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France: Les mouvements chrétiens réagissent aux grèves (101295)

Oui à la solidarité, non aux égoïsmes catégoriels

Paris, 10décembre(APIC) Les grèves massives qui se prolongent dans la

fonction publique en France ne manquent pas d’interpeler les nombreuses associations chrétiennes actives dans le monde du travail. Si la plupart soutiennent les grèvistes, d’autres estiment que des réformes fondamentales

restent nécessaires et qu’il est temps de dépasser les égoïsmes catégoriels.

Jean Toussaint, prêtre administrateur de la Mission de France, constate

que les citoyens sont mal informés sur les modalités pratiques de la réforme de la Sécurité sociale, notamment en ce qui concerne l’effort financier

demandé aux salariés à faibles revenus. La taxation des revenus financiers

prévues par le plan Juppé est-elle suffisante par rapport à l’effort demandé aux salariés? Au-delà de la Sécurité sociale, les mouvements en cours

manifestent une grande inquiétude par rapport à l’avenir et aux frustrations provoquées par le chômage, remarque l’abbé Toussaint. Elles montrent

aussi l’attachement des citoyens à une vraie solidarité face au libéralisme

et à l’individualisme ambiant, conclut-il.

L’Action catholique ouvrière (ACO) fait savoir que ses membres sont partie prenante des actions menées en France depuis deux semaines. Au delà de

la défense de la Sécurité sociale et des régimes de retraite, ce mouvement

exprime l’aspiration à un autre partage des richesses, estime l’ACO. «Les

Français refusent le chômage, la précarité, les contraintes présentés comme

inéluctables alors qu’elles sont les conséquences de choix politiques et

économiques dus au libéralisme et à la mondialisation de l’économie.» La

recherche de solutions ne peut se bâtir sur l’opposition de catégories de

travailleurs entre elles, usagers contre grèvistes, public contre privés,

précise l’ACO dans un net avertissement au RPR au pouvoir.

Une nouvelle relation de l’homme à son travail

Pour Alain Heilbrun, responsable national du Mouvement des cadres chrétiens (MCC). «Si le tissu economique français s’est remarquablement adapté

à la nouvelle concurrence mondiale, au prix de très importants efforts, la

société française n’a pas su faire face au chômage, considéré comme une

’variable d’ajustement’. Pour A. Heilbrun, derrière ce mouvement apparaissent des questions qui touchent à la relation de l’homme à son travail, à

la relation du salarié à son entreprise et de l’entreprise au salarié. La

question de la solidarité se pose alors inévitablement.

Il est normal que les retraités, dont beaucoup ne sont pas mal nantis,

participent aussi à la solidarité entre générations dans le cadre de la Sécurité sociale, estime Louis Gaben, président du Mouvement des chrétiens

retraités. «D’accord pour la réforme, car tout le monde en voit la nécessité, mais pas n’importe comment», déclare-t-il. Le MCR veillera à défendre

les plus démunis des retraités. Le président du MCR appelle à renouer le

dialogue pour aboutir à un effort global de solidarité, au delà des corporatismes.

Le Centre chrétien des patrons et dirigeants d’entreprises français

(CFPC) lance lui un «appel à responsabilité». Dans un contexte d’économie

mondialisée, «se replier sur nos problèmes hexagonaux est utopiste et suicidaire. Il faut vivre le défi de l’ouverture en gardant l’homme au centre

de nos préoccupations.» Pour le CFPC la réforme de la Sécurité sociale est

bonne car une bonne solidarité ne peut pas tenir dans l’irresponsabilité

financière. Les patrons regrettent que le blocage Etat-syndicats mette à

mal les usagers et les petites et moyennes entreprises, même s’il faut tenir compte de l’angoisse qui s’exprime au delà des revendications.

Plus d’attention aux vrais pauvres

André Mahé, président de la Communauté chrétienne des policiers de France et diacre permanent estime que la notion de service public est mise à

mal par les grèves. Il déplore «l’égoïsme catégoriel» et attire l’attention

sur «les vrais pauvres et les SDF qui sont oubliés dans cette histoire».

La Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) réaffirme de son côté son soutien

aux étudiants en lutte. Pour son porte-parole Paul Angleraud, les propositions du ministre de l’Education nationale François Bayrou ne sont pas suffisantes pour permettre à l’ensemble des étudiants de poursuivre leur études dans des conditions décentes. La JOC souligne que dans ce contexte les

jeunes des milieux populaires sont les plus touchés. Elle souhaite qu’un

débat de fond ait lieu sur les objectifs de l’enseignement supérieur.

(apic/jcn/mp)

10 décembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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