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Genève: Inauguration de l’Institut romand d’éthique (210396)

Conférence de Michel Rocard

Genève, 21mars(APIC) Pour son inauguration, l’Institut romand d’éthique,

qui vient d’être créé à Genève par les Facultés de théologie de Genève,

Lausanne et Neuchâtel, avait sollicité un hôte de marque. L’ancien Premier

ministre français Michel Rocard a présenté, mercredi 20 mars à l’Uni-Bastions, une conférence sous le titre «Ethique et démocratie».

Tout en plaidant en politique pour la notion de compromis et contre

l’urgence qui interdit le sens de la mesure, l’orateur s’est interrogé

quant à la finalité et au mode d’organisation de la démocratie, et notamment sur le rôle des médias dans l’équilibre des pouvoirs.

Pour aborder le difficile sujet proposé par les responsables du tout

nouvel Institut romand d’éthique, le sénateur et député européen Michel Rocard a repris la définition du philosophe Paul Ricoeur. Préférant les termes de «l’intention éthique», il situe celle-ci entre trois pôles: le «Je»,

le «Tu» et le «Nous» de la dimension collective.

L’information, entre transparence et intimité

«L’égalité des citoyens devant l’information est la clef absolue de la

démocratie», a relevé M. Rocard, avant de relativiser la transparence revendiquée par les médias, notamment dans le contexte d’une négociation. Visant à la résolution de conflits, celle-ci consiste à évaluer les concessions à faire de part et d’autre. Ce n’est qu’ensuite que le public juge

d’après les résultats. Mais si le public juge en cours de négociation,

d’après des concessions non établies, la négociation échoue.

Michel Rocard a cité ici son expérience lors de la conclusion des Accords de Matignon en juin 1988, qui permirent le retour au calme après plusieurs semaines d’émeutes en Nouvelle Calédonie.

Pour M. Rocard, la communication est soumise à plusieurs contraintes, la

première étant l’instantanéité de l’information. Et M. Rocard de citer des

exemples d’événements – tel l’assassinat de I. Rabin – une heure après lesquels les principaux responsables politiques du monde sont devant un micro.

«Résultat: tout le monde parle avant d’avoir réfléchi.» Il y a également

l’image, qui ne s’adresse pas aux mêmes organes que le texte, le second

étant davantage perçu par l’intellect que la première qui touche surtout

les émotions, le coeur.

Une troisième contrainte réside dans la redondance, constate le politicien qui dénonce d’autres contraintes médiatiques: le cloisonnement des

compétences et la confusion entre liberté et licence. «Nous sommes arrivés

à l’acculturation éthique. Le temps est-il venu de poser la question d’une

éthique de civilisation, d’une déontologie inter-sociale?»

Gouverner avec la patience de l’arboriculteur

Michel Rocard a également abordé les finalités de la démocratie, se

demandant si la notion d’égalité se limitait à la sphère des droits (égalité d’instruction, de revenus, etc.). «Nos sociétés sont en train de s’autoparalyser par recherche de sécurité. Pourtant le risque est lui-même un

facteur éthique». Et d’envisager le rôle de l’argent dans la démocratie,

celui-ci constituant le premier artifice permettant, par l’échange de valeurs, de constituer l’autre comme un réel partenaire. Le marché n’est donc

pas qu’une technique, mais également un objet de l’éthique.

«Hélas, remarque Michel Rocard, on ne corrige les inégalités que par une

diminution des libertés». Terminant par un survol de la démocratie «au quotidien», le conférencier a plaidé pour la notion de compromis. «Dès l’instant où l’on renonce à tuer l’autre, on s’oblige à faire avec», a souligné

M. Rocard pour qui le socialisme est l’exemple type du compromis de classe,

contrairement au communisme qui ne le tolère pas. «Contre le romantisme du

fusil, il faudrait composer un hymne au compromis». Nonobstant, le négociateur est souvent perçu par les siens comme un traitre à sa cause. La raison

d’Etat est, elle aussi, source de bien des questions éthiques. Faut-il tuer

les terroristes? Faut-il des services secrets?

Et l’orateur de comparer le politicien à l’arboriculteur, qui utilise un

sécateur et de l’engrais, mais pas de tronçonneuse, et ceci en vue d’élever

une plante qui ne donnera des fruits qu’aux générations suivantes. (apicspp/pr)

21 mars 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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