuil, dans un monde en mutation forte et contrastée.» (apic/com/be)




