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France:Parution du livre «Des sectes dans l’Eglise catholique»(140596)

Les communautés catholiques du Renouveau, rien à voir avec des sectes

Paris, 14mai(APIC) Des anciens membres du Renouveau charismatique, dans

un ouvrage à paraître le 15 mai aux Editions du Seuil à Paris, dénoncent

les dérives «sectaires» de certaines de ces communautés inspirées du pentecôtisme américain. Ayant pour titre «Les Naufragés de l’Esprit, des sectes

dans l’Eglise catholique», le livre suscite avant même sa sortie des réactions passionnées et la justice a même été saisie.

Dans l’ouvrage, trois des auteurs – l’ethnologue Thierry Baffoy, ancien

de la communauté du «Chemin Neuf», le sociologue Antoine Delestre, ancien

de «La Famille de Nazareth», et Jean-Paul Sauzet, professeur de philosophie, exclu de «La Théophanie», dénoncent notamment l’omnipuissance du

«berger», le leader de la communauté, l’autoritarisme et la perte d’autonomie des individus. A l’intérieur de ces communautés, «l’analyse critique

équivaut au doute, le doute à la division, la division au diable», explique

Thierry Baffoy.

Apparu en Europe après 1968, le mouvement charismatique, – qui invoque

l’Esprit Saint, reconnaît dans ses rangs les dons ou charismes de prophétie

ou de guérison, le «parler en langues» et fait grandement appel à l’émotivité et à l’affectivité – a suscité d’abord la méfiance dans l’Eglise.

Avant de faire son chemin dans l’institution et devenir pour maints épiscopats une véritable chance, une «bouffée d’air frais» dans une société de

plus en plus sécularisée.

Clairement situées dans l’Eglise

Dans un communiqué publié mardi et signé par son Comité épiscopal pour

le Renouveau, la Conférence des évêques de France rappelle que les communautés catholiques issues du Renouveau, qui possèdent un statut canonique,

«sont clairement situées dans l’Eglise» et vouloir accréditer l’idée qu’il

y aurait des sectes dans l’Eglise catholique est inadmissible.

Le titre «Les naufragés de l’Esprit», et plus encore le sous-titre «Des

sectes dans l’Eglise catholique», ne manqueront pas de faire choc, constatent Mgr Roger Meindre, archevêque d’Albi, et le P. Yvon Bodin, respectivement président et secrétaire du Comité épiscopal pour le Renouveau et les

mouvements d’animation spirituelle.

«Ce livre comporte des récits et des témoignages de personnes qui, après

avoir fait partie de communautés issues du Renouveau charismatique, dont

quelques-unes n’existent plus, en sont sorties blessées, expliquent-ils. Ce

sont des constats d’échec encore douloureux. Une souffrance exprimée mérite

le respect et il faut sûrement entendre les questions posées».

Un livre qui ressemble trop à un «réquisitoire»

Ces récits et témoignages, en ne faisant guère la part de «ce que ces

expériences ont comporté de positif», ressemblent trop à un «réquisitoire»,

estime cependant le Comité épiscopal. «Veut-on accréditer le fait qu’il y

aurait des sectes dans l’Eglise catholique ? Le sous-titre semble l’indiquer et nous ne pouvons l’admettre», ajoute-t-il.

Pour Mgr Meindre et le P. Bodin, c’est la vigilance pastorale des évêques, depuis les origines du Renouveau, qui est suspectée. Là encore, on

peut entendre des questions, écrivent-ils, mais «on ne peut accepter des

jugements sans nuances, et parfois franchement désinvoltes». Les auteurs

«paraissent ignorer tout ce qui a été fait, depuis les origines du Renouveau et par la suite, et notamment par la rédaction de statuts qui précisent les droits et les devoirs de chaque personne à l’intérieur des communautés». Le Comité épiscopal conclut: «Quand elle sera écrite, l’histoire

des communautés catholiques issues du Renouveau, depuis plus de vingt ans,

permettra de mieux situer ces problèmes».

Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Dans une interview accordée au quotidien français «Le Monde», le Père

Jean Vernette, délégué de l’épiscopat français pour les nouveaux mouvements

religieux, estime que les faits relatés dans «Les Naufragés de l’Esprit»

sont durs, «mais pour ceux qui les rapportent, ils ne me semblent pas constituer un rejet ou une condamnation».

Le P. Vernette pense qu’il serait dommage que la souffrance des gens qui

témoignent, souffrance qui doit être entendue, soit l’occasion de jeter le

discrédit sur tout le Renouveau, «car celui-ci représente une chance pour

l’Eglise, comme mouvement d’innovation religieuse, et pour la société, comme expérience communautaire alternative mûrie par l’expérience».

Le P. Vernette reconnaît que les dérives sectaires sont à l’horizon de

tout engagement fort au sein d’une institution de vie commune, régie par un

leader élu ou désigné, comme un père abbé, une maîtresse de novices ou un

supérieur. Mais l’Eglise multiplie les directives pour éviter de telles

pratiques dans ses monastères, ses congrégations et ses groupes de fidèles,

insiste-t-il. (apic/com/cef/lm/be)

14 mai 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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