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L’avenir de l’Algérie en question
Deux protagonistes de la plateforme de Rome en conférence à Genève (140296)
Genève, 14février(APIC) Le fiasco de la plateforme de Rome sur l’Algérie
mise sur pied en 94 par la communauté catholique Sant’Egidio ne décourage
ni Mario Giro, responsable de la zone Afrique de Sant’Egidio, et Hocine Aït
Ahmed, secrétaire général du Front des forces socialistes algériennes
(FFS). Du moins l’ont-ils affirmé mardi à Genève au cours d’une conférence
organisée par le Centre catholique d’études de Lausanne et le Centre universitaire de Genève.
Les élections algériennes n’ont de loin pas mis fin à la violence en Algérie, ni aux attentats, comme en témoignent les deux derniers, qu’il convient de classer parmi les plus meurtriers. Le thème de la conférence de
mardi, l’»Avenir de l’Algérie: la réunion de Rome, ingérence douce ou diplomatie parallèle?» était donc on ne peut plus d’actualité.
Malgré l’attentat contre la Maison de la presse, à Alger, les deux orateurs veulent croire que la négociation et le dialogue seuls peuvent ramener l’Algérie sur le terrain politique. Faire cesser les effusions de sang
reste la priorité. Mario Giro rappelle que la moyenne d’âge des leaders des
groupes armés est de 19 ans… Et que l’espérance de vie des jeunes dans
ces groupes ne dépasse pas 6 à 9 mois. D’où la nécessité de sortir du cercle vicieux de la violence, en organisant des tables rondes… indispensables outils à l’élaboration d’un processus de paix.
La plateforme de Rome en novembre 1994, qui constituait une tentative
de dialogue, a échoué parce que «les milieux algériens ont interprété cette
action comme une reconnaissance de la légitimité du FIS, et comme une volonté de se mettre au service des étrangers. Notre seul but était de conduire les protagonistes sur le chemin de la démocratie grâce à la négociation», explique Mario Giro.
Le refus du gouvernement
Le fiasco de la réunion de Rome, dû pour beaucoup au rejet des tenants
du pouvoir algérien ne décourage donc ni l’un ni l’autre des orateurs invités, qui constatent tous deux qu’elle offre le seul document établi pour
des négociations. Le secrétaire général du FFS insiste sur la nécessité de
créer des synergies pour établir un climat de paix. Selon lui, «ce n’est
pas le dialogue qui a échoué à Rome, puisqu’il n’a jamais commencé. Les séances tournaient au ridicule par le nombre impressionnant d’associations
non-politiques et les ordres du jour où tout était noyé d’avance. Lorsqu’on
a déclaré l’échec du dialogue, alors le vrai dialogue a commencé».
D’ailleurs, dit-il, les retombées de cette conférence sont indéniables.
«Sans Rome le gouvernement n’aurait pas organisé les élections présidentielles de novembre 1995. Elles devaient faire oublier cette conférence et
lui donnait, par la même occasion, le moyen de perdurer, en gagnant sa légitimité». Ces élections, controversées, permettent de mettre l’accent sur
la responsabilité du gouvernement dans le non-aboutissement du processus de
paix. Le secrétaire du FFS accuse ce dernier d’avoir truqué les élections,
non seulement en validant des bulletins de vote pas remplis et en surévaluant le nombre d’inscrits sur la liste d’électeurs, mais aussi en organisant
«probablement l’assassinat du président Boudiaf avec l’intention de ramener
la peur».
Pour ramener l’Algérie sur le terrain politique, estime-t-il, il fallait
d’autres protagonistes pacifiques, une mise en place d’institutions de
transitions dirigées par l’ensemble des tendances, afin de garantir la crédibilité des élections.
Existe-t-il une solution pour l’avenir de l’Algérie? Mario Giro et Hocine Aït Ahmed n’en démordent pas: ils croient au dialogue. Même après le déplorable résultat de Rome, dit le secrétaire du FFA, la seule ouverture démocratique de l’Algérie reste la table ronde. La table des négociations…
(apic/arl/pr)




