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apic/France/terre de liberté religieuse/le marché du spirituel à la hausse
France:»Comment ça va, la France?», une enquête de «La Croix»(120495)
57% des Français croient en Dieu, et 70 % d’entre eux
considèrent que chacun doit définir lui-même sa religion
Paris/Bruxelles,12avril(APIC/CIP) «Comment ça va, la France ?» A la
veille des présidentielles, le quotidien «La Croix – L’Evénement» mène
l’enquête jour après jour en consacrant quatre pages à un thème particulier. Thème du mardi 11 avril: «Croyances en liberté». Diagnostic: «La
France est une terre de liberté religieuse. Pour le meilleur: la cohabitation fraternelle des confessions, l’éclosion de nouvelles pratiques. Pour
le moins bon: la montée de l’indifférence religieuse, le bazar des superstitions.»
D’après une enquête effectuée en 1990, 57 % des français croient en
Dieu. La France compte 45 millions de catholiques (baptisés), 900.000 protestants, 200.000 orthodoxes, 3 millions de musulmans, 600.000 juifs et autant de bouddhistes. Dans l’Eglise catholique, le nombre des paroisses est
passé de 38.391 en 1980 à 34.315 en 1992, celui des prêtres diocésains de
38.876 à 30.909.
On observe également un tassement du nombre des baptêmes et, plus encore, des mariages religieux: de 217.479 en 1980 à 137.567 en 1992 (pour respectivement 334.000 et 271.427 mariages civils). Hausse, en revanche, du
nombre des diacres (40 en 1979, 135 en 1981, 953 en 1993) et, plus symptomatique, des catéchumènes adultes ou de personnes demandant le baptême (890
en 1976, 4.006 en 1980, 5.643 en 1991, 8.430 en 1993).
Dans la France d’après-guerre, Don Camillo incarnait une Eglise centrée
sur la paroisse et en concurrence direct avec le communisme. En 1995, la
crise du religieux est surtout due aux problèmes de société. L’abbé Pierre,
très populaire en France, rappelle l’exigence de la charité, de la main
tendue au prochain dans une France malade de l’exclusion.
«Le supermarché du spirituel» à la hausse
On observe en France une diminution des croyances chrétiennes, mais pas
toutes, constate Yves Lambert, membre du Groupe de sociologie des religions
et de la laïcité au CNRS (Centre national de la recherche scientifique). La
croyance dans les miracles, dans Jésus-Christ Fils de Dieu, et, chez les
jeunes, les croyances liées à l’après-mort se maintiennent. Le sociologue
met par contre en évidence un glissement vers le probabilisme: en 1952, 57
% des Français se disaient certains de l’existence d’une âme immortelle; en
1994, ils ne sont plus que 19 %. L’essentiel de la baisse des croyances
s’est ainsi faite au profit de l’»entre-deux», des réponses du style «c’est
probable, ou peu probable».
Une tendance est à la hausse depuis quelques années, surtout chez les
jeunes, c’est la diffusion des croyances parallèles: astrologie, télépathie, réincarnation, spiritisme,… La notion de supermarché spirituel, où
chacun construirait une religion à la carte est un fait. «Cela correspond à
une réalité, confirme Yves Lambert, mais surtout pour ceux qui se situent
entre «la certitude pour» et «la certitude contre». On y trouve de plus en
plus de jeunes. Seuls 40 % d’entre eux sont catéchisés. Les autres n’ont
pas de repères religieux précis. En quelque sorte, ils se composent leur
religion. 70 % des français considèrent que chacun doit définir lui-même sa
religion, indépendamment des Eglises».
Mêmes attitudes religieuses chez les jeunes musulmans
Les attitudes religieuses des jeunes ruraux sont les mêmes que celles
des jeunes urbains. Pourtant, le sentiment d’appartenance religieuse des
jeunes ruraux reste plus élevé, notamment parce qu’une église dans un village reste un signe plus fort qu’une église dans un quartier de HLM. Chez
les jeunes musulmans, les attitudes religieuses évoluent comme celles des
jeunes catholiques. Les intégristes sont minoritaires parmi eux, même si
leur taux de croyance en Dieu est plus élevé que chez les jeunes catholiques. Le bouddhisme, lui, reste peu diffusé.
