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France: L’épiscopat refuse l’imprimatur(071096)

à la Bible des Communautés Chrétiennes»

Paris, 7octobre (APIC) Epilogue d’une douloureuse controverse qui dure depuis bientôt deux ans: l’Eglise de France a refusé d’accorder l’»imprimatur» pour la troisième édition de la «Bible des Communautés Chrétiennes»

(BCC). La Commission doctrinale de l’épiscopat français vient de faire savoir dans un communiqué signé par son président, le cardinal Pierre Eyt,

archevêque de Bordeaux.

Rappelons que la BCC est le fruit de l’expérience missionnaire de deux

frères, les Pères Bernard et Louis Hurault, l’un dans les bidonvilles du

Chili, l’autre depuis 40 ans en milieu populaire de la banlieue parisienne.

La première édition de la «Bible latino-espagnole» a été vendue à des millions d’exemplaires en Amérique du Sud. La BCC, son adaptation française,

avait d’abord reçu l’»imprimatur» de Mgr Thomas, évêque de Versailles, qui

l’avait ensuite retiré (il avait en fait été accordé hors des normes canoniques).

Sa diffusion (les 40.000 premiers exemplaires avaient été écoulés en

trois mois) n’en avait pas moins été poursuivie par les éditeurs malgré les

réserves émises par les exégètes catholiques et par les artisans du dialogue judéo-chrétien, et contre la volonté du Vatican.

La demande d’imprimatur émanait des abbés Bernard et Louis Hurault, qui

ont communiqué à la Commission doctrinale, compétente en la matière, les

introductions, les traductions et notes constituant le projet de la troisième édition, comme le prévoit le code de droit canonique.

Face à cette demande – qui est indépendante du procès civil devant le

Tribunal de Grande Instance de Paris, précise le communiqué -, la Commission doctrinale a demandé à plusieurs exégètes catholiques reconnus de procéder à une étude complète de la deuxième édition de la BBC, ainsi que des

corrections proposées par les auteurs pour une troisième édition. C’est

l’étude des avis présentés par ces experts qui a amené la Commission doctrinale à refuser l’imprimatur pour la troisième édition.

Des positions discutables

Au bref communiqué, publié par le bulletin SNOP de la Conférence des

évêques de France, est joint un texte de trois pages serrées motivant par

quelques exemples les refus de «nihil obstat» des exégètes. Pour expliquer

que «les auteurs n’ont pas voulu faire une nouvelle édition scientifique de

la Bible», mais que cette «Bible pastorale», dans ses introductions, ses

notes et ses traductions, prend «des positions discutables».

Cela concerne le Canon des Ecritures (l’ordre suivi pour les livres de

l’Ancien Testament «s’écarte et du canon juif, et du canon grec, et du Canon des textes conciliaires»), ainsi que les «approximations» sur l’histoire de l’Eglise et son insertion «dans le monde». Une dizaine de remarques

portent sur la traduction de l’épître aux Philippiens (2,5-9). Des sondages

à travers quelques thèmes font apparaître d’autres lacunes.

Un parti-pris de dire autre chose

Plutôt que de multiplier les exemples, la note cite quelques extraits

d’un expert au sujet des traductions du Nouveau testament. «On y trouve manifestement, relève-t-il entre autres, un parti-pris de dire autre chose

que les autres traducteurs, de «changer pour changer», et presque toujours

une manière qui «viole» le texte original grec, en donnant dans presque

chaque verset un «coup de pouce» à l’original. On peut trouver sympathique

cette passion pour «rajeunir» le texte biblique, pour faire choc, et avec

l’intention de le rendre plus accessible, mais souvent ce qui est nouveau

n’est pas exact !»

L’exégète, qui parle ainsi d’»hérésie christologique» à propos de Ph 2,

6-7), ajoute plus loin: «On ne peut demander quelques corrections: c’est

toute la philosophie de cette traduction qu’il faudrait revoir».

La note de la Commission doctrinale conclut pour sa part: «Avec l’Eglise, nous refusons les assimilations entre les contemporains de la rédaction

des textes bibliques et nos propres contemporains, entre des chrétiens

«pratiquants» d’aujourd’hui et les Pharisiens de l’Evangile, entre les savants qui auraient droit à l’accès direct aux texte original et le milieu

populaire qu’on risquerait de mépriser en ne lui permettant qu’une approche

approximative de la Vérité révélée ou en risquant de le tromper par des

faux sens plus au moins volontaires».

Une dévalorisation du judaïsme

Concernant la présentation du judaïsme, la Commission doctrinale déplore

«une conception simpliste de la prédiction par l’Ancien Testament des événements du Nouveau» et le fait que «la religion d’Israël sert de repoussoir

à l’Evangile ou à l’Eglise». Une «dévalorisation» que connotent des expressions comme peuple ou mentalité «primitifs», observe la Commission. Du reste, les corrections de la deuxième édition «n’ont pas évacué tous les éléments antisémites des notes». (apic/cip/snop/pr)

7 octobre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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