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France: Climat tendu avant l’arrivée de Jean Paul II (090996)

Montée des extrémismes et multiplication des incidents

Paris, 9septembre(APIC) Bombe placée dans la basilique de Saint-Laurentsur-Sèvre, tartes à la crème lancées sur les célébrants à Nantes,

manifestation à Paris le 22 septembre contre le «retour de l’ordre moral»,

mouvement de «débaptisation», débat sur l’oppportunité de commémorer le

baptême de Clovis,… le voyage de Jean Paul II en France, du 19 au 22

septembre, s’inscrit dans un contexte difficile. Aucun des quatre

précédents déplacements du pape dans l’Hexagone n’avait suscité de telles

réactions. Analyse et commentaires sur ce voyage qui entretient aussi une

polémique entre la droite et la gauche, entre catholiques et

libres-penseurs sur la laïcité de l’Etat français.

Tartes à la crème et bombe

Dimanche 8 septembre, un commando d’une dizaine de personnes a perturbé

la messe dominicale célébrée en la cathédrale de Nantes. Bousculant les

célébrants, il a lancé des tartes à la crème sur les prêtres et des

préservatifs remplis d’eau en direction des fidèles. La messe été

interrompue pendant une dizaine de minutes. Interrogé par l’APIC, le Père

Henri Civel, curé de la cathédrale, présent au moment des faits, explique

que les fidèles sont «scandalisés et choqués» par cette action. De son

côté, l’abbé Bernard Charrier, administrateur diocésain de Nantes,

reconnaît, dans un communiqué de presse, «la liberté de penser et

d’exprimer sa différence, mais dans le respect des autres groupes et des

autres personnes». Pour l’abbé Charrier, «une telle manifestation

d’irrespect et d’intolérance est insensée et inadmissible».

Cette action n’est pas isolée. Elle est à mettre en lien avec la

découverte d’un engin explosif le 3 septembre dans la basilique de

Saint-Laurent-sur-Sèvre, haut-lieu montfortain que Jean Paul II visitera le

19 septembre prochain. Mgr François Garnier, évêque du diocèse de Luçon,

dont dépend l’endroit, accuse, dans un communiqué de presse, «tous ceux

qui, depuis des mois, tiennent des propos malveillants à l’égard de

l’Eglise catholique et de Jean Paul II».

Le curé de Saint-Laurent-sur-Sèvre, le Père Michel Simonnet, interrogé

par l’APIC, avait également fustigé le rôle des médias coupables, à ses

yeux, de désinformation: «Des chiffres totalement fantaisistes circulent

dans la presse à propos des dépenses engendrées par la visite du pape».

Certains «esprits faibles» influencés par ce mouvement hostile à Jean Paul

II en arriveraient, selon le curé de Saint-Laurent, à des extrémités

répréhensibles.

Contexte général hostile

Ces événements ne sont pas sans rapport avec la prochaine venue du pape

dans l’Hexagone. Les membres du commando n’ont-ils pas assorti leurs jets

de préservatifs de slogans visant l’enseignement moral du pape: «La capote,

pas la calotte»? Et la bombe de Saint-Laurent n’a-t-elle pas été placée

dans un lieu que visitera par Jean Paul II? La virulence et la répétition

des attaques contre le Souverain pontife ne cessent d’alimenter la

polémique depuis quelques mois.

Un «Collectif du 22 septembre» – jour de la visite du pape à Reims, pour

la célébration du 15e centenaire du baptême de Clovis – appelle à une

manifestation «contre le retour de l’ordre moral, pour la séparation de

l’Eglise et de l’Etat». Rassemblant pêle-mêle 65 organisations de gauche,

francs-maçons, anti-racistes,… ce groupement proteste contre la réception

du pape par le gouvernement français et critique «le pseudo» 15e centenaire

du baptême de Clovis. Répondant aux questions de l’APIC, le Père Max

Cloupet, chargé du secrétariat pour la commémoration du baptême de Clovis,

ne met pas en lien les derniers événements avec la contre-manifestation:

«C’est de toute autre nature. C’est organisé, annoncé. Les gens ont le

droit d’avoir d’autres idées que les catholiques invitant le pape et se

réjouissant de sa venue».

Néanmoins le prochain voyage de Jean Paul II se déroulera dans un climat

d’hostilité proche de l’intolérance et du rejet. Ancien réflexe

anti-clérical dans un pays où la laïcité exerce une influence non

négligeable?

Interrogé par des représentants de la presse internationale, le cardinal

Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, s’est également ému, la semaine

dernière, «de la montée de ce climat d’intolérance et de fanatisme», qu’il

estime scandaleux «en tant que Français, démocrate et chrétien».

Commémoration du baptême de Clovis

La section rémoise du mouvement politique «Agir» que préside Martine

Aubry, ancienne ministre du Travail et figure éminente du Parti socialiste,

a porté devant les tribunaux une décision du maire de Reims de financer la

venue du pape. En vertu de la loi de 1905 sur la séparation entre l’Eglise

et l’Etat, le tribunal a condamné le maire de la ville à annuler sa

décision. «En soi, les commémorations ne me paraissent pas criticables»,

concède Martine Aubry dans un entretien accordé à «La Croix», «dès lors

qu’on ne magnifie pas avec nostalgie un modèle». En ce qui concerne Clovis,

«on peut s’interroger, déclare la dirigeante socialiste, sur la

commémoration choisie». Elle espère que le pape clarifiera ce débat «car la

confusion est malsaine et nourrit les extrêmes».

Extrêmes… L’impresssion d’assister à une montée des extrémismes

s’installe. L’accusation de vouloir récupérer l’événement du baptême de

Clovis pour sa propre gloriole est un risque que l’Eglise assume. «Si elle

n’avait rien dit, la droite aurait accusé l’Eglise de ne pas défendre la

foi», analyse le Père Bernard Goureau, chargé de l’information du diocèse

de Reims. «Comme nous avons dit quelque chose, c’est la gauche qui

s’insurge et prétend que l’Eglise devient triomphaliste», ajoute-t-il.

Le cardinal Lustiger estime qu’il faut prendre l’histoire de France dans

son ensemble et non la faire démarrer à la bataille de Valmy. «Une histoire

commune ne peut exister que dans la commémoration d’événements communs»,

rappelle le cardinal. Même écho chez Martine Aubry pour qui «être laïc ne

signifie pas nier les périodes où la nation et l’Eglise ont eu des liens

forts».

«On ne peut pas remuer les idées sans que cela ait des conséquences,

souligne le Père Cloupet. «Les derniers incidents crispent un débat et

c’est dommageable. Que des idées différentes circulent, c’est un signe de

vitalité pour un pays. Qu’on en arrive à l’agression, c’est inquiétant».

«Je viens de rencontrer un responsable de la Fédération protestante de

France et nous nous sommes posés ensemble la question: épiphénomène ou lame

de fond? Ce qui est certain, c’est qu’il se passe quelque chose. Les Eglises en France doivent avoir le courage de se poser la question», relève

encore Max Cloupet.

Martine Aubry espère, quant à elle, que le pape profitera de son séjour

en France pour réaffirmer ses positions sur les méfaits de

l’ultra-libéralisme, sur la misère et l’exclusion, le droit d’asile et les

immigrés. L’histoire de France s’écrit aussi au présent… (apic/bl)

9 septembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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