Le texte contient 55 lignes (max. 75 signes), 572 mots et 3965 signes.
apic/France/migrations
France: «Un peuple en devenir», l’Eglise et les migrants (250195)
La situation se dégrade, s’inquiètent les évêques
Paris, 25janvier(APIC) Sous le titre «Un peuple en devenir», le Comité
épiscopal français pour les migrations a présenté mercredi une brochure de
80 pages sur l’accueil des étrangers en France. Dans un contexte de peur,
l’Eglise tient à rappeler la parole du Christ: «J’étais étranger, vous
m’avez accueilli.» Vouloir opposer les immigrés et les Français souffrant
de l’exclusion, est contraire aux intérêts des uns et des autres, souligne
le Comité dans une claire allusion au discours de certains candidats à
l’élection présidentielle.
«Nous recevons de nombreux appels de toutes les régions de France dénonçant les situations impossibles dans lesquelles se trouvent de plus en plus
d’étrangers suite à l’application des lois ’Pasqua’», remarque le Père Jean
François Berjonneau, secrétaire du Comité épiscopal pour les migrations. Et
de signaler la clandestinité forcée, les restrictions du droit au mariage
pour les couples mixtes, le refus du regroupement familial, le renvoi des
demandeurs d’asile.
Plus grave encore, les discours désignant les étrangers comme facteurs
d’insécurité se sont multipliés et trouvent un large écho y compris dans
les milieux catholiques. «Des franges de nos communautés chrétiennes, à
l’instar de communautés musulmanes, se radicalisent, redoutent voire refusent le dialogue», relève Mgr Jean Deledicque, président du comité épiscopal. Le dialogue est fragilisé d’où l’urgence de ce document à valeur pédagogique.
Le document s’ouvre par un message des évêques intitulé «Qu’as-tu fait
de ton frère». Ce message exprime la volonté de vigilance face aux menaces
pesant sur les droits fondamentaux des étrangers.
L’immigration zéro est illusoire
La première partie réfute l’objection selon laquelle l’intégration des
étrangers est impossible, la crise et le chômage aggravant le blocage. De
fait en France, les flux migratoires sont plus modérés que dans la plupart
des autres pays et le slogan de l’immigration zéro est illusoire, remarque
le Comité épiscopal. Le modèle d’intégration à la française est certes exigeant, mais il est riche car il admet que la société s’enrichit du maintien
de spécificités culturelles, sociales et morales, tout en suscitant la participation active à la société nationale d’éléments variés et différents.
«Vouloir opposer les immigrés et les Français souffrant d’exclusion est
contraire aux intérêts des uns et des autres», souligne le Comité épiscopal. L’allusion à certains candidats à l’élection présidentielle, si elle
n’est pas explicite, n’en est pas moins claire.
Selon la seconde objection, l’immigration est un problème politique qui
ne regarde pas les Eglises. La réponse des évêques est cinglante. «Si les
chrétiens ne parlaient pas, ils se renieraient eux-mêmes. Le sens de l’Histoire, c’est la perspective d’un rassemblement universel des peuples. Le
Christ enseigne que l’étranger devient un frère, car comme nous, il peut
appeler Dieu «Père». Le fil conducteur du document est ici la parole de
l’Ancien Testament «Tu aimeras l’étranger, comme toi-même, car vous avez
été, vous aussi, des étrangers dans le pays d’Egypte» (Lévitique 19,34).
La responsabilité de l’Eglise pour un traitement plus harmonieux des
questions liées à l’immigration est clairement affirmée. «Il ne s’agit pas
seulement pour les chrétiens d’un devoir d’hospitalité. C’est l’identité
même de l’Eglise qui est en cause: germe nouveau où tout homme, à travers
l’originalité de sa culture, est reconnu comme un frère.» Pour le Père Berjonneau, cela peut aller jusqu’à remettre en cause les lois qui pèsent
lourdement sur la vie des immigrés en réclamant notamment de combler certains vides juridiques qui provoquent des situations de précarité. (apicjcn/mp)




