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France: Le Centre Lebret redéfinit ses priorités (070295)
Inspirateur de l’encyclique «Populorum progressio»
Un laboratoire pour de nouveaux modèles
Paris, 7février(APIC/CIP) Le Centre Lebret, dont le fondateur, le Père
dominicain Louis Lebret fut l’inspirateur de la fameuse encyclique de Paul
VI sur le développement «Populorum progressio» (1967), a-t-il encore un
sens aujourd’hui? La question peut paraître provocatrice. Les responsables
du Centre eux-mêmes se la sont pourtant posée, estimant ne plus pouvoir
faire l’économie d’une interrogation fondamentale quand l’exclusion est à
nos portes.
Le Genevois Eric Sottas, son président, interpelle les amis du Centre,
fondé par un dominicain breton, Louis-Joseph Lebret (1897-1966), pionnier
de la prise en considération des problèmes du développement. La prise de
conscience naît au lendemain de la Libération: alors que la paix retrouvée
a permis d’entreprendre un vaste programme de modernisation qui fournit des
centaines de milliers d’emplois, durant l’hiver 54, des femmes, des hommes
et même des enfants meurent dans les rues de Paris faute de disposer d’un
minimum vital.
Le scandale provoque des réactions diverses et complémentaires, dont
celles de l’Abbé Pierre et du Père Lebret. Ce dernier, qui a déjà fondé la
revue «Economie et Humanisme» (1942), va créer ensuite l’Institut de Recherche et de Formation (IRFED) et le centre qui porte son nom, cherchant à
mettre à nu les mécanismes pervers d’une croissance génératrice, pour certains, de misère.
Les travaux du P. Lebret (en France, mais aussi au Sénégal, en Colombie,
au Brésil, au Vietnam…) nourrissent une réflexion, tant sur le plan théologique que sociologique et économique, qui va donc contribuer grandement à
la lumineuse encyclique de Paul VI sur le développement des peuples.
Quatre décennies pour rien ?
Aujourd’hui, les responsables du Centre Lebret s’interrogent: «Quatre
décennies pour rien ?». Car alors que la guerre froide, qui engloutissait
une part importante des ressources des superpuissances, n’est plus qu’un
souvenir et que de nouvelles technologies permettent de démultiplier la
productivité, des centaines de milliers d’exclus errent à nouveaux dans les
grands centres urbains du monde industrialisé. L’effondrement de l’ancien
empire soviétique a révélé des tensions sociales, ethniques et politiques
qui ont débouché sur des guerres que nul ne sait comment enrayer.
Enfin, observe Eric Sottas, «les espoirs soulevés par la décolonisation
des années 60 et 70 ont peu à peu fait place à des affrontements d’une violence inouïe (comme au Rwanda, en Somalie ou au Liberia), à des problèmes
sociaux sans précédent et à un effondrement des valeurs culturelles». Ces
catastrophes ont suscité un immense et indispensable effort humanitaire.
Indispensable mais insuffisant, estime E. Sottas, quand certains se demandent si l’avenir du monde et le devenir de notre société est encore «lisible» et contrôlable ou si nous sommes «contraints de vivre une histoire
dont nous avons entretenu l’illusion qu’elle avait un sens».
De nouveaux horizons
Depuis sa fondation et grâce à son premier directeur, Vincent Cosmao, le
Centre Lebret s’est donné pour tâche de communiquer des réflexions sur la
foi et le développement inspirées par les intuitions du P. Lebret. Ses
présidents successifs, le Père Marie-Dominique Chenu, Christian Bompard, le
Père Vincent Cosmao et André Schafter se sont efforcés, à une époque où les
termes «Foi et Développement» se banalisaient, de mettre en évidence
l’originalité de la démarche «lebretienne». C’est ce pari sur l’avenir que
vient de faire le conseil d’administration du Centre Lebret, en étant
conscient de prendre un certain risque. Celui, tout d’abord, de faire
appel, malgré des finances chancelantes, à un nouveau directeur, Sergio
Regazzoni, que son expérience à la JOC et au CCFD (Centre catholique contre
la faim et pour le développement) préparait à une telle fonction; le
risque, ensuite, de proposer certains programmes de travail pour les années
à venir.
Parmi les questions que le Centre Lebret se propose d’aborder figurent
notamment: Aménagement des territoires, développement local, développement
humain; Instruments de l’économie sociale; Rôle du non-gouvernemental dans
le développement; Cultures, idéologies, religions, mouvements sociaux; La
(les) clause(s) sociale(s): nouveaux dialogue entre le «premier monde»,
«les dragons» et le «monde abandonné».
A travers ces tentatives pour appréhender, dans le concret de l’action,
le devenir social de nos sociétés, les responsables du Centre rejoignent
l’ambition d’un Louis-Joseph Lebret et de ceux qui, avec lui, ont forgé les
instruments d’une éthique et d’une théologie du développement. (apic/cipbe)



