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APIC – Interview

France: Mgr Gaillot s’explique devant l’AJIR (170295)

Vers l’avenir, après une page maintenant tournée

Paris, 17février(APIC) Pendant que le Conseil permanent de l’épiscopat

français justifiait la révocation de l’Evêque d’Evreux, Mgr Jacques Gaillot

répondait jeudi à Paris aux questions de l’Association des journalistes

d’information religieuses (AJIR). Indiquant avec humour qu’il souhaitait ne

pas commettre, ce faisant, «un nouveau péché médiatique». Sa révocation,

bien sûr, a été à l’ordre du jour, mais aussi son avenir pastoral. Qui

s’annonce dans l’immédiat sous la forme de la contestation, contre la politique du logement en France…

APIC: Allez-vous vraiment vous installer dans l’immeuble squatté par

l’Association Droit au logement lors de l’opération à laquelle l’abbé Pierre a prêté main forte, rue du Dragon, à Paris?

Mgr Gaillot: Oui. Je dois quitter Evreux… donc je m’installerai provisoirement à cette adresse. Les responsables de cette action sont contents

de m’y accueillir. C’est pour moi un point de chute, de transit: une adresse symbolique.

APIC: Il a pourtant été question d’une retraite dans un monastère…

Mgr Gaillot: J’ai été effectivement tenté par cette possibilité. Mais je

me suis ensuite demandé si je n’allais pas déserter par rapport à ceux qui

ont besoin d’explications, à Evreux notamment. Il m’est apparu important de

rester dans l’évêché où, de fait, de très nombreux visiteurs sont venus me

rencontrer. Ai-je bien fait? Je ne sais pas. Je crois que j’ai tourné la

page assez vite. J’ai fait le deuil et suis tourné vers l’avenir.

APIC: Etes-vous prêt, le cas échéant, à aller à Rome? Et votre avenir

pastoral immédiat, où et comment le voyez-vous?

Mgr Gaillot: Oui, bien entendu. Je ne l’ai jamais refusé, au contraire.

Mais je n’ai rien reçu pour l’instant. Le Conseil permanent des évêques a

désigné Mgr Poullin, évêque de Périgueux, et Mgr Picandet, évêque d’Orléans, pour envisager avec moi un avenir possible. Nous nous sommes contactés

et devons nous rencontrer tous les trois la semaine prochaine. J’aimerais

pour ma part m’installer en région parisienne, où vit ma vieille mère.

M’investir dans une équipe sur un travail d’insertion, en lien avec une aumônerie. Etre enraciné quelque part avec la possiblité de mener d’autres

actions ailleurs, ce qui suppose une certaine liberté. Un évêque ne se donne-t-il pas une mission? Certes, mais je ne veux pas non plus décevoir tous

les gens pour qui je suis un lien avec l’Eglise.

APIC: Pour en revenir à votre révocation, la décision a-t-elle vraiment

été du ressort du pape?

Mgr Gaillot: Oui. En dernier ressort, elle a été assumée par lui… Mais

je ne crois pas que la sanction qui me frappe s’inscrive dans une logique

eccléisale immémoriale. Vatican II n’a pas seulement été une embellie, un

incident de parcours. L’Eglise doit être en lien avec le monde. Elle doit

l’être davantage et je lui fais confiance pour cela. Il y a tant de gens

qui vivent magnifiquement cette dynamique avec un sens ecclésial qui fait à

chaque fois mon admiration. On sera peut-être plus attentif à l’avenir aux

problèmes des chrétiens du terrain. A autre époque, cette sanction n’aurait

pas eu lieu.

APIC: La responsabilité du ministre Pasqua dans votre éviction n’est-elle qu’une hypothèse?

Mgr Gaillot: Je n’ai pas d’information précise. Mais Mgr Tauran (réd:

secrétaire du Vatican pour les rapports avec les Etats) lui-même a cru bon

d’en parler pour se défendre. Et le ministre de l’Intérieur a sollicité le

Conseil permanent des évêques pour avoir son sentiment sur mon livre qui

aborde la question de l’immigration (Coup de gueule contre l’exclusion).

APIC: Quelle est votre conception de l’autorité?

Mgr Gaillot: Le dialogue… dans la confiance. Elle doit être reconnue

par les autres. Jésus s’est imposé de lui-même, on lui a reconnu une autorité réelle. Quand on est évêque, il faut être reconnu par ce qu’on engage.

Toutes ces réunions auxquelles on assiste sont parfois lourdes à porter

mais le visage de ce fonctionnement là engage le visage de la mission ellemême. Je crois que les évêques doivent être à l’écoute de toutes les demandes, de toutes les assemblées pour ensuite les éclairer. Il y a un rapprochement avec les fidèles à faire.

APIC: On vous reproche de tenir dans les médias des propos non conformes

à ceux de Rome… Or des évêques disent la même chose que vous mais en catimini. N’y a-t-il pas là problème?

Mgr Gaillot: Cela touche encore à la question de l’unité. La Conférence

épiscopale considère qu’il ne faut pas donner une voix discordante. Je

crois quant à moi qu’il faut compter sur la maturité des chrétiens et qu’il

y a une hiérarchie dans les vérités. Que Jésus ne soit pas né le 25 décembre comme l’écrit Jacques Duquesne dans son livre, n’est pas nier sa divinité. C’est sans commune mesure. Les évêques disent qu’il ne faut pas jeter

le trouble… Ils ne prennent pas assez en compte la requête du parler

vrai. Cela fait tort à l’Eglise. Je dis volontiers qu’un évêque doit de

temps en temps savoir dire «je». (apic/propos recueillis par Jean-Claude

Noyé/pr)

17 février 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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