Une religiosité «circonstancielle»
On rencontre de plus en plus une religiosité «circonstancielle»: à l’occasion d’un événement important (naissance, maladie, décès, événements religieux), des gens vont se rapprocher de la religion puis vont prendre
leurs distance. Il y a, note le sociologue, un «taux de rotation» plus important, «de telle sorte qu’à la limite, si cette «mobilité» s’intensifiait, on pourrait imaginer que chacun, à un moment ou l’autre de sa vie,
pourrait être pratiquant».
Invité à quitter son habit de sociologue pour donner un conseil aux
Eglises afin de répondre à cette demande d’un public soucieux de son indépendance, Yves Lambert leur suggère d’être plus «propositionnelles». Mais
il reste prudent, car c’est une «zone grise» de la sociologie religieuse:
on ne connaît pas tellement leur demande. «De fait, il y a tout un réajustement à faire, dit-il. Trop de questions restent sans réponses, tandis que
trop de réponses ne répondent plus aux questions». C’est pourquoi tout reste possible: «soit le retour d’un christianisme laissant plus de marge à
l’autodétermination et au pluralisme, soit une extension des croyances diffuses, de ce «marais» spirituel, de ce bricolage des croyances, soit encore
une extension de l’indifférence. Tout reste possible».
Yves Lambert situe enfin le lien entre les enjeux religieux et les
enjeux sociopolitiques. «Il y a une trentaine d’années, les croyances se
hiérarchisaient comme la hiérarchie sociale, dit-il. Désormais les
contrastes entre les milieux sociaux sont de plus en plus faibles. Cela
tient à l’atténuation de la guerre des deux France, laïque et catholique,
et du clivage entre classe ouvrière et bourgeoisie. La mobilité des
opinions contribue ainsi à la mobilité religieuse». Le sociologue précise
qu’on observe les mêmes tendances dans tout le monde occidental.
La nouvelle foi des catholiques en France: tout n’est pas négatif
Secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale, le Père Bernard
Jeuffroy a le regard confiant. Face aux mutations du monde catholique, il
enregistre avec satisfaction une personnalisation croissante de la foi des
fidèles, même de moins en moins nombreux: «Ils sont bien sûr plus sollicités, mais aussi plus déterminés. Ils ressentent le besoin de s’engager davantage, de mieux se former, de se rencontrer plus souvent.»
Paradoxe de la «nouvelle» foi des catholiques de France: plus personnelle, elle a également gagné en sens de la communauté. «C’est un effet de la
baisse du nombre de fidèles. Les jeunes adultes, notamment, prennent conscience qu’il leur faut retourner aux sources avec d’autres», souligne le P.
Jeuffroy. D’où l’importance persistante des mouvements et des services
d’Eglise, scouts ou Mouvement Eucharistique des Jeunes, sans oublier les
aumôneries.
D’où aussi la multiplication de lieux ou de temps – monastères et foyers
de charité, pèlerinages ou rendez-vous d’été – sur lesquels se concentre
une certaine pratique catholique, parfois comme forme unique de pratique.
«Le groupe chrétien de référence, autrefois identifié à l’église voisine,
peut très bien se former ailleurs ou n’exister qu’avec une périodicité limitée. En toute liberté», observe «La Croix». Le P.Jeuffroy ne déprécie pas
cette liberté: «Les gens se sentent souvent pratiquants d’une manière inédite. Leurs attaches territoriales étant moins fortes, ils se réunissent
davantage par affinités, par identité de quête ou de sensibilité.»
Face à ces déplacements, l’Eglise s’adapte. Elle précède rarement le
mouvement – comme dans le cas des charismatiques -, mais elle l’encadre
sans le dénaturer, en veillant à faire se rencontrer, notamment dans les
synodes diocésains, «anciennes» et «nouvelles» communautés.
Moins nombreuse, l’Eglise catholique parvient encore à faire la une de
l’actualité, comme le montrent l’»affaire» Gaillot, la popularité de l’abbé
Pierre et les succès éditoriaux de Jean-Paul II le prouvent. «Les gens sont
en quête d’un sens à leur existence, conclut le P. Jeuffroy. L’Eglise peut
leur en fournir un, en terme de solidarité, de générosité, de lutte pour la
vie, de défense de la famille…» (apic/cip/be)




