apic/France/élections européennes
APIC – Interview
Elections européennes en France (270594)
Pour Daniel Rondeau, «L’Europe commence à Sarajevo»
Paris, 27mai(APIC) La liste pour les élections européennes en France entitulée «L’Europe commence à Sarajevo», créditée par un récent sondage
IPSOS de 12% d’intentions de vote, a été déposée vendredi au ministère de
l’Intérieur par le cancérologue Léon Schwarzenberg, tête de liste. Parmi
les colistiers, les philosophes André Gluckman et Bernard-Henri Lévy, ainsi
que Daniel Rondeau, écrivain. Les explications de ce dernier qui s’était
déjà fortement mobilisé pour la cause du Liban libre.
APIC: On vous a reproché d’être des va-t-en guerre.
D.Rondeau: On oublie de dire que la guerre est bel et bien déjà là et
qu’il ne faut pas faire comment si elle n’existait pas. Le problème de la
Bosnie était, en France, absolument évacué de la campagne pour ces élections européennes. Nous avons pour notre part réussi à faire lever les hypocrisies. Celle de François Mitterand, qui s’est senti visé en premier en
tant que responsable de la politique étrangère de la France. Celles aussi
d’Alain Juppé, ministre de la Défense, et celle de Jack Lang, ancien ministre, prompt à désavoué Michel Rocard, actuel premier secrétaire du Parti
socialiste, qui, comme nous, considère qu’il faut prendre en compte la demande de levée de l’embargo sur les armes faite par les musulmans de Bosnie.
APIC: Quel bilan faites-vous aujourd’hui de votre mobilisation pour la
cause bosniaque?
D. Rondeau: Dores et déjà il nous apparaît que l’essentiel du travail
est fait, à savoir un travail d’agitation. A quoi sert-il d’honorer ceux
qui se sont battus pour l’Europe, à travers la commémoration du débarquement de Normandie, le procès Touvier et d’autres actions, si c’est pour oublier qu’il nous faut affronter à nouveau l’histoire? Le parallèle avec
l’esprit de Munich, comme mentalité générale ambiante, n’est pas de trop.
C’était le même argument qu’on agitait alors: «Il ne faut pas rajouter la
guerre à la guerre.» On sait ce qui est advenu après. Dixit, la fameuse
phrase de Churchill, avant la Seconde Guerre mondiale: «Vous préférez le
déshonneur pour éviter la guerre, mais vous aurez le déshonneur et la guerre.» Or voilà bien un chef fasciste, Milosevic, dont la visée n’est ni plus
ni moins que de déstabiliser l’Europe. Si son exemple réussit, autrement
dit si les Européens le laissent agir impunément, la tentation sera trop
grande pour tous les nationaux-communistes, dont beaucoup d’anciens chefs
militaires des ex-Républiques socialistes, d’agir comme lui.
APIC: La menace de la montée du fascisme n’est-elle pas surfaite?
D. Rondeau: Absolument pas. Il ne faut pas oublier que la situation est
désastreuse, à tous les points de vue, dans beaucoup de ces anciennes Républiques socialistes. Ce sont là de réels foyers de violence qu’il faut
prendre au sérieux. Il faut également rappeler qu’on accepte aujourd’hui
des conquêtes territoriales faites grâce à la purification ethnique et
qu’on s’est empressé d’oublier cette dernière! Toutes choses gravissimes.
APIC: La multiplication des listes, dont la vôtre, n’affaiblit-elle pas
la démocratie?
D. Rondeau: Le seul problème, c’est de savoir ce qu’on va faire avec Milosevic. Nous avons, nous, le sentiment d’avoir servi la démocratie précisément en forçant le débat là-dessus. Dominique Baudis, (ndlr: tête de liste de la majorité RPR-UDF) par exemple, n’avait jusque là, dans sa campagne, pris aucunement position sur l’ex-Yougoslavie. Il y a été contraint
par nous. (apic/jcn/fs)
Propos recueillis par J.-C. Noyé